"On était leurs otages": une rescapée d'un camp de réfugiés ukrainiens en Russie témoigne

Le camp de Leonidovka, en Russie - Capture d'écran BFMTV
Le camp de Leonidovka, en Russie - Capture d'écran BFMTV

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Depuis le début de la guerre, des millions d'Ukrainiens ont fui leur pays vers l'Europe. Dans l'Est occupé par l'armée russe, beaucoup de civils n'ont pas eu d'autre choix que d'aller en Russie pour échapper aux bombardements et aux combats. D'autres se sont aussi rendus dans des camps de réfugiés. C'est le cas de Ljubov, qui habitait à Marioupol avec sa fille.

Fin mars, blessée par un obus à la tête, elle parvient à se faire évacuer de Marioupol par des Russes qui l’emmènent sans lui laisser le choix, à Leonidovka, à 700 kilomètres au sud-est de Moscou.

"Nous étions dans un camp militaire d'une forêt, il y avait une clôture haute trois mètres qui entourait le site, avec un checkpoint à l'entrée, gardée par des militaires armés. On avait l'impression d'être dans une énorme prison", raconte Ljubov au micro de BFMTV.

Elle explique que sur le site, il y avait plusieurs "baraquements étendus sur deux étages. Les soldats ne nous disaient rien, la seule chose qu'ils voulaient, c'était récupérer nos passeports."

Plusieurs convois vers la Russie

Lorsque Ljubov et sa fille, Eliza, ont été évacuées de Marioupol, elles ont été placées dans un camp de filtration. Blessée, la mère est peu interrogée. Mais Eliza a eu droit à un interrogatoire "très musclé", explique Ljubov.

"À la frontière russe, ils ont eu l’information que son fiancé était officier de l’armée ukrainienne. L’interrogatoire a duré dix heures, elle a été déshabillée et torturée. Elle en est sortie traumatisée."

Des séparatistes pro-russes leur ont ordonné de monter dans un bus, rempli de réfugiés de Marioupol. Sur la route, ils sont leur convoi d'une vingtaine de bus est escorté par l'armée de Poutine jusqu’à la gare de Taganrog, peu après la frontière russo-ukrainienne.

Des soldats ordonnent aux deux femmes et à 700 autres réfugiés de monter dans un train. "Personne ne nous a dit où on allait. Le train a roulé 24 heures sans s’arrêter. Les wagons étaient pleins à craquer. On était entourés d’hommes armés, comme si on était, non pas des réfugiés, mais de dangereux criminels. On était leurs otages", raconte Ljubov.

"Je me sentais en danger. On ne savait pas où on allait, ce n’est qu’au dernier moment qu’on a appris notre destination par une annonce dans le train", explique-t-elle.

"On ne voulait surtout pas partir pour la Russie, parce que c’est la Russie qui nous a attaqués. Mais on n'avait pas le choix."

Pour leur convoi, la destination finale est le camp de Leonidovka. Ljubov, Eliza et les 700 rescapés de Marioupol retrouvent 800 Ukrainiens qui sont déjà sur place.

Une évasion jusqu'en Estonie

Les soldats exigent les passeports et téléphones des réfugiés. Mais Eliza dit aux soldats que c’est sa mère, qui a dû être transportée à l'hôpital car blessée, qui a tous les papiers. Un coup de génie: quand sa mère revient dans le camp, Eliza a déjà contacté son mari, qui est dans l’armée ukrainienne. Il a fait jouer ses réseaux et des volontaires russes viennent chercher la mère et la fille.

"Le fiancé de ma fille a trouvé pour nous des volontaires de Saint-Pétersbourg. Ils sont venus nous chercher dans cette caserne et ont dit que nous étions sur les listes internationales de la Croix-Rouge", raconte Ljubov. "Les Russes nous ont laissé sortir, mais sans rien, sans nos affaires, au milieu de nulle part. On s’est alors enfuis en courant."

Après un périple de plusieurs jours, les deux femmes arrivent à Narva, en Estonie. Elles sont accueillies par un bénévole d’origine ukrainienne, qui affirme qu'Eliza et Ljubov ne sont pas des cas isolés.

"Je vois chaque jour entre une dizaine et vingtaine d’Ukrainiens qui arrivent à la frontière russe, et je les aide à se loger ici. Ils sont de plus en plus nombreux", témoigne au micro de BFMTV Sergey Tsvetkov. "Il y a des gens qui arrivent dans des états déplorables", affirme-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com

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