États-Unis: le Congrès marqué par le chaos, Donald Trump toujours plus accusé

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Au lendemain de l'intrusion de partisans de Donald Trump au Capitole, l'ambiance reste lourde au sein de l'institution. Les lieux portent encore les stigmates des violences commises, et ce jeudi 7 janvier, les démocrates concentrent toujours plus leurs critiques sur Donald Trump. Nancy Pelosi demande même sa destitution. Joe Biden, lui, l'accuse d'avoir déclenché « un assaut sans merci contre les institutions » démocratiques américaines. Deux ministres ont démissionné, non sans égratigner leur chef.

Avec notre correspondante à Washington, Anne Corpet

Les dégats de l’intrusion des manifestants sont encore visibles : du verre brisé jonche le sol par endroits, certaines fenêtres cassées ont été recouvertes de panneaux de bois, et sous la petite rotonde, une poudre blanche recouvre le sol. C'est un vestige des gaz lancés mercredi par la police du Capitole pour disperser la foule de supporters de Donald Trump qui a envahi les lieux.

Des experts inspectent les statues et notent minutieusement tout dommage ; il s’agit du patrimoine fédéral et il est normalement absolument interdit de toucher à ces œuvres d’art. Le personnel est sous le choc, mais personne ici n’a le droit de s’exprimer. Un imposant dispositif de sécurité a été déployé aux abords du Capitole. Seul le personnel accrédité est autorisé à entrer.

Même l’esplanade et la pelouse situées devant le Congrès sont désormais interdites au public. Dans les allées du bâtiment, on croise d’ailleurs des membres de la garde nationale, déployée pour sécuriser les lieux. La police de Washington a annoncé qu’elle allait ériger une barrière autour du bâtiment. De nouvelles mesures de sécurité vont être instaurées pour les 30 prochains jours.

Mais ce jeudi à Washington, beaucoup de questions demeurent sur le dispositif de sécurité de mercredi. Muriel Bowser, la maire de la capitale américaine, a dénoncé un échec patent des autorités fédérales. Au lendemain de l'assaut, Steven Sund, le chef de la police du Capitole, a présenté sa démission « à compter du 16 janvier », selon une source anonyme et proche de l'agence fédérale.

Pelosi dénonce une « insurrection armée contre l'Amérique » incitée par Trump et appelle à sa destitution

Nancy Pelosi, la cheffe de la majorité démocrate à la Chambre, a fait son retour au Capitole. Masquée, vêtue d'un tailleur rose fushia, elle avait le nez rivé sur son téléphone portable et a rejoint son bureau sans un mot. Une pièce qui, mercredi, a été investie par des partisans du président américain.

Dans la journée, la présidente de la Chambre des représentants a pris la parole. Sans surprise, elle est revenue sur les événements de mercredi, qui ont coûté la vie à quatre personnes, dont une femme abattue dans l'enceinte même du Capitole. Elle c'est à Donald Trump que Nancy Pelosi attribue la responsabilité des exactions survenues : « Le président des États-Unis a incité à une insurrection armée contre l'Amérique », a-t-elle déclaré en ouverture de sa conférence de presse.

La démocrate a dénoncé une « tentative de coup d'État de la part du président Trump et de ses partisans ». Elle a estimé que « le seuil franchi est d'une telle gravité qu'il n'est pas question que ce président soit autorisé à prendre des décisions ». Alors que la passation de pouvoir au président élu Joe Biden est prévue le 20 janvier, Nancy Pelosi a appellé à démettre Donald Trump. Car d'ici au 20 janvier, « chaque jour peut se transformer en film d'horreur pour l'Amérique », redoute-t-elle.

Ainsi, Nancy Pelosi a exhorté le vice président, Mike Pence, à invoquer « immédiatement le 25e amendement de la Constitution », qui permet de déclarer Donald Trump « inapte » à assurer sa fonction. Elle espère une réponse ce jeudi et a prévenu : si Mike Pence n'agit pas, le Congrès « pourrait être prêt à avancer une procédure de destitution », aussi appelée « impeachement ». Fin 2019-début 2020, le Congrès avait déjà entamé cette procédure dans une autre affaire ; le Sénat avait acquitté le chef de l'État.

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Biden dénonce les « terroristes de l'intérieur »

Joe Biden, le président élu qui a vu sa victoire électorale du 3 novembre confirmée mercredi en dépit des exactions au Capitole, a également fustigé le comportement de Donald Trump ce jeudi. Selon lui, le président a « déchaîné un assaut sans merci contre les institutions » démocratiques américaines. Le 6 janvier fut, à ses yeux, « l'un des jours les plus sombres de (notre) Histoire ». Joe Biden a qualifié les fauteurs de troubles de « terroristes de l'intérieur ».

Celui qui deviendra le 46e président des États-Unis s'est aussi dit convaincu que des manifestants antiracistes auraient été traités « très différemment » des individus qui ont perturbé la journée de mercredi au Capitole. « Ils auraient été traités très, très différemment que la foule hargneuse qui a envahi le Capitole. Nous savons tous que c'est vrai, et c'est inacceptable », a-t-il déclaré.

Des soutiens qui s'en vont et qui restent

Deux ministres ont démissionné dans la foulée de ces événements. La ministre américaine de l'Education, Betsy Devos, a annoncé sa démission jeudi soir : « Il est indéniable que votre rhétorique a eu un impact sur la situation, et c'est un point de bascule pour moi », accuse la ministre dans une lettre adressée à Donald Trump, dont plusieurs médias américains ont obtenu la copie. Milliardaire et ministre très controversée, elle était en poste depuis le début du mandat de Donald Trump.

Quelques heures plus tôt, la ministre des Transports Elaine Chao avait elle aussi annoncé sa démission, mentionnant son « trouble » face à l'invasion du Congrès américain mercredi. « Notre pays a vécu un événement traumatisant, totalement évitable (...) qui m'a tellement troublée que je ne peux pas l'ignorer », a justifié dans un communiqué celle qui est aussi l'épouse du chef des sénateurs républicains Mitch McConnell.

Enfin, très critiqué pour son manque d'anticipation, le chef de la police du Capitole, Steven Sund, a présenté sa démission, notamment à la demande de Nancy Pelosi. « Bien des membres de notre police du Capitole se sont comportés avec courage, et ont fait preuve de sollicitude envers les membres du personnel et ils méritent notre gratitude. Mais les responsables de la police du Capitole ont échoué », a déclaré Nancy Pelosi.

Donald Trump, lui, a été relativement discret depuis 24 heures, avant de s'exprimer dans la soirée à travers une vidéo de près de trois minutes. Privés temporairement de ses comptes Twitter (le réseau social qu'il emploie le plus pour communiquer), Facebook et Instagram après ses messages controversés envoyés mercredi alors que le Capitole était envahi, le président a indiqué, via un communiqué de presse, que bien qu'il soit toujours en désaccord avec le résultat de l'élection, « il y aura une transition ordonnée ».

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Le président actuel peut toujours compter sur d'indéfectibles soutiens, tels que Mike Pompéo. Le ministre des Affaires étrangères a répondu jeudi aux « nombreuses personnes » ayant comparé les Etats-Unis à une république bananière, dont l'ancien président George W. Bush, après l'intrusion de partisans de Donald Trump au Capitole à Washington pour faire pression sur les élus du Congrès. « Cette calomnie révèle une compréhension erronée des républiques bananières et de la démocratie en Amérique », a déclaré ce fidèle du président républicain dans un message publié sur Twitter.