Japon: des élections sénatoriales sous haute sécurité et sans grand enjeu

REUTERS - ISSEI KATO

Au Japon, les élections sénatoriales se tiennent ce dimanche 10 juillet. Dans un contexte terrible, après l'assassinat, vendredi 8 juillet, de l'ex-Premier ministre Shinzo Abe. Un drame qui devrait favoriser un vote légitimiste de l'électorat par souci de sécurité et de stabilité, selon les analystes. Les jeunes, eux, n'iront pas voter.

Avec nos correspondants à Tokyo,

Quelque 105 millions d'électeurs votent ce dimanche. Un scrutin qui se tient dans un contexte dramatique: deux jours après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe. Le dispositif de sécurité entourant cette élection a donc été considérablement renforcé.

Des détecteurs de métaux ont été installés à l'entrée de la plupart des 48.000 bureaux de vote que compte le Japon, et les électeurs sont fouillés avant d'y pénétrer. Du jamais vu dans l'archipel.

Hier déjà, des ambulances avaient été positionnées à proximité immédiate des gares ou des grands carrefours où les derniers meetings en plein air de la campagne se sont déroulés.

De très nombreux policiers, en tenue ou en civil, ont surveillés ces manifestations, les autorités redoutant ce qu'on appelle des « copycats », c'est à dire que des individus cherchent à reproduire à l'identique l'attentat perpétré vendredi.

Sur le plan politique, le gouvernement craint d'être accusé de légèreté en termes de sécurité. Puisque la police a reconnu l'existence de failles dans le dispositif de protection de Shinzo Abe dont l'assassinat pourrait avoir un impact électoral.

Un réflexe légitimiste

Le taux d'abstention pourrait être moins élevé qu'habituellement. Et certains analystes tablent sur un réflexe légitimiste de l'électorat. Selon eux, dans un contexte aussi dramatique, bon nombre de Japonais pourraient juger que l'heure n'est pas à l'alternance politique et donc voter dans le sens de la stabilité et de la sécurité. Les partis politiques affirment que la mort de l'ancien Premier ministre est une attaque contre les fondements de la démocratie.

Le parti libéral-démocrate au pouvoir, dont Shinzo Abe était l'un des membres les plus influents est donc assuré d'obtenir une majorité de sièges à la chambre haute du Parlement japonais.

Les priorités politiques de Shinzo Abe, figure centrale du parti conservateur, survivront à sa mort, rappelle notre correspondant Frédéric Charles. Lors de ces sénatoriales, son parti, qui domine la vie politique japonaise depuis 1955, bénéficiera d'une vague de sympathie.

Jouer un rôle militaire plus important

L'actuel Premier ministre Fumio Kishida disposera d'une majorité confortable pour doubler, à terme, de 1 % à 2 % du PIB le budget de Défense. Depuis la guerre en Ukraine, le Japon est décidé à jouer un rôle militaire plus important aux côtés de l'allié américain. Le parti conservateur cherche à réviser la Constitution pacifiste dont Shinzo Abe s'est fait le chantre. Le rapprochement entre la Chine et la Russie force le Japon à reconsidérer son pacifisme.

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Fumio Kishida veut également relancer les réacteurs nucléaires à l'arrêt depuis l'accident de Fukushima. Le Japon produit 88 % de son électricité avec du charbon et du gaz importé à un coût rendu prohibitif par la faiblesse du yen.

Des jeunes Japonais peu mobilisés

En tout cas, il ne faut a priori pas s'attendre à un taux de participation élevé des jeunes, remarque notre correspondant à Tokyo, Bruno Duval. Dans l'archipel, en effet, les 20-30 ans sont très dépolitisés, comme le démontre ce témoignage de ce jeune japonais : « Comme la plupart des jeunes, j'ai toujours entendu mes parents dire que la politique et les questions d'argent, ce sont les deux sujets à ne jamais aborder en public si on veut éviter les disputes. Du coup, les partis, la droite, la gauche et tout ça, je n'y comprends vraiment rien. »

Au moment des élections, deux tiers environ des Japonais âgés de moins de trente ans choisissent de s'abstenir. À l'image de cette jeune tokyoïte : « Pourquoi est-ce que j'irais voter ? Nos hommes politiques n'en ont rien à faire des jeunes : leur priorité, c'est les vieux », ou encore ce jeune homme : « La droite gouverne notre pays depuis des décennies. Que je vote ou pas, hélas, cela ne changera pas ».

Les études montrent que davantage de jeunes filles que de jeunes garçons ne prennent pas part aux élections, et pour cause : que ce soit au Parlement, dans les régions ou à l'échelon local, 80 % des élus japonais sont des hommes.

Dans cette classe politique qui est assez âgée, les déclarations sexistes ou misogynes sont fréquentes et la plupart du temps impunies. Cela dissuade beaucoup de jeunes électrices d'aller voter. Une situation que comprennent certains jeunes hommes : « Je ne me vois pas voter pour ces hommes politiques ringards au point d'être indifférents aux deux problèmes de société qui nous choquent, nous, les jeunes : les discriminations infligées aux LGBT et l'inégalité hommes-femmes ».

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