Émeutes en Irlande du Nord: des violences qui réveillent de vieux démons

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des violences à Londonderry ont fait un mort en Irlande du Nord, une journaliste de 29 ans, Lyra McKee. Les émeutes ont démarré lors d'une perquisition de la police venue saisir des armes dans un quartier nationaliste. Un homme a tiré sur les policiers, près desquels se tenait la jeune femme. Ces violences surviennent dans un contexte de tensions historiques, ravivées notamment par les troubles liés au Brexit.Les violences de la nuit sont imputées par la police à la Nouvelle IRA - Armée républicaine irlandaise, groupuscule né en 2012. Les tensions n'ont jamais complètement disparu en Irlande du Nord depuis les accords de paix, et ces groupuscules sont encore nombreux.« Il y a une nébuleuse de groupes républicains que l’on dit dissidents, c’est-à-dire qui se sont écartés de l’IRA à l’époque où elle a décidé d’embrasser le processus de paix », explique Agnès Maillot, maître de conférences à Dublin City University. « Ces groupes veulent une réunification de l’Irlande et considèrent que l’IRA n’a pas fini son travail, qui était de réunifier l’Irlande par la violence si nécessaire ».Violence politique et crime organiséLa spécialiste de l’Irlande rappelle que ces groupes sont « très complexes ». Ils « se disent les véritables héritiers de l’IRA historique, qui a obtenu l’indépendance pour une partie de l’île au début du siècle » mais s’y mêlent aussi des « éléments de crime organisé ». C’est le cas notamment de la Nouvelle IRA, qui est « une fusion d’une ancienne IRA avec une milice locale qui intervenait dans des disputes sur des deals de drogue, etc », explique Agnès Maillot.« On en est au 4e assassinat depuis 2012, donc ils ont quand même une capacité de nuire qui est constante et qui a mis les policiers en alerte. Ils sont intervenus dans ce quartier pour prévenir des attentats qui auraient pu avoir lieu au cours du week-end de Pâques », durant lequel les Républicains célèbrent le soulèvement survenu à travers Dublin en 1916, qui avait abouti à la proclamation d'une république d'Irlande.Le chaos du BrexitMais au-delà du contexte historique, le Brexit et les incertitudes qu'il entraîne pour les Nord-Irlandais ravivent aussi la violence et l'hostilité entre communautés. « Le Brexit a encore davantage creusé ce qui sépare les deux communautés », confirme la maître de conférences à Dublin City University.Le rôle central du DUP dans la crise que traverse le Royaume-Uni en est exemple. « Le fait que le gouvernement de May se soit allié à un des parties unionistes - qui lui permet de rester au gouvernement - est extrêmement compliqué puisque, du coup, le gouvernement britannique a pris parti. Cela creuse les différends qui existaient déjà entre nationalistes et unionistes. D’autre part, il n’y a plus de gouvernement, donc ce vide politique qui existe depuis janvier 2017 complique davantage les choses puisque les seuls porte-paroles de l’Irlande du Nord, ce sont les députés unionistes du DUP. Les nationalistes se sentent donc sous-représentés. »Ce à quoi viennent s’ajouter incertitudes et confusion qui favorise la violence, relève Agnès Maillot. « Evidemment, il y aura toujours, dans cet immense chaos créé par le Brexit, des éléments plus violents, plus radicaux, qui vont profiter de la situation. Et ils sont absolument persuadés que la violence peut fonctionner. Donc, le Brexit n’arrange rien et, en particulier, si on parle de frontière solide entre la République et l’Irlande du Nord, cela va susciter encore davantage de tensions. »En janvier, l'explosion d'une voiture piégée à Londonderry avait déjà fait craindre une nouvelle flambée de violence venant des groupes paramilitaires, en pleine tension sur le Brexit.►A écouter aussi : Grande reportage - Brexit, le casse-tête nord-irlandais

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des violences à Londonderry ont fait un mort en Irlande du Nord, une journaliste de 29 ans, Lyra McKee. Les émeutes ont démarré lors d'une perquisition de la police venue saisir des armes dans un quartier nationaliste. Un homme a tiré sur les policiers, près desquels se tenait la jeune femme. Ces violences surviennent dans un contexte de tensions historiques, ravivées notamment par les troubles liés au Brexit.

Les violences de la nuit sont imputées par la police à la Nouvelle IRA - Armée républicaine irlandaise, groupuscule né en 2012. Les tensions n'ont jamais complètement disparu en Irlande du Nord depuis les accords de paix, et ces groupuscules sont encore nombreux.

« Il y a une nébuleuse de groupes républicains que l’on dit dissidents, c’est-à-dire qui se sont écartés de l’IRA à l’époque où elle a décidé d’embrasser le processus de paix », explique Agnès Maillot, maître de conférences à Dublin City University. « Ces groupes veulent une réunification de l’Irlande et considèrent que l’IRA n’a pas fini son travail, qui était de réunifier l’Irlande par la violence si nécessaire ».

Violence politique et crime organisé

La spécialiste de l’Irlande rappelle que ces groupes sont « très complexes ». Ils « se disent les véritables héritiers de l’IRA historique, qui a obtenu l’indépendance pour une partie de l’île au début du siècle » mais s’y mêlent aussi des « éléments de crime organisé ». C’est le cas notamment de la Nouvelle IRA, qui est « une fusion d’une ancienne IRA avec une milice locale qui intervenait dans des disputes sur des deals de drogue, etc », explique Agnès Maillot.

« On en est au 4e assassinat depuis 2012, donc ils ont quand même une capacité de nuire qui est constante et qui a mis les policiers en alerte. Ils sont intervenus dans ce quartier pour prévenir des attentats qui auraient pu avoir lieu au cours du week-end de Pâques », durant lequel les Républicains célèbrent le soulèvement survenu à travers Dublin en 1916, qui avait abouti à la proclamation d'une république d'Irlande.

Le chaos du Brexit

Mais au-delà du contexte historique, le Brexit et les incertitudes qu'il entraîne pour les Nord-Irlandais ravivent aussi la violence et l'hostilité entre communautés. « Le Brexit a encore davantage creusé ce qui sépare les deux communautés », confirme la maître de conférences à Dublin City University.

Le rôle central du DUP dans la crise que traverse le Royaume-Uni en est exemple. « Le fait que le gouvernement de May se soit allié à un des parties unionistes - qui lui permet de rester au gouvernement - est extrêmement compliqué puisque, du coup, le gouvernement britannique a pris parti. Cela creuse les différends qui existaient déjà entre nationalistes et unionistes. D’autre part, il n’y a plus de gouvernement, donc ce vide politique qui existe depuis janvier 2017 complique davantage les choses puisque les seuls porte-paroles de l’Irlande du Nord, ce sont les députés unionistes du DUP. Les nationalistes se sentent donc sous-représentés. »

Ce à quoi viennent s’ajouter incertitudes et confusion qui favorise la violence, relève Agnès Maillot. « Evidemment, il y aura toujours, dans cet immense chaos créé par le Brexit, des éléments plus violents, plus radicaux, qui vont profiter de la situation. Et ils sont absolument persuadés que la violence peut fonctionner. Donc, le Brexit n’arrange rien et, en particulier, si on parle de frontière solide entre la République et l’Irlande du Nord, cela va susciter encore davantage de tensions. »

En janvier, l'explosion d'une voiture piégée à Londonderry avait déjà fait craindre une nouvelle flambée de violence venant des groupes paramilitaires, en pleine tension sur le Brexit.

A écouter aussi : Grande reportage - Brexit, le casse-tête nord-irlandais