États-Unis: l'offensive de la vaccination, succès et défis

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La campagne américaine de vaccination se poursuit à un rythme soutenu. À partir de ce mardi 6 avril, tous les New-Yorkais adultes sont autorisés à se faire vacciner. La semaine dernière, le président Joe Biden avait promis que « d’ici au 19 avril, 90 % des adultes seront éligibles à la vaccination ». Et selon lui, « 90 % des Américains auront accès à un centre de vaccination dans un rayon de 8 kilomètres autour de leur domicile ». Cette campagne est-elle un succès et quels sont les défis à relever dans les prochaines semaines ?

C'est une campagne de vaccination planifiée comme une opération militaire. Au printemps 2020, un véritable général a pris les commandes de l’opération « Warp Speed » (« Vitesse de l’éclair »). Avec une logistique militaire, il s’agissait de concentrer tous les moyens permettant d'accélérer le développement, la production et la distribution du vaccin anti-Covid. L’avantage des États-Unis, c’est qu’ils maîtrisent toute la chaîne – de la production à la distribution du médicament.

Le 12 décembre dernier, le général Gus Perna, sur un ton martial et avec des références historiques qui parlent à tous les Américains, annonçait fièrement le début de l’opération Warp Speed : « Dans les prochaines 24 heures, le vaccin sera acheminé des sites de productions de Pfizer aux hubs de la société de transport UPS et de la poste fédérale. » Gus Perna a même parlé du « Jour J », en référence au débarquement en Normandie en 1944 : « À l’époque, le Jour J a été le début de la fin. Aujourd’hui, nous sommes exactement dans la même situation. »

L’opération « Warp Speed », un succès ?

Presque 30 % de la population américaine a déjà reçu au moins une injection. Au total, plus de 160 millions de doses ont été administrées. Selon Sarah Rozenblum, chercheuse en santé publique à l’université du Michigan, le succès de la campagne de vaccination tient en partie à un partenariat public-privé entre le gouvernement fédéral, l’armée, la Fema (l'agence fédérale de gestion des secours) et plusieurs acteurs locaux : « L’armée joue effectivement un rôle important dans la distribution du vaccin et peut réquisitionner un certain nombre de lieux comme des parcs d’attraction, des parkings, des stades de football américain pour les transformer en centre de vaccination temporaire. »

Le problème, c’est que ces « vaccinodromes » n’attirent que peu de gens. Le gouvernement a donc dû revoir sa stratégie, et chercher des solutions de proximité. « L’administration Biden a conclu des partenariats avec des grandes enseignes, des commerces situés en centre-ville et dotés de pharmacie, explique Sarah Rozenblum. L’idée est d’administrer les vaccins dans ces pharmacies qui sont adossées à des petits commerces proches de là où les gens habitent. » Dans les prochains jours, le nombre de pharmacies autorisées à vacciner les Américains passera de 17 000 à 40 000.

« Il faut parler avec ceux qui ne veulent pas se faire vacciner »

D’après Nathalie Davis, de l’ONG United States of Care, qui milite pour un accès au système de santé pour tous les Américains, les médecins traitants ou les pharmaciens jouent un rôle capital dans la campagne de vaccination : « Ce sont eux et pas les responsables politiques qui peuvent convaincre les gens encore réticents de se faire vacciner. » Si la résistance de certains groupes comme les Latinos ou les Afro-Américains commence à baisser, elle reste encore élevée chez l’électeur républicain. Environ un sympathisant conservateur sur deux ne veut pas encore se faire vacciner.

« Il faut chercher le dialogue avec les gens, essayer de les convaincre avec des arguments, des faits. Et avoir un centre de vaccination près de chez eux », explique Brian Castrucci, chef de la Fondation De Beaumont qui s’engage en faveur d’une meilleure politique de santé. Moi j’ai dû consulter sept sites internet pour prendre un rendez-vous, et faire une heure de voiture pour me rendre au centre de vaccination. Et je suis un expert en santé. Alors imaginez les obstacles pour une personne "normale" ou un migrant. »

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Garantir l’égalité d’accès au vaccin

Selon Tom Frieden, président de l’organisation « Resolve to safe lives » et ancien responsable du département de la Santé de la ville de New York, le principal défi à relever pour l’administration Biden, c’est de garantir l’égalité d’accès au vaccin. « Des communautés noires et latinos sont vaccinées deux fois moins vite que des Américains blancs », souligne-t-il. Le manque d’accès aux vaccins est plus grave à ses yeux que la réticence de certains à se faire vacciner : il va y avoir un élan, assure-t-il, plus les gens se feront vacciner, plus les résistances vont diminuer.

« Ce qui m’inquiète vraiment, déplore Tom Frieden, c’est qu’il n’y ait pas d’accès équitable au vaccin. Cela peut provoquer de nouvelles contaminations dans certains quartiers, avec en plus l’apparition de nouveaux variants. » Depuis quelques jours, les contaminations repartent effectivement à la hausse, avec en moyenne plus de 60 000 cas par jour. Une augmentation due, selon les experts, à un relâchement des gestes barrières.

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