Érythrée: trois marins turcs détenus depuis trois mois libérés

Trois marins turcs qui effectuaient un tour du monde à la voile ont été libérés samedi 20 juin, après être restés près de trois mois en détention en Érythrée. Selon l'agence de presse turque Anadolu, ils avaient été arrêtés par la marine érythréenne en avril, après avoir dû accoster en urgence.

À en juger par leur photographie, Selim, Ibrahim et Lutfi ont la soixantaine, les cheveux blancs et une bonne forme physique. À bord de leur catamaran, les trois amis originaires de Turquie étaient en passe de boucler le tour du monde que Selim, à la retraite, avait démarré seul en septembre 2017, selon les médias turcs.

Mais leurs problèmes ont commencé à l'escale de Djibouti, en avril, en pleine propagation de la Covid-19. Ils ont alors vite pris la mer pour rentrer en Turquie, mais seulement pour apprendre la fermeture du Canal de Suez et l'arrivée du mauvais temps qui les a obligé à chercher un refuge.

Arrêtés par la marine érythréenne

Le refuge le plus proche était le port érythréen de Massawa. Après avoir prévenu les autorités turques, ils ont mis le cap sur la côte. Mais une vedette de la marine érythréenne les a alors interceptés, selon la station indépendante Radio Erena. Les soldats montés à bord les ont forcés à mettre le cap au sud, vers la base navale militaire de Gedem, « où ils ont probablement été détenus comme espions », selon un journaliste de la chaîne.

Pendant des semaines, aucune nouvelle, sauf un SMS de Selim à son épouse. Les requêtes du gouvernement turc ne recevaient aucune réponse. Il faut rappeler que l'Érythrée a de mauvaises relations avec la Turquie, alliée du Qatar avec lequel Asmara a rompu. D'après une source diplomatique, il a finalement fallu « l'intervention personnelle du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed » auprès de son homologue érythréen pour obtenir la libération des aventuriers turcs.

La Turquie entretient en effet de bonnes relations avec l'Éthiopie, où elle est le deuxième investisseur étranger, après la Chine. Face au silence d'Asmara, Ankara avait demandé à Abiy Ahmed d'user de son influence auprès de l'ombrageux président érythréen Issayas Afewerki pour négocier une issue diplomatique à l'incident.

Des eaux notoirement périlleuses

Une mésaventure similaire était arrivée en 2011 à quatre marins britanniques. Deux employés d'une société de sécurité privée et deux autres hommes avaient été détenus pendant cinq mois en Érythrée. Le gouvernement d'Asmara les avait accusés de faire partie d'un commando de plusieurs dizaines de mercenaires, mais aussi d'avoir importé et caché un stock d'armes et d'équipement militaire pour se livrer à « des actes de terrorisme » dans le pays. Ils avaient été libérés en échange d'excuses officielles de leur employeur.

Les eaux érythréennes sont notoirement périlleuses, étant donné l'opacité et la susceptibilité du régime autocratique dirigé par Issayas Afewerki. Le mois dernier, la marine érythréenne avait arrêté des pêcheurs yéménites et saisi leurs bateaux autour des îles Hanish, autrefois disputées, mais désormais légalement passées sous souveraineté yéménite. En représailles, le Yémen avait capturé sept soldats de la marine érythréenne. Selon la même source diplomatique, l'incident est désormais clos, les derniers pêcheurs yéménites détenus en Érythrée ayant été rendu à leur pays vendredi dernier, grâce à une médiation des Émirats arabes unis.