Émeutes au Kazakhstan: l'état d'urgence décrété, le président dénonce des "terroristes" et fait appel à Moscou

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Des bâtiments administratifs ont été pris d'assaut pas les manifestants, ici à Almaty  - AFP
Des bâtiments administratifs ont été pris d'assaut pas les manifestants, ici à Almaty - AFP

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La situation reste extrêmement tendue au Kazakhstan. Ce mercredi, le gouvernement de ce pays d'Asie centrale a décrété l'état d'urgence sur tout son territoire après des manifestations déclenchées par une hausse du prix du gaz qui ont dégénéré en émeutes, ont rapporté les agences russes. Les agences Interfax, TASS et RIA Novosti ont annoncé cet état d'urgence, citant un communiqué diffusé à la télévision kazakhe.

Selon ces mêmes agences, huit membres des forces de l'ordre ont perdu la vie depuis le début des émeutes, sans qu'un bilan côté civil n'ait été détaillé.

Couvre-feu et état d'urgence

Plus tôt dans la journée, les autorités avaient coupé l'accès à Internet et au réseau de téléphonie mobile dans l'ensemble du pays et décrété l'état d'urgence dans plusieurs villes et régions où ont eu lieu les manifestations: la capitale économique Almaty, la province de Mangystau, et la capitale Nur-Sultan, rebaptisée ainsi en l'honneur de l'ancien président Noursoultan Nazarbaïev. L'état d'urgence global devrait être maintenu jusqu'au 19 janvier.

L'état d'urgence "restreindra la liberté de mouvement, y compris les transports", a indiqué en russe le présentateur de la chaîne, et interdira "les événements collectifs et les cérémonies familiales liées aux naissances, mariages ou décès".

Les restrictions "ont été introduites en lien avec l'aggravation de la situation, pour assurer la sécurité publique, le rétablissement de la loi et de l'ordre, et la protection des droits et de libertés de citoyens", a-t-il poursuivi. Dans le cadre de l'état d'urgence, un couvre-feu est en vigueur de 23h à 7h du matin.

Confrontations

Le mouvement de colère qui s'est déclenché dimanche dans une ville de province après une hausse des prix du gaz, s'est étendu à Almaty, capitale économique et plus grande ville du pays, dans la nuit de mardi à mercredi.

Après une nuit d'émeutes qui ont vu l'arrestation de plus de 200 personnes, des milliers de manifestants ont pris d'assaut le siège de l'administration d'Almaty mercredi après-midi, semblant en avoir pris le contrôle.

La police a tiré grenades assourdissantes et gaz lacrymogène sur les manifestants, dont certains étaient armés de matraques et de boucliers pris aux forces de l'ordre, mais n'a pas pu les empêcher de pénétrer dans le bâtiment, selon des journalistes de l'AFP.

Des hommes en uniforme de police ont été aperçus déposant leurs boucliers et leurs casques pour embrasser les protestataires. "Ils passent de notre côté!", a lancé une femme en enlaçant un autre manifestant. Des médias locaux ont rapporté que les manifestants s'étaient ensuite dirigés vers la résidence présidentielle dans la ville, et que les deux bâtiments étaient en flammes.

Appel à la Russie

Ce mercredi, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a limogé l'intégralité de son gouvernement avant de prendre la parole publiquement. En outre, ce dernier a demandé l'aide de la Russie et de ses alliés pour réprimer les émeutes en cours, qui sont selon lui l'oeuvre de "terroristes" entraînés à l'étranger.

"J'ai appelé aujourd'hui les chefs des Etats de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) à aider le Kazakhstan à vaincre la menace terroriste", a-t-il déclaré à la télévision d'Etat, ajoutant que des "gangs terroristes" ayant "reçu un entraînement approfondi à l'étranger" étaient à la tête des manifestations.

Mercredi encore, le pays connaissait une "panne d'internet à l'échelle nationale", a annoncé sur Twitter le groupe spécialisé dans la surveillance du web NetBlocks. Cette panne "est susceptible de limiter sévèrement la couverture des manifestations antigouvernementales qui s'intensifient", a ajouté l'ONG.

Les correspondants de l'AFP étaient injoignables mercredi soir. Auparavant, ils avaient signalé que les connexions internet étaient intermittentes et que les applications de messagerie Telegram, Signal et WhatsApp étaient toutes indisponibles, tandis que les sites de deux médias indépendants semblaient bloqués.

Washington appelle à la désescalade

A l'internationnal, les événements en cours ont fait réagir. Ce jour, le gouvernement américain, par l'intermédiaire du porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki, appelé les autorités du Kazakhstan à la "retenue" et souhaite que les manifestations s'y déroulent "de manière pacifique".

Jen Psaki a aussi critiqué les "folles allégations de la Russie" sur une responsabilité supposée des Etats-Unis dans les émeutes qui secouent le pays. "C'est absolument faux" et cela relève "de la stratégie de désinformation russe", a-t-elle asséné.

Plus tôt dans la journée, Moscou a appelé au "dialogue. Nous sommes favorables à une solution pacifique à tous les problèmes dans le cadre légal et constitutionnel et par le dialogue, et non par des émeutes de rue et la violation des lois", a indiqué le ministre russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

Article original publié sur BFMTV.com

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