Des élus français dénoncent la candidature d'un général émirati accusé de torture à la tête d'Interpol

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Le logo d'Interpol - Image d'illustration  - ROSLAN RAHMAN / AFP
Le logo d'Interpol - Image d'illustration - ROSLAN RAHMAN / AFP

La "candidature de la honte." Ce jeudi auprès de Franceinfo, le député non-inscrit du Rhône Hubert Julien-Laferrière a de nouveau tiré le signal d'alarme, alors que l'Organisation internationale de police criminelle, Interpol, doit le 25 novembre prochain décider de sa nouvelle présidence lors d'une élection qui fait polémique depuis de longs mois.

"Un grand problème de légitimité"

Ces dernières semaines déjà, le député, en compagnie de 34 autres élus, avait à plusieurs reprises écrit directement à Emmanuel Macron afin de dénoncer la candidature de l'une des deux seules personnalités en lice pour le scrutin, le général Nasser Ahmed Nasser Al-Raisi, chargé des forces de sécurité aux Émirats arabes unis (EAU). Ce dernier fait l'objet de plusieurs plaintes internationales pour des faits supposés de torture et de détention arbitraire d'opposants au régime émirati.

"Si on a, à la présidence de cette organisation, qui a pour rôle d'arrêter des criminels, une personne soupçonnée de crimes, ça pose un grand problème de légitimité", estime l'élu du Rhône auprès du média national. Cet ancien membre de LaREM en appelle au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, qui devrait vendredi visiter les locaux d'Interpol.

Car pour l'heure, aucune des missives envoyées à l'Élysée n'a reçu de réponse. En juin dernier, dans une tribune publiée par Le Monde, co-signée par plusieurs personnalités politiques de la région lyonnaise où se trouve le siège de l'organisme, les auteurs prenaient de nouveau une position claire contre cette candidature et dénonçaient un "affront."

Les accusations se multiplient

Pourtant, l'étau se resserre de plus en plus autour du général Al-Raisi. Jeudi passé, une nouvelle plainte pour "tortures" a été déposée en France par l'avocat de deux plaignants britanniques contre ce haut responsable policier des Émirats arabes unis.

Cette plainte pénale a été déposée devant le pôle spécialisé dans la lutte contre les crimes contre l'humanité au parquet de Paris par Matthew Hedges et Ali Issa Ahmad, a annoncé vendredi leur conseil Rodney Dixon lors d'une conférence de presse à Lyon.

La plainte fait suite à des procédures similaires infructueuses en Grande-Bretagne contre le général, déjà délégué au comité exécutif d'Interpol. Pourtant, Matthew Hedges avait raconté à la presse avoir été détenu et torturé entre mai et novembre 2018 aux Émirats arabes unis, après avoir été arrêté pour de fausses accusations d'espionnage alors qu'il effectuait un voyage d'études.

Ali Issa Ahmad a quant à lui rapporté avoir été battu à plusieurs reprises lors d'un séjour d'un mois passé en détention début 2019, pour selon lui avoir supporté trop ostensiblement l'équipe de football de l'émirat rival du Qatar pendant un match de la coupe d'Asie.

Cette plainte rejoint celle déposée mi-juin, en France toujours, par l'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) afin d'alerter sur la situation de l'opposant Ahmed Mansoor, détenu à l'isolement depuis plus de quatre ans. Mi-septembre, le Parlement européen avait adopté une résolution demandant la libération immédiate de ce dernier.

Les Émirats, principaux donateurs d'Interpol

Fin septembre passé, Hubert Julien-Laferrière, après avoir une nouvelle fois rappelé que ses courriers ainsi que ceux d'autres parlementaires étaient restés lettres mortes, a pointé du doigt des manoeuvres commerciales entre la France et ce pays du Golfe Persique.

"Les ventes d'armes de la France aux Émirats arabes unis expliquent certainement en grande partie le silence des autorités françaises", a estimé le député, craignant que les EAU parviennent à leurs fins en tant que "deuxième contributeur d'Interpol". En 2016 en effet, les EAU avaient versé 50 millions d'euros à l'organisation.

L'espoir des avocats ayant déposé ces deux plaintes en France réside dans la possibilité désormais ouverte d'une interpellation du général Al-Raisi au nom de la justice universelle, et en dépit de l'immunité dont il pourrait bénéficier.

"L'immunité doit céder quand les droits fondamentaux sont gravement violés", a soutenu Me William Bourdon, avocat de GCHR.

Pour l'heure, seuls deux candidats se sont officiellement déclarés pour accéder à cette présidence hautement symbolique, le général Al-Raisi ainsi que la Tchèque Sarka Havrankova, élue en 2019 vice-présidente de la division européenne de l'organisation.

Article original publié sur BFMTV.com

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