Aux États-Unis, Marjorie Taylor Greene, adepte de QAnon, va entrer au Congrès

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Proche de la très controversée mouvance QAnon, la catholique et première supportrice de Donald Trump, Marjorie Taylor Greene, a été élue, dans la nuit de mardi à mercredi à la Chambre des représentants.

Donald Trump voit en elle une "vraie gagnante". Peu connue du grand public il y a encore quelques semaines, Marjorie Taylor Greene a savouré sa "grande victoire", dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 novembre, après l'annonce de son élection à la Chambre des représentants. Cette femme d'affaires, fervante catholique et adepte de certaines théories conspirationnistes, siégera sur les bancs du Congrès, le 3 janvier 2021, où elle représentera le 14e district de Géorgie. Un résultat qui n'a rien d'une surprise puisque son adversaire, le démocrate Kevin Van Ausdal avait jeté l'éponge en septembre, après 31 jours de campagne.

À l'heure où les regards du monde entier sont tournés vers les résultats du scrutin présidentiel américain, l'élection de cette républicaine de 46 ans au Congrès aurait pu passer inaperçu. Et pourtant, ses provocations comme ses positions controversées inquiètent jusque dans les rangs de son propre parti.

Campagne sans masque, ni distanciation physique

Native de Milledgeville, petite commune dans l'État de Géorgie, cette gérante d'une entreprise de construction a mené campagne sur ses propres terres, sans masque, ni distanciation physique. Se définissant comme "pro-vie, pro-armes, pro-Dieu", Marjorie Taylor Green n'a pas hésité à apparaître armée dans ses clips de campagne, assurant vouloir faire la peau "au socialisme".

Son arrivée à la Chambre basse constitue une victoire pour les conservateurs, mais aussi… Un succès inattendu pour les adeptes de QAnon, une mouvance complotiste qui s'est répandue sur les réseaux sociaux. Dans un souci de limiter les fausses informations, des plateformes comme Twitter avaient supprimé dès cet été, des milliers de comptes défendant ces théories.

Selon les adeptes de cette sphère d'influence, le président Donald Trump serait en mission secrète pour débarrasser les États-Unis d'une cabale d'élites qui contrôlerait un "État profond" cachant un réseau tentaculaire de "pédocriminels".

"Par rapport à une théorie complotiste classique, il y a avec QAnon des éléments qui sont à interpréter. Ce n'est pas un prêt-à-penser, mais une proposition de collaborer ensemble pour comprendre ce monde", analysait auprès de France 24, Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po et spécialiste des réseaux sociaux.

Opinions racistes et islamophobes

Les adeptes de Qanon sont chargés d'interpréter les messages de Q, le "prophète numérique" de la mouvance, un mystérieux utilisateur du forum 4chan qui assure être une taupe infiltrée à la Maison Blanche. Dès 2017, Marjorie Taylor Greene déclarait dans une vidéo Youtube – aujourd'hui supprimée – que QAnon n'était rien de moins que "l'opportunité unique d'anéantir cette cabale mondiale de pédophiles qui vénèrent Satan", estimant que Donald Trump était "le meilleur président pour cela"

D'autres vidéos publiées sur son compte Facebook et déterrées par le site Politico avaient révélé des "opinions racistes, islamophobes et antisémites". Des heures de discours nauséabond durant lesquelles la candidate défendait entre autres que le "racisme n'existait plus", que les Noirs étaient "esclaves du parti démocrate" ou encore que les musulmans ne "faisaient pas partie du gouvernement". Autant de provocations qui ont fait bondir démocrates comme républicains.

Une prise de distance avec QAnon

Soucieuse de ne pas froisser de potentiels électeurs, la candidate avait adouci son discours ces dernières semaines, prenant ses distances avec la mouvance complotiste. Interrogée en août sur Fox News, elle avait même assuré qu'elle n'était "pas une candidate QAnon" et que la mouvance "ne faisait pas partie de [sa] campagne". "Quand j'ai commencé à y trouver des exemples de désinformation, j'ai décidé d'emprunter une autre voie", justifiait-elle.

La républicaine avait également tweeté, le 13 août, qu'elle avait finalement accepté l'idée que le Pentagone avait bien été attaqué par un avion détourné, le 11 septembre 2001, et non par un missile, comme elle le défendait auparavant. "Le problème est que notre gouvernement nous ment tellement pour protéger 'l'État profond', qu'il est difficile parfois de savoir ce qui est vrai ou ce qui ne l'est pas", soupirait-elle.

Si elle est revenue sur certaines de ses positions controversées, l'élue de Géorgie n'a pour autant pas cessé de partager des contenus haineux, voire des contre-vérités sur les réseaux sociaux. En septembre, elle avait écrit dans un tweet – depuis effacé de la plateforme – que "les enfants ne devraient pas porter de masques", rejetant les recommandations des experts de santé, rapporte CNN.

Une nouvelle vitrine pour les conspirationnistes ?

Fin octobre, elle avait encore publié sur Facebook un photomontage d'elle posant arme à la main aux côtés des démocrates Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib et encourageant "les chrétiens conservateurs à partir à l'attaque contre les socialistes qui veulent déchirer le pays". Une publication depuis supprimée par Facebook pour "incitation à la haine", précise le site américain Business Insider.

Malgré sa prise de distance récente avec QAnon, l'élue républicaine a donné une vitrine particulière à la mouvance conspirationniste. De quoi séduire de nouveaux adeptes ? "Même si elle est la première à assumer ouvertement soutenir ces théories, plusieurs membres du Congrès en place ont exprimé des opinions qui s'en rapprochaient", rappelle le magazine Mother Jones, citant le sénateur du Texas Ted Cruz, et ses positions controversées sur la communauté LGBT.

Pour de nombreux observateurs, la question est désormais de savoir si QAnon vit le début d'une nouvelle ascension politique ou si l'entrée de la républicaine au Congrès sera son apogée. Pour le New York Times, la réponse "dépendra de la victoire ou non de Donald Trump", ajoutant que sa réélection à la Maison Blanche "risquerait de grossir les rangs des adeptes conspirationnistes".