États-Unis, Chine, Émirats arabes unis: ces pays qui font la course vers Mars

Robin Verner
·6 min de lecture
Reproduction à échelle réduite de Perseverance.  - Patrick T. FALLON / AFP
Reproduction à échelle réduite de Perseverance. - Patrick T. FALLON / AFP

Ils sont trois à avoir vu grand pour atteindre la planète rouge. Ce jeudi, sur les coups de 21h55, heure française, la mission de la NASA "Mars 2020" tentera de poser sans encombre son rover Perseverance sur la surface de Mars. Si le robot américain, chargé d'arracher au sol martien les secrets de la vie qu'il aurait éventuellement pu accueillir, sillonnera un désert constellé de cratères, il ne sera pourtant pas tout à fait seul, même à 227 millions de kilomètres de la Terre.

Au-dessus de lui, Hope, ou Amal en arabe, une sonde émiratie, tourne déjà en orbite de Mars depuis près de dix jours. Et dans quelques semaines, le rover du projet chinois Tianwen-1 tâchera lui aussi d'atterrir au milieu de la roche et de la poussière ocres. Et ces initiatives ne font que précéder d'autres opérations visant Mars.

L'Américain Perseverance sur les traces de Curiosity... et de la vie sur Mars

Ce jeudi, à 21h55 heure française, au terme de sept mois de voyage depuis Cap Canaveral en Floride et d'une débauche de dollars (les investissements s'élèvent à 1,2 milliard), la NASA saura si son robot Perseverance a réussi à s'arrimer au sol de Mars et peut commencer à accomplir son labeur.

Comme Curiosity, Perseverance est un rover, c'est-à-dire un véhicule autonome, chargé de se déplacer, d'explorer et d'analyser. Le travail, symbole du leadership américain en matière aérospatiale, qui lui est assigné, est aussi simple à comprendre qu'ahurissant à concevoir: il doit collecter des échantillons de la terre locale et de la roche, les placer dans des tubes - et ce, pendant plusieurs années - puis les déposer de manière à ce qu'une mission ultérieure puisse les récupérer.

Une fois ramenés sur le plancher des vaches, ces extraits seront dûment examinés par quelques-uns des cerveaux humains les plus brillants.

Et pour cause, il s'agit non seulement d'étendre notre connaissance de Mars, mais d'apporter une réponse tangible à une interrogation métaphysique: détecte-t-on des traces de vie anciennes sur Mars? Ou comme l'a résumé auprès de l'AFP mercredi Thomas Zurbuchen, administrateur associé pour la science à la NASA, peut-on trancher "une des questions qui nous habitent depuis des siècles": sommes-nous seuls dans l'univers?

L'espoir venu des Émirats

Partie le 30 juillet, la tentative américaine a été précédée de quelques jours par deux autres projets, dont le projet émirati, lancé le premier, dès le 20 juillet depuis la base japonaise sise sur l'île de Tanegashima.

Comme l'a noté ici le site Futura sciences, la sonde émiratie - le premier équipement en provenance du monde arabe à accomplir une telle prouesse - dénommée "Amal" en arabe ou "Hope" en anglais, c'est-à-dire "Espoir" en français, est arrivée à bon port dès le 9 février dernier. Le lendemain, elle envoyait une première image de Mars, aussitôt relayée par le compte officiel du prince héritier d'Abou Dabi.

Toutefois, la sonde ne s'aventurera pas jusqu'à la planète Mars à proprement parler. Son objectif, au-delà de ce type de photos, et de tourner en orbite afin, comme l'explique ici France Inter, de noter les évolutions climatiques au cours d'une année (une révolution martienne équivaut à 687 jours).

Francis Rocard, spécialiste des missions planétaires au Centre national d'études spatiales (le CNES), a clarifié auprès de la radio publique le but essentiel de l'expédition de la sonde: "On aura pour la première fois des mesures météo partout, à chaque heure de la journée, et on verra ça avec l’évolution saisonnière. Donc on va vraiment résoudre des énigmes, parce que nous, on a toujours une vue un peu limitée."

Ces premières indications devraient commencer à tomber jusqu'à nous à partir de septembre prochain.

La Chine questionne le ciel

Trois jours après la sonde des Émirats arabes unis, une opération de conception chinoise s'envolait vers Mars, depuis l'île de Hainan, dans le sud du pays. Celle-ci est baptisée Tianmen-1 soit "Questions au ciel", reprenant un poème antique comme l'a remarqué Numerama.

Son but est triple: placer une sonde en orbite, poser un atterrisseur sur Mars, et parvenir à partir de là à faire se mouvoir son robot de 200 kilos. Le premier volet de ce défi est dejà relevé, car depuis le 10 février, la sonde flotte bien au-dessus de la planète. Il faudra attendre mai, voire juin, en revanche pour connaître le destin de son atterrisseur. Et c'est donc seulement en cas de réussite que son robot pourra se déployer à son tour.

Là encore, comme l'indique France Inter, il s'agit avant tout d'étudier le sol: Tianmen-1 doit en effet en détailler la composition. Il lui reviendra aussi de préciser la cartographie des lieux.

Des objectifs très (géo)politiques

Complémentaires, ces trois projets ont un point commun, ou plutôt une ambition commune. Tous, au-delà de l'évident profit scientifique, tablent sur un succès pour décrocher une victoire politique ou géopolitique. Les États-Unis veulent une nouvelle fois bomber le torse et imprimer leur rythme à cette course vers les étoiles, la Chine veut leur tenir tête et les Émirats veulent s'imposer en puissance spatiale.

Il faut d'ailleurs observer que la seconde et les troisièmes ont retenu une date symbolique. En 2021, le Parti communiste chinois célèbre ses cent ans d'existence et les Émirats arabes unis le cinquantenaire de leur unification.

Deux projets en attente

L'actualité martienne est peut-être dense mais l'avenir proche est également prometteur. Deux projets espèrent encore rallier Mars. Le départ de la sonde ExoMars, qui conjugue les efforts de l'Agence spatiale européenne et ceux des Russes, est programmé désormais pour 2022.

Cette date est le fruit d'un report pour nécessité technique: initialement, elle devait décoller en 2018.

Le second rendez-vous est bien plus lointain, et il est là encore émirati. L'émir de Dubaï, Mohamed ben Rachid Al Maktoum, a en effet annoncé il y a quatre ans le lancement d'un projet intitulé "Mars 2117". L'idée est d'enclencher un processus qui doit conduire d'ici un siècle à l'établissement d'une communauté humaine sur Mars.

Les scientifiques sont nombreux à plancher sur la création d'une colonie pérenne et autonome sur Mars. Toutefois, elle est pour le moment irréalisable, comme l'a détaillé notre long-format consacré à la question, en raison de contraintes matérielles, techniques et humaines.

Article original publié sur BFMTV.com