Aux États-Unis, un mois des fiertés LGBT+ en pleine offensive réac

New York célèbre le mois des fiertés LGBT+ (Photo: BRENDAN MCDERMID via REUTERS)
New York célèbre le mois des fiertés LGBT+ (Photo: BRENDAN MCDERMID via REUTERS)

New York célèbre le mois des fiertés LGBT+ (Photo: BRENDAN MCDERMID via REUTERS)

LGBT - Le mois de juin est celui des célébrations, de la visibilité et des marches politiques LGBT+. Et peut-être plus encore aux États-Unis, où ont eu lieu les émeutes de Stonewall en 1969. Le 31 mai dernier, c’est sans aucun doute en pensant à ces militants de la première heure que le président américain Joe Biden a officiellement proclamé le mois de juin 2022 comme “le mois des célébrations des générations de personnes LGBTQI+ qui se sont battues pour faire en sorte que notre pays offre les mêmes opportunités à tous les Américains”.

Une formule qui résonne plutôt comme un vœu pieux en l’édition 2022 tant, à travers le pays, de nombreux États ont multiplié cette année les textes et propositions de loi visant à restreindre les droits des personnes LGBT+ et plus particulièrement des personnes trans. Une offensive réactionnaire qui donne à ce mois de juin une coloration particulièrement politique.

Selon un décompte réalisé par l’ONG Human Rights Campaign, pas moins de 300 projets de loi anti-LGBT ont été présentés et parfois signés dans des dizaines d’États en un an.

En bleu, les États où des lois LGBTphobes ont été proposées, en rouge les États où des textes ont été adoptés (Photo: Humain Rights Campaign)
En bleu, les États où des lois LGBTphobes ont été proposées, en rouge les États où des textes ont été adoptés (Photo: Humain Rights Campaign)

En bleu, les États où des lois LGBTphobes ont été proposées, en rouge les États où des textes ont été adoptés (Photo: Humain Rights Campaign)

Les personnes trans dans le viseur des réacs

Ces nombreux textes visent particulièrement les personnes et enfants trans ainsi que leurs familles. Et certaines propositions sont particulièrement récentes.

L’Ohio a adopté en ce début de mois un texte interdisant les femmes trans de participer à des compétitions sportives féminines à l’école ou à l’université. La loi précise également le “processus de vérification” qui pourra être demandé en cas de “signalement”. Cette étape prévoit ainsi notamment un examen des parties génitales internes et externes, une pratique particulièrement humiliante pour les athlètes dont certains sont très jeunes.

Un texte qui a choqué de nombreux parents, mais qui s’inscrit malheureusement dans un enchaînement de lois similaires. En mai, après le Dakota, l’Arizona, l’Utah ou encore le Kentucky pour n’en citer que quelques-uns, l’Indiana est venu rejoindre une cohorte de plus d’une quinzaine d’États qui limitent les droits des athlètes trans.

Et le sport n’est pas le seul domaine visé. Ce printemps, après un long processus juridique, le Texas a de nouveau autorisé les enquêtes sur les parents et les médecins d’enfants trans. Cette loi fait écho à une directive mise en place par le gouverneur républicain Greg Abbott, laquelle assimile certaines procédures “de changement de sexe” concernant des mineurs à des “mauvais traitements”. De quoi inspirer l’Alabama qui, dans un texte adopté en mai, menace désormais de poursuites les médecins fournissant des soins d’affirmation de genre à des personnes trans de moins de 19 ans.

Ne dites plus “gay” ou “trans”

Cette forme de panique morale se fait essentiellement sous le prétexte de la protection des enfants. C’est ainsi en arguant de leur protection que, suivant l’exemple de la Floride, la Caroline de Nord a passé en mai la loi surnommée “Don’t say gay or trans”. Concrètement, ce texte de loi interdit de discuter en classe de genre et de l’orientation sexuelle. Comme pour les athlètes trans, la loi votée initialement en Floride a aussi inspiré des textes similaires dans près d’une dizaine d’autres États. Et gage que cette frénésie peut concerner tous les domaines. Le Texas pourrait bientôt s’attaquer aux spectacles de drag queens en les interdisant aux mineurs.

Or, si les enfants sont au cœur des arguments des conservateurs, ils pourraient bien être parmi les premières victimes de cette armada législative.  “L’institutionnalisation de ces projets de loi est une forme manifeste de transphobie et d’homophobie structurelles, et elle va à l’encontre de toutes les preuves de santé publique qui soutiennent la création d’un environnement sûr et favorable pour que les jeunes et les enseignants transgenres, non binaires, queer, gays et lesbiens puissent s’épanouir”, analyse pour nos confrères de NPR, Arjee Restar, professeur adjoint en épidémiologie à l’Université de Washington.

Les racines de cette “institutionnalisation” sont profondes et font écho à un arc narratif régulièrement utilisé, et frayant avec le complotisme, par les franges les plus conservatrices de la classe politique, lesquelles accusent régulièrement les personnes LGBT de “manipuler” ou “d’amadouer” les enfants pour les “recruter” et les abuser. C’était par exemple déjà le cas en... 1977, lorsque la chanteuse Anita Bryant a lancé sa campagne “Save the children”.

Un axe de campagne politique

Mais ce n’est pas un hasard si ces discours reviennent actuellement en force outre-Atlantique. Ces messages haineux sont devenus un véritable totem des élus conservateurs, au point que certains ont même réalisé et diffusé des clips de campagne visant nommément des athlètes trans. Et après un mandat de Donald Trump marqué par des propos offensants envers les minorités et un début de présidence de Joe Biden en demi-teinte, les regards se tournent désormais vers les élections de mi-mandat de novembre prochain.

En décembre dernier, dans un long rapport, l’expert indépendant pour les Nations Unies, Victor Madrigal-Borloz a ainsi rappelé que les récits anti-trans, au-delà de leur impact évidemment délétère sur les personnes concernées, sont de plus en plus utilisés pour dynamiser et galvaniser les bases politiques avec des résultats probants dans les campagnes électorales.

De quoi cornériser aussi les démocrates, très difficilement audibles sur le sujet, qui peinent à monter au créneau et à formuler une contre-attaque probante sur ces enjeux. Quant à Joe Biden, il a beau être considéré comme l’un des présidents les plus pro-LGBT, sa marge de manœuvre à Washington demeure restreinte.

C’est en ce sens, que le président démocrate a tenté de peser à la fin du mois de mai, en incitant à l’adoption rapide de l’Equality Act, lequel empêcherait les États d’adopter des lois LGBTphobes. Adopté à la Chambre des représentants sans embûches, le texte patine désormais au Sénat où les démocrates n’ont pas une majorité absolue.

Le risque d’un raz de marée conservateur

L’adoption définitive de ce texte constituerait une première défense efficace alors qu’une autre bataille titanesque menace de faire basculer les États-Unis des décennies en arrière. D’ici la fin du mois de juin, la Cour suprême américaine fera connaître son avis sur l’arrêt Roe V Wade, lequel autorise l’avortement aux États-Unis. Un document de travail dévoilé par Politico début mai montrait que l’éminente institution américaine s’apprêtait à revenir sur ce droit.

Si la Cour suprême devait effectivement remettre en question sur cet arrêt, elle offrirait alors un véritable boulevard aux élus les plus conservateurs pour aller encore plus loin dans la remise en cause des droits des personnes LGBT. Car l’arrêt Roe V Wade repose sur le “droit à la vie privée”, et c’est sur cet argument-là que nombreux textes en faveur de plus d’égalité et tout simplement du respect des personnes LGBT+ sont fondés.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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