États-Unis: la Pennsylvanie rurale ne veut pas renoncer à Donald Trump

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Joe Biden est le 46e président des États-Unis, bien que Donald Trump affirme avoir remporté la présidentielle, et souhaite aller en justice. Une partie de la population est de son avis. Même si la Pennsylvanie a fait basculer l’élection, dans le comté rural de Fulton, 85% des votes étaient en faveur du président sortant. Reportage.

De notre envoyé spécial à McConnellsburg en Pennsylvanie,

McConnellsburg, 1 200 habitants, des petites maisons en briques rouges ou aux façades en bois ornées de drapeaux américains, et encore aujourd’hui, de panneaux Trump/Pence. Trump y a gagné. Erie, une retraitée croisée devant une boutique d’antiquités, l'affirme : il y a eu tricherie.

« Ils disent que la Pennsylvanie a voté démocrate, c’est n'importe quoi, s’exclame-t-elle. Pour moi, les autorités électorales ont été achetées. Si Biden devient président, il va falloir le faire comme dans l’ancien temps. Lever la voix et dire : "Hey ! Une minute !" Trump a créé beaucoup d’emplois, je dirai qu’avec lui tous les comtés de Pennsylvanie ont prospéré. Si Biden devient président, il n’y aura plus de charbon, alors que le comté du Sommerset en fait, pas loin d’ici. Biden veut passer au solaire, mais si le soleil ne brille pas pendant deux semaines, où allez-vous trouver votre électricité ? Un peu de bon sens ! »

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Quelques mètres plus loin, Jay gare sa voiture. Ce trentenaire souriant a lui aussi voté Trump, mais pas pour des raisons économiques : « Pendant leur campagne, Biden et Harris ont beaucoup parlé de reprendre leurs armes aux gens, ou de les limiter, et d’encourager l’avortement. Dans mon Église, nous sommes chrétiens, nous ne croyons pas au fait de tuer des bébés. Et nous pensons que pouvoir porter des armes est un droit que Dieu nous a donné, pour la chasse et nous protéger, explique-t-il. Et puis chasser nous permet de passer l’hiver sans dépenser autant d’argent ! Il [Biden] a parlé de ne prendre que certains modèles d'armes, mais c’est comme ça que ça commence… Pour moi, si vous voulez un fusil d’assaut, vous avez le droit. Moi j’en ai un. »

Un comté plus religieux que d'extrême-droite

Jaimie Greathead est le rédacteur en chef du journal local, le Fulton County News. Pour lui, ces valeurs conservatrices mises en avant par Donald Trump sont partagées par toute l’Amérique rurale. Et son patriostisme, « America First », a un très grand impact en Pennsylvanie

« Nous connaissons nos élus, les communautés sont plus petites. On a des relations plus directes avec les militaires. Les valeurs conservatrices sont davantage en place. Mais le phénomène Trump en Pennsylvanie rurale est plus lié à la communauté religieuse fondamentaliste qu'à l'extrême droite », analyse le journaliste local.

Ce qui n’empêche pas Harry, un ancien militaire, de tenir un discours musclé contre le mouvement « Black Lives Matter », qui s'opposent aux violences policières contre les Afro-Américains. Harry, pour qui le vote a été truqué, reprend des théories conspirationnistes sur le coronavirus - ici quasiment personne ne porte de masque.

« Si vous ne votez pas en personne, vous ne devriez pas voter du tout. Le coronavirus, ils ont amené ça juste pour cette élection, pense-t-il. Ces gens qui ne pouvaient pas voter en personne et l’ont fait par la poste, ils peuvent aller dans les bars, les magasins, au cinéma ? C’est une blague… Vous dites que la pandémie est mondiale, mais vous ne pensez pas que tous ces pays travaillent ensemble pour mettre qui ils veulent à notre présidence ? Vous pensez que la Chine, la Russie et tous les autres ne préfèrent pas quelqu’un qui va être plus conciliant avec eux ? »

Peu de démocrates

Nous n’avons croisé qu’un démocrate à McConnelsburg : la plupart de ceux qui n'ont pas voté Donald Trump n’ont pas voté du tout, comme Theresa, 18 ans. « J'avais l’impression que ça irait du côté qu’a choisi le gouvernement, le Congrès, et tous les autres, déplore-t-elle. Pour moi, ils ne comptent pas vraiment nos votes, c’est juste une manière de nous faire croire que nous avons le contrôle sur qui va être notre président, alors qu’ils savent déjà qui ils veulent. Et ça a été Biden. »

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