Une équipe russe arrive à l'ISS pour tourner le premier film en orbite

·4 min de lecture
L'actrice Ioulia Peressild - Handout / Russian Space Agency Roscosmos - AFP
L'actrice Ioulia Peressild - Handout / Russian Space Agency Roscosmos - AFP

Une capsule Soyouz transportant une actrice et un réalisateur russes chargés de tourner le premier long-métrage de l'histoire dans l'espace, et devancer un projet concurrent américain, s'est arrimée mardi à la Station spatiale internationale. Grillant ainsi la priorité à Tom Cruise.

Arborant de larges sourires, l'actrice Ioulia Peressild, le réalisateur Klim Chipenko et le cosmonaute chevronné Anton Chkaplerov sont montés à bord de la station orbitale vers 15h00 GMT, six heures après avoir quitté la Terre, selon les images diffusées par l'Agence spatiale russe (Roscosmos).

"Tout était nouveau pour moi aujourd'hui (...) J'ai l'impression de rêver", a déclaré Ioulia Peressild, cheveux flottant comme un halo, lors d'une brève allocution depuis l'ISS retransmise par Roscosmos.

Dans un contexte de tensions entre la Russie et les Etats-Unis, cette aventure cinématographique inédite prend aussi des allures de nouvelle course aux exploits, 60 ans après l'envoi par l'URSS du premier homme dans l'espace, Iouri Gagarine.

Deux néophytes dans l'espace

L'engin transportant les deux néophytes de l'espace et le cosmonaute chevronné Anton Chkaplerov s'est arrimé à l'ISS à 12h22 GMT, plus de trois heures après avoir décollé du cosmodrome russe de Baïkonour, au Kazakhstan.

"L'espace est un domaine où nous sommes pionniers et où nous gardons malgré tout une position très solide", a affirmé mardi à la presse le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, commentant le décollage.

L'actrice âgée de 37 ans et le réalisateur de 38 ans, qui doivent revenir sur Terre le 17 octobre, auront 12 jours pour tourner leur film provisoirement intitulé Le Défi. Il mettra en scène une chirurgienne ayant pour mission de sauver un cosmonaute.

Cette initiative intervient en pleine ruée non-scientifique vers l'espace, avec la multiplication ces derniers mois des vols de loisir, comme ceux des milliardaires britannique Richard Branson et américain Jeff Bezos.

Lundi, une compagnie fondée par ce dernier, Blue Origin, a annoncé que l'acteur canadien William Shatner, qui a incarné le capitaine Kirk dans la série culte Star Trek, irait dans l'espace la semaine prochaine, à l'âge de 90 ans.

Le secteur spatial russe, qui faisait la fierté de Moscou à l'époque soviétique avec notamment la mise en orbite du premier satellite, du premier animal, du premier homme puis de la première femme, est aujourd'hui miné par les problèmes.

Pour l'agence spatiale Roscosmos, le film doit redorer un blason terni par les scandales de corruption, les pannes en série et la perte du lucratif monopole des vols habités vers l'ISS, avec l'entrée en lice de la société Space X d'Elon Musk.

"Triompher de la Nasa"

L'agence russe espère "triompher de la Nasa et de Space X" et "détourner l'attention de (ses) problèmes", a estimé auprès de l'AFP le politologue Konstantin Kalatchev.

Si les images ont toujours accompagné les missions dans l'espace, des premiers pas sur la Lune en 1969 aux publications sur les réseaux sociaux du spationaute français Thomas Pesquet, jamais un long-métrage de fiction n'a été tourné en orbite.

Les deux primo-voyageurs de l'espace ont suivi un entraînement accéléré pour apprendre à supporter la violente accélération du décollage ou à se mouvoir en apesanteur.

"C'était psychologiquement, physiquement et émotionnellement éprouvant", a reconnu lundi Ioulia Peressild, qui a été sélectionnée parmi quelque 3.000 candidates ayant postulé pour jouer le rôle principal.

Fidèles à une tradition des cosmonautes russes, l'actrice et le réalisateur ont regardé dimanche Le Soleil blanc du désert, film soviétique de 1970.

Milliardaire japonais

L'équipage du Soyouz rejoindra la petite communauté vivant actuellement à bord de l'ISS, dont deux cosmonautes russes qui, avec M. Chkaplerov, apparaîtront dans Le Défi comme figurants.

Signe de l'importance de ce projet pour Moscou, les producteurs sont des poids lourds: Dmitri Rogozine, directeur de Roscosmos et ancien vice-Premier ministre, et Konstantin Ernst, puissant patron de la chaîne télévisée Pervyi Kanal.

Outre le film, Roscosmos doit prochainement conduire un milliardaire japonais vers l'ISS, pour ne pas se laisser distancer dans le business du tourisme spatial.

Parmi ses autres ambitions, figurent une station spatiale strictement russe et une station russo-chinoise en orbite, voire sur la Lune, Moscou ayant décidé de claquer la porte d'un projet lunaire de Washington jugé trop américano-centré.

Mais aucun de ces projets n'a de budget ni de calendrier précis.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles