États-Unis: derrière les émeutes du Capitole, le pouvoir des milices

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Les émeutes autour et dans le Capitole survenues mercredi 6 janvier ont permis de constater la montée en puissance des milices d'extrême droite aux États-Unis. Pour beaucoup, ce sont elles qui ont organisé et mené ce mouvement jusque dans l'enceinte du Capitole. Oriane Verdier a joint pour RFI Francis Langlois, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand à l'université du Québec, à Montréal.

Qui sont ces groupes armés qui s'imposent petit à petit sur la scène politique américaine ?

Après la guerre du Vietnam, une bonne proportion des vétérans qui sont revenus déçus, qui n’ont pas été réintégrés dans la société correctement, ont organisé des milices et se sont finalement tournés vers elles. Ce sont eux qui ont donné le cadre de la première vague des milices qui a culminé dans les années 1990. Et depuis l’élection de Barack Obama, la plupart d’entre elles, et en fait la nébuleuse d’extrême droite, tentent de passer du monde virtuel au monde réel en organisant différents événements : on l’a vu à Charlottesville, on l’a vu dans le Nevada en 2014 et dans différents autres événements. Et ce qui est arrivé mercredi, c’est le point culminant de cette volonté de l’extrême droite de se manifester dans le monde réel, d’avoir une voix dans la discussion politique aux États-Unis.

Est-ce que c’est une voix homogène, est-ce que toutes les milices ont les mêmes priorités ?

Les milices et l’ensemble de l’extrême droite ont plusieurs querelles entre elles à propos des objectifs, les moyens, les cibles à viser. Ceci étant dit, les leaders de l’extrême droite – qui incluent les milices qui se trouvent un peu partout, particulièrement dans le Midwest américain – se sont concertés, ils ont travaillé dur pour créer des événements qui allaient unir la droite ou l’extrême droite dans un mouvement politique, mais sans l’unir dans une organisation très hiérarchisée au niveau national. On sait que c’est impossible à faire car il y a trop de querelles. Donc, on créé des événements qui vont souder, qui vont montrer à la base qu’on est capable d’organiser des événements majeurs qui vont perturber l’ordre politique. D’ailleurs, il n’y a rien de plus symbolique que ce qui est arrivé mercredi : on a littéralement arrêté le processus électoral national.

Et finalement, est-ce que c’est vraiment un succès pour ces milices, puisque ça risque d’accélérer la division au sein des républicains, et la distanciation d’une partie des républicains vis-à-vis du camp Trump ?

En fait, j’ai l’impression qu’il faut séparer Donald Trump des objectifs de ces gens-là, qui ont un objectif bien à eux. Ils aiment bien Donald Trump : oui, « il est sympathique », « il a bousculé l’ordre ». Mais l’objectif est d’aller plus loin : renverser l’ordre, ou à tout le moins être totalement reconnus comme des interlocuteurs politiques légitimes. Donc, si on détruit le Parti républicain et qu’on réussit à créer un véhicule politique dans lequel les gens plus radicaux – plus mobilisés si on veut – sont capables de s’exprimer, que ce soit au niveau politique ou au niveau physique comme on l’a vu mercredi, pour eux c’est une grande victoire. Maintenant, c’est possible que l’État fédéral décide de passer à l’acte et de sévir fortement contre ces mouvements. Donc on va voir ce qui va arriver dans les prochaines semaines, les prochains mois.

Après le siège du Capitole, mercredi 6 janvier, de nombreux républicains ont lâchés Donald Trump, mais pas sa base. Au Texas, notre correspondant Thomas Harms a rencontré un des partisans acharnés de l'actuel président américain. Il considère que tout ce qui s’est passé mercredi est un coup monté.