États-Unis: les audiences des médias américains en chute libre depuis le départ de Trump

Hugues Garnier avec AFP
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Le siège de CNN à Atlanta en Géorgie. La chaîne a vu ses audiences en prime time chuter de moitié depuis le départ de l'ancien président américain.  - Kevin C. Cox / Getty Images
Le siège de CNN à Atlanta en Géorgie. La chaîne a vu ses audiences en prime time chuter de moitié depuis le départ de l'ancien président américain. - Kevin C. Cox / Getty Images

Si le départ de Donald Trump a été accueilli favorablement par les médias américains, il y a une certainement une chose que ceux-ci auraient aimé garder de sa présidence: les audiences record. En effet, chaînes télévisées et journaux américains ont vu leur audience et leur lectorat chuter depuis janvier dernier, lorsque le républicain a quitté la Maison Blanche.

Un phénomène de désertion qui s'explique aussi par l'arrivée du nouveau président Joe Biden, moins controversé, bien plus discret que son prédécesseur et moins enclin à lâcher des phrases choc.

CNN décroche

Première victime de cette débandade: la célèbre chaîne d'information CNN, qui perd plus de la moitié de son audience envolée entre janvier et la première quinzaine de mars sur la case reine du "primetime" (20h30 à 22h), selon les données du cabinet Nielsen.

Si ses rivales MSNBC et Fox News s'en tirent mieux, elles souffrent elles aussi du changement d'administration: la première anti-Trump (-26%) et la seconde pro-Trump (-6%) - qui récupère sa place de leader - affichent toutes deux un recul en l'espace de cinq semaines.

Coup dur pour le New York Times et le Washington Post

La presse américaine ne s'en sort guère mieux: le New York Times a perdu presque 20 millions de visiteurs uniques sur son site entre janvier et février aux États-Unis. Pire encore pour le Washington Post, qui en a perdu 30 millions selon des données du cabinet Comscore. Le prestigieux journal américain indique avoir connu une baisse de 26% de visiteurs uniques entre janvier et février 2021 et de 7% par rapport à l'année dernière. De son côté le New York Times a connu une baisse de trafic de 16% entre février dernier et février 2020.

Ce départ de l'audience et du lectorat américain s'explique aussi par la fin d'une campagne présidentielle agitée, sur fond de crise sanitaire qui va progressivement prendre moins d'importance avec les vaccins, et d'un mois de janvier marqué par les violences au Capitole et la transition entre les deux présidents.

"On a traversé une période très intense (...) pendant laquelle l'actualité était essentielle à nos vies", décrypte Mark Lukasiewicz, doyen de l'école de communication de l'université Hofstra . "Aujourd'hui, ces questions (sanitaires) n'ont pas disparu, mais les choses commencent à se calmer."

Le mandat Trump très bénéfique pour les médias américains

Donald Trump ne peut également plus compter sur les réseaux sociaux pour s'adresser à son électorat. Les médias américains ne peuvent donc plus de leur côté réagir aux multiples frasques tweetées du milliardaire.

Les grands groupes de médias du pays peuvent toutefois remercier Donald Trump pour l'audience qu'il leur a apporté au cours de ces dernières années. L'audience de CNN a malgré tout doublé par rapport à 2014, avant l'entrée en campagne du magnat de l'immobilier, tandis que celle de MSNBC a tout bonnement triplé.

Fox News, bien que privée de Donald Trump - qui leur a préféré à la fin de son mandat OAN (One America News Network) et Newsmax - n'a perdu que quelques points de pourcentage d'audience depuis janvier

Un retour de Trump prévu pour bientôt

Quant aux quotidiens nationaux, ils ont profité de cette période faste pour accélérer leur transition numérique et ont désormais validé leur nouveau modèle, essentiellement bâti sur les abonnements en ligne. Le New York Times a plus que doublé son portefeuille d'abonnés (de 3 à 7,5 millions), lui permettant de ne pas souffrir de la crise de la presse écrite. Le Washington Post en a gagné 3 millions lors du précédent mandat.

L'ex-président américain veut néanmoins occuper à nouveau une place dans le débat public. Un conseiller de Donald Trump a annoncé il y a quelques jours qu'il préparait son grand retour, prévu d'ici trois mois, avec "sa propre plateforme" sans donner plus de précisions.

"Il conserve une énorme capacité à lever des fonds et une influence majeure sur le parti" républicain, rappelle Mark Lukasiewicz. "Et s'il décidait de les mettre au service d'un média, ça pèserait, au moins à court terme."

Article original publié sur BFMTV.com