Aux États-Unis, Colonial Pipeline amorce le redémarrage de son oléoduc piraté

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Alors que les stations-service sont prises d'assaut dans certains États américains par crainte d'une pénurie d'essence, le groupe Colonial Pipeline, victime d'une cyberattaque la semaine dernière, a repris les opérations de son oléoduc mercredi. Le retour à la normale devrait cependant prendre plusieurs jours.

Le groupe Colonial Pipeline a annoncé mercredi 12 mai avoir "amorcé" le redémarrage des opérations de son oléoduc, après avoir été la cible d'un piratage cinq jours plus tôt conduisant à sa fermeture et provoquant la ruée dans les stations-service d'automobilistes paniqués à l'idée d'une pénurie d'essence.

Il faudra cependant "plusieurs jours" avant un retour à la normale de ce réseau qui transporte 45 % de l'essence, du diesel et du kérosène américains depuis les raffineries du Golfe du Mexique vers la côte est américaine.

La situation est en passe d'être sous contrôle, avait assuré, plus tôt, le président américain Joe Biden alors que la panique continuait de se propager parmi les automobilistes à la recherche d'essence sur la côte est américaine.

Plusieurs États, allant de la Floride à la Virginie ont déclaré l'état d'urgence, renforçant l'affolement des consommateurs qui se sont pressés dans les stations-service, bidons à la main.

Évaluation de sécurité

Dans son communiqué, Colonial Pipeline prévient que certains marchés pourraient continuer de subir "des interruptions de service intermittentes pendant la période de redémarrage". Mais il assure que le groupe "déplacera autant d'essence, de diesel et de kérosène que possible en toute sécurité et continuera de le faire jusqu'à un retour à la normale". Il souligne que l'"objectif principal reste la sécurité".

Dans le cadre de ce processus de redémarrage, Colonial mènera ainsi une série "complète" d'évaluation de la sécurité des pipelines conformément aux exigences fédérales.

Pour atténuer les perturbations, les autorités américaines avaient autorisé dès dimanche soir les chauffeurs routiers transportant des produits raffinés à travailler plus longtemps.

Mais mercredi, en Floride, 73 % des stations de la région de Pensacola étaient à cours d'essence, selon Patrick De Haan, du site spécialisé dans le suivi des prix de l'essence GasBuddy. Dans tout l'État de Caroline-du-Nord, près d'une station d'essence sur trois est à sec, et 6 sur 10 à Atlanta, capitale de la Géorgie. L'essence commençait à se faire rare aussi en Virginie et même à Washington DC, où 10 % des stations en étaient dépourvues, selon la même source.

Face à l'affolement des automobilistes, l'agence de protection des consommateurs a lancé un avertissement : "Ne remplissez pas des sacs plastiques avec de l'essence. Oui, cela peut paraître évident. Mais quand les gens sont désespérés, ils ne réfléchissent pas correctement", dans un tweet assorti d'une image d'explosion violente.

À la pompe, les prix grimpent

"Nous voilà cinq jours après la fermeture de l'oléoduc de Colonial Pipeline et avec les déclarations d'état d'urgence, la perception du public est que la pénurie est grave et qu'il faut aller faire le plein", a commenté Andy Lipow, président du cabinet de consultants de Lipow Oil Associates. "Il en résulte que la demande d'essence est deux à trois fois plus forte qu'à l'ordinaire, ce qui aggrave la situation", a ajouté l'analyste.

Le prix moyen du gallon d'essence (3,79 litres) à la pompe a dépassé les 3 dollars pour la première fois depuis novembre 2014, a indiqué l'association automobile AAA.

Colonial Pipeline avait été victime vendredi soir d'un piratage informatique qui l'a forcé à fermer son système. Selon la police fédérale américaine, cette cyberattaque qui a utilisé un rançongiciel, ou "ransomware", a été menée par le groupe criminel DarkSide.

Décret

Mercredi, Joe Biden a signé un décret pour améliorer la cybersécurité aux États-Unis, après deux autres cyberattaques majeures.

Celle du logiciel de l'entreprise texane SolarWinds a secoué le gouvernement américain et la sécurité de grandes entreprises en décembre. La Maison Blanche accuse la Russie d'en être responsable.

Plus récemment, le piratage de la messagerie de Microsoft, attribué à un groupe de hackers chinois soutenus par Pékin, a affecté au moins 30 000 organisations américaines, y compris des entreprises, des villes et collectivités locales.

Le décret présidentiel entend notamment obliger les sociétés à communiquer en cas de failles informatiques. Il demande d'établir des standards de cybersécurité pour le gouvernement et les agences fédérales et de créer un conseil un bureau national de la cybersécurité, sur le modèle de celui des transports, chargé de déterminer les causes des accidents aériens ou routiers graves.

Le Conseil de sécurité nationale (NSC), qui dépend de la Maison blanche, a reconnu que de nombreux systèmes de sécurité informatique étaient datés, et qu'il devenait urgent d'agir en amont plutôt qu'en réaction, après les incidents. Un haut-responsable du NSC a rappelé que des institutions locales, des petites entreprises, des écoles et des hôpitaux paient souvent le prix fort pour réparer les dégâts.

Avec AFP