États-Unis: qui est Marjorie Taylor Greene, élue controversée du Congrès et proche de QAnon?

Salomé Vincendon
·5 min de lecture
Marjorie Taylor Greene le 4 janvier 2021 à Washington, aux Etats-Unis - SAUL LOEB / AFP
Marjorie Taylor Greene le 4 janvier 2021 à Washington, aux Etats-Unis - SAUL LOEB / AFP

Âgée de 46 ans, Marjorie Taylor Greene siège à la Chambre américaine des représentants depuis le 3 janvier et est déjà sous le feu des critiques, certains élus demandant même son départ. Elle avait été remarquée pendant sa campagne dans le 16e district de l'État de Géorgie, car des messages pro-QAnon avait été retrouvés dans ses publications sur les réseaux sociaux. Ce mouvement d'extrême droite défend notamment l'idée que Donald Trump mène une guerre secrète contre une secte mondiale composée de pédophiles satanistes.

Cette semaine, l'annonce qu'elle allait siéger à la commission de l'Éducation de la Chambre a provoqué des réactions outrées, alors que d'anciennes vidéos d'elles et certains de ses commentaires ressurgissaient.

"Les médias ne rapportent que les mensonges, les calomnies et les attaques afin de créer l'image qu'ils veulent donner au monde", a réagi l'intéressée sur Twitter jeudi.

Proche de QAnon

L'élue républicaine a fait une entrée, récente, mais remarquée, sur la scène politique américaine, en se présentant à l'élection pour devenir représentante du 14e district de l'État de Géorgie. Jusque-là, elle était co-propriétaire d'une entreprise de construction avec son mari.

"En 2002, Marjorie et son mari Perry ont acheté Taylor Commercial, une entreprise de construction et de rénovation. L'entreprise a depuis géré un quart de milliard de dollars de projets de construction", assure sa page officielle. Elle a également possédé un gymnase CrossFit "prospère", qu'elle a ensuite revendu.

Elle a aussi ces dernières années posté plusieurs messages et vidéos conspirationnistes, se déclarant proche de QAnon et soutenant plusieurs théories connues des complotistes, comme le souligne la chaîne américaine NBC. On retrouve par exemple la théorie assurant qu'Hillary Clinton a fait assassiner plusieurs de ses ennemis politiques. Dans ses publications, elle s'interroge également sur la possibilité que certaines fusillades de masse aux États-Unis aient en réalité été orchestrées pour démanteler le deuxième amendement, qui autorise le port d'armes.

Après la révélation de ces vidéos, pendant sa campagne en Géorgie, Marjorie Taylor Greene a sans cesse été assimilée à QAnon dans les médias et certains élus Républicains ont même condamné cette accointaince. Elle a, en août, assuré sur Fox News qu'elle n'était pas candidate de ce groupe et expliqué s'être intéressée à cette mouvance par curiosité lors de l'enquête sur la collusion avec la Russie visant Donald Trump.

"Trump a gagné"

"Comme des millions d'Américains, j'ai juste commencé à regarder d'autres informations", explique-t-elle, "et donc, oui, il y a eu un moment où j'ai lu sur Q, posté à ce sujet, j'en ai parlé, ce sont certaines de ces vidéos que vous avez vu sortir. Mais une fois que j'ai commencé à trouver de la désinformation, j'ai décidé de choisir une autre voie".

Ces derniers mois, elle a fait partie des Républicains soutenant que l'élection américaine avait été truquée, alors que plusieurs rapports officiels font état qu'il n'y a pas eu de fraude. Le 4 janvier 2021, au lendemain de son investiture au Capitole, elle s'est présentée portant un masque sur lequel était écrit "Stop the Steal", soit "Arrêtez le vol" en français. Sur un autre, on peut lire "Trump won", "Trump a gagné".

Mi-janvier, Twitter avait suspendu son compte pendant 12 heures, après des messages assurant que l'élection dans l'État de Géorgie avait été truquée. Actuellement, elle soutient d'ailleurs une procédure d'impeachment lancée contre le nouveau président. Sans surprise, l'élue n'a en revanche pas voté en faveur de celle visant Donald Trump, à la suite de l'émeute au Capitole.

La remontée récente de certains messages

Actuellement, ce n'est pas tant son passé d'adepte de QAnon qui la place au centre des critiques, mais plusieurs autres de ses publications sur les réseaux sociaux.

Après avoir fouillé son historique Facebook, CNN a rélevé cette semaine qu'elle avait "aimé" un message - posté il y a deux ans - appelant à "mettre une balle dans la tête" de Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants des États-Unis, ainsi que d'autres appelant à la violence. Marjorie Taylor Greene a assuré mardi que plusieurs personnes avaient eu accès à sa page Facebook au fil des ans, et avaient "aimé" et "partagé" de nombreuses publications, certaines "ne représentant pas" ses positions.

Une vidéo a également particulièrement choqué ces derniers jours. Sur des images datées de mars 2019, selon CNN, on la voit suivre quelqu'un dans la rue. Il s'agit de David Hogg, âgé de 20 ans, rescapé de la tuerie du lycée de Parkland, en Floride, qui avait fait 17 morts en 2018. Il milite désormais pour la limitation des armes individuelles. "C'est un lâche", lance Marjorie Taylor Greene, alors que le jeune homme refuse de répondre à ses questions. Dans la vidéo, elle lui reproche de soutenir le retrait du Second amendement américain, alors que celui-ci aurait pu, selon elle, sauver certains de ses camarades morts dans la fusillade.

https://www.youtube.com/embed/GM05FwyhHPA?rel=0

Enfin, le site américain Politico avait publié en juin plusieurs vidéos d'elle, dans lesquelles elle tient des propos racistes envers les personnes noires ou encore s'inquiète de l'élection de musulmans dans les institutions représentatives américaines.

"Ce qui m'inquiète c'est que les dirigeants républicains de la Chambre soient prêts à (...) ignorer ces déclarations", s'est indignée jeudi Nancy Pelosi. "La nommer à la commission sur l'Éducation, alors qu'elle s'est moquée des tueries de petits enfants, (...) mais à quoi pensaient-ils donc?"

Un élu démocrate, Jimmy Gomez, a expliqué jeudi qu'il présenterait une résolution afin qu'elle soit expulsée du Congrès parce qu'elle représentait un "danger". Une hypothèse encore improbable. Le chef des républicains à la chambre basse, Kevin McCarthy, compte s'entretenir avec elle, selon CNN, mais n'a pas commenté ces propos publiquement.

Article original publié sur BFMTV.com