États-Unis: infiltré au sein du Ku Klux Klan pendant 10 ans, un ancien informateur du FBI témoigne

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Une cagoule du Ku Klux Klan représenté sur une affichette lors d'une manifestation contre le suprémacisme blanc à Huntington Beach (États-Unis), le 11 avril 2021. - APU GOMES / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES via AFP
Une cagoule du Ku Klux Klan représenté sur une affichette lors d'une manifestation contre le suprémacisme blanc à Huntington Beach (États-Unis), le 11 avril 2021. - APU GOMES / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES via AFP

Il a fait tomber la cagoule et montre désormais son visage au grand jour. "Si le KKK a une cible aujourd'hui, c'est moi", confie ainsi Joseph Moore, 50 ans, dans un témoignage diffusé ce mercredi soir par France 2. "Je parle pour que le grand public sache au cas où il m'arriverait quelque chose."

D'Imperium à BlacKkKlansman, l'idée d'un agent bien intentionné intégrant au péril de sa vie le Ku Klux Klan, ce réseau raciste très violent issu de la Guerre de Sécession et nourri par les années de ségrégation dans le sud des États-Unis, obsède le cinéma américain. Mais pour Joseph Moore, cela n'a rien d'une fiction. Cette infiltration a été la vie de cet homme marié et père de quatre enfants pendant dix ans - entre 2007 et 2017 - pour le compte du FBI.

Une décennie de double jeu dont on ne sort pas en toute impunité. S'il vit toujours en Floride avec les siens comme au temps de ses missions pour le "Bureau", Joseph Moore a dû changer de cadre de vie et surtout d'identité en 2018. De surcroît, il n'oublie jamais son arme à feu et surveille les abords de sa maison au moyen d'un système de vidéosurveillance capteur de mouvements. Des précautions qui n'ont pas empêché certains de ses anciens "confrères" du "Klan" de retrouver sa trace et même de lui rendre visite à distance.

C'est pourquoi Joseph Moore a repris son nom et s'est décidé à livrer son témoignage, à commencer par l'agence Associated Press. Au fil de son récit, on apprend que ce vétéran de l'armée américaine a permis d'éventer au moins deux projets d'assassinats, l'arrestation de plusieurs membres du KKK et d'en savoir plus sur ses ramifications au sein des forces de l'ordre.

Voix au chapitre

La tâche d'identifier les membres du Klan sévissant parmi les policiers ou les gardiens de prison a justement été sa porte d'entrée dans ce monde périlleux.

"Le FBI voulait que je rassemble un maximum d'informations sur ces gens et que je confirme leur identité", résume-t-il à présent auprès de l'agence AP.

Bien qu'historiquement lié au sud des États-Unis, le Klan est une nébuleuse disséminée sur l'ensemble du territoire américain et organisée en "chapitres". En 2007, il rejoint d'abord celui de l'"Union des chevaliers sudistes et nordistes". Il débute modestement en relevant les plaques d'immatriculation sur les parkings des meetings auxquels il assiste.

Mais la confiance que lui accordent bientôt ses comparses le met au parfum des préparatifs d'une tentative d'assassinat contre un routier latino. Les éléments qu'il collecte empêcheront finalement le crime.

Au fil du temps, la pression se fait de plus en plus forte. Il finit, en contradiction avec les règles en vigueur, par dévoiler le pot aux roses à sa femme et ses parents. Problème: diagnostiqué bipolaire, il peine à se faire croire de son épouse. Il va jusqu'à l'amener à des événements du KKK. Des confidences et des indiscrétions qui obligent le FBI à le débrancher.

"On le balance dans la rivière?"

Pourtant, en 2013, l'institution revient le chercher. Direction cette fois le chapitre des "Chevaliers traditionnalistes américains", dont il devient au bout d'un an le responsable de la sécurité et des communications internes.

En décembre 2014, un baron local, Charles Newcomb, s'ouvre à lui d'un nouveau projet d'assassinat. Un maton militant du Ku Klux Klan s'est tourné vers ses amis pour éliminer Warren Williams, un ancien détenu noir avec lequel il est en conflit. Joseph Moore enregistre alors les conversations tenues à ce propos en sa présence pendant des mois.

Dans les bandes sonores diffusées par France Télévisions, on entend notamment Charles Newcomb dire: "Est-ce qu'on va le choper ici et le balancer dans la rivière? On fait quoi?"

Quelques jours plus tard, Moore envoie aux dindons de la farce une photo, montrant Williams étendu inerte et apparemment mort, qu'il a lui-même mise en scène. La mission est un succès et le FBI procède à trois interpellations.

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De la nécessité d'une bonne couverture

Dans son témoignage, Joseph Moore explique la mécanique qui lui a valu son crédit, si rapide, auprès du KKK. "Je me suis inventé un personnage ayant participé à des campagnes à l'étranger, médaillé, qui avait mené des opérations extérieures - plus que je n'en ai faites", révèle celui qui fut tout de même sniper dans les troupes de son pays. "Un personnage qu'ils pouvaient considérer comme utile à l'organisation à un échelon élevé."

"Si vous n'êtes pas crédible, investi à tous les niveaux, vous n'aurez pas la chance de retrouver votre famille le soir. Donc vous devez vous y mettre jusqu'au cou pour assurer votre sécurité et celle de votre famille", reprend-il.

De ses années dans les rangs du Klan, il tire aujourd'hui un enseignement: d'après lui, le mouvement recrute de plus en plus d'hommes parmi les forces de l'ordre et au sein du système carcéral. Il achève: "Si vous voulez savoir pourquoi les gens ne font pas confiance à la police, c'est parce qu'ils ont un proche ou un ami qui a été visé par un extrémiste qui portait un badge ou une arme. Et je sais que ça arrive, après tout j'ai enrayé une tentative d'assassinat orchestrée par des policiers."

Article original publié sur BFMTV.com

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