État-Unis: en Géorgie, les entreprises sommées de prendre position sur une nouvelle loi

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Une semaine après la modification des lois électorales en Géorgie accusées de restreindre l'accès au vote, les critiques fusent contre les grandes entreprises ayant leur siège dans cet État et restées silencieuses.

À peine adoptée en Géorgie, la nouvelle loi électorale a été immédiatement dénoncée par de nombreuses organisations américaines des droits civiques. Le texte vise particulièrement les électeurs afro-américains, selon ses détracteurs. Ces derniers accusent les grandes entreprises installées en Géorgie de ne pas s’être démarquées de cette initiative. Ce silence fait tache, selon de nombreuses organisations américaines de défense des droits civiques, qui attendaient un positionnement plus clair de la part d’entreprises majeures installées en Géorgie. Coca-Cola, la compagnie aérienne Delta, Home Depot, l’assureur Aflac ou encore le transporteur UPS n’auraient pas pris position ou pas assez clairement.

Certes Delta, au lendemain de l’adoption de cette loi, avait annoncé être en discussion avec des élus républicains et démocrates pour améliorer le texte, mais ce n’est pas ce qu’attendaient ces organisations, qui du coup ont appelé au boycott de la compagnie aérienne. Même le syndicat des joueurs de la Ligue majeure de baseball (MLB) envisagerait, en réponse à l’adoption de cette loi, de déplacer le « All Star Game » (le match des étoiles) prévu l’été prochain à Atlanta. C’est dire l’importance du sujet.

Des critiques qui font mouche

Une semaine après ce raté, le discours au sein des entreprises visées a sensiblement évolué. Le directeur général de Coca-Cola, James Quincey, qui a tenu à rappeler que son entreprise avait « toujours été opposée » à cette loi, a estimé mercredi sur la chaîne CNBC que cette loi était « mauvaise ».

Même changement de ton chez Delta dont le patron Ed Bastian a expliqué que cette loi était « inacceptable ». « Après avoir pris le temps de bien comprendre tout ce qu'implique le texte, et après des discussions avec des responsables et des employés de la communauté noire, il apparaît évident que certaines dispositions de la loi rendront l’élection des représentants, qui est un droit constitutionnel, plus compliquée pour de nombreux électeurs sous-représentés, en particulier les électeurs noirs », explique le dirigeant de la compagnie aérienne dans un courrier adressé à ses salariés.

Ed Bastian n’hésite plus d’ailleurs à parler d’une loi basée sur un mensonge. C’est ce discours qu’attendaient les nombreuses organisations qui luttent contre l’adoption du texte, censé répondre, selon les élus républicains, aux problèmes rencontrés lors du dernier scrutin.

Des entreprises qui entrent dans le jeu politique

« Même si c'est avec du retard, le message de Delta reflète enfin la vérité », a commenté Nsé Ufot, la directrice générale de New Georgia Project Action Fun, une des organisations qui critiquaient le discours tenu par ces entreprises. Et cette évolution est importante pour les organisations de défense des droits civiques, qui comptent sur l’appui de ces entreprises pour éviter que de telles lois ne soient adoptées dans d’autres États contrôlés par le parti républicain.

Car les initiatives se multiplient pour réformer les lois électorales. Les républicains estiment que ces changements sont nécessaires pour restaurer la confiance des électeurs, après les élections de novembre 2020 entachées de fraudes selon eux. Ce discours a du mal à passer en Géorgie où Brian Kemp, le gouverneur républicain, avait validé le résultat du scrutin qui donnait vainqueur Joe Biden alors que Donald Trump se disait victime de fraudes.