Élections régionales: quels sont les ministres qui se présentent au scrutin?

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Les ministres Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et Eric Dupond-Moretti, le 9 décembre 2020 à l'Elysée - AFP / Charles Platiau
Les ministres Gérald Darmanin, Marlène Schiappa et Eric Dupond-Moretti, le 9 décembre 2020 à l'Elysée - AFP / Charles Platiau

L'éveil des gros calibres a été tardif, mais il a eu lieu. De manière discrète ou frontale, une palanquée de membres du gouvernement de Jean Castex s'est jetée dans la bataille des élections régionales. Un choix qui correspond à la volonté maintes fois exprimée par Emmanuel Macron, de voir ses ministres mouiller la chemise et se mettre à portée d'engueulade sur les marchés, à moins d'un an de l'élection présidentielle.

Tous ne le font pas avec le même degré d'investissement. Quatre ministres sont actuellement candidats à une présidence de région. Ils représentent une sorte de "catégorie 1" à l'échelle des candidats concernés. D'autres poids lourds de l'exécutif se sont lancés, la plupart pour les régionales, mais pas uniquement, certains ayant opté pour les plus discrètes départementales. Ce sont les catégories 2 et 3.

Ce classement, qui n'a rien d'officiel, permet de donner une idée du niveau d'implication des ministres concernés. "La catégorie 3 va éventuellement faire un marché le week-end, la catégorie 2 va y passer ses week-ends, et la catégorie 1 va y passer aussi une partie de la semaine", nous résume un cadre macroniste.

Catégorie 1: les candidats à une présidence de région

Les deux principaux ministres-candidats ne sont pas issus de la macronie canal historique. Il s'agit de deux hiérarques du MoDem, parti de François Bayrou et turbulent allié de La République en marche. Il y a d'abord Marc Fesneau, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, ancien maire de la petite commune de Marchenoir et candidat à la présidence de la région Centre-Val de Loire.

Élu local expérimenté et habile tacticien, celui qui est devenu numéro deux du MoDem après la mort de Marielle de Sarnez est le candidat sur lequel la macronie mise le plus pour se saisir d'une région. Marc Fesneau aura toutefois fort à faire pour l'emporter. Si le président sortant du Centre-Val de Loire, le socialiste François Bonneau, est en mauvaise posture, c'est moins le cas pour le candidat Les Républicains, Nicolas Forissier, qui a d'ores et déjà exclu toute possibilité de fusion de ses listes avec celles des macronistes en cas de triangulaire au second tour.

Il y a par ailleurs Geneviève Darrieussecq, ministre MoDem chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, qui se présente en Nouvelle-Aquitaine face au baron socialiste Alain Rousset, président de conseil régional depuis 23 ans. La récente plainte révélée par Marianne, d'un ex-collaborateur accusant Alain Rousset de détournement de fonds publics, n'empêche pas celui-ci de virer en tête d'un sondage Ipsos pour France Bleu avec 25% des suffrages au premier tour. Geneviève Darrieussecq, elle, est créditée de 19% des voix. Reste à savoir si elle fusionnera avec le LR Nicolas Florian.

Toujours dans cette première catégorie, il y a enfin Laurent Pietraszewski - secrétaire d'État chargé des Retraites - dans les Hauts-de-France, face à Xavier Bertrand, puis Brigitte Klinkert - ministre déléguée à l'Insertion - qui affronte Jean Rottner dans le Grand-Est. La différence avec les deux précédents est que ni l'un ni l'autre ne peut raisonnablement espérer conquérir la région où il candidate.

C'est surtout le cas pour Laurent Pietraszewski. Élu dans le Nord, il n'a pas su faire décoller sa campagne, restant bloqué autour des 10% dans les sondages au premier tour, soit pile le seuil requis pour pouvoir participer au second. D'où l'envoi récent de plusieurs poids lourds du gouvernement pour l'épauler, notamment Eric Dupond-Moretti.

Quant à Brigitte Klinkert, dont les relations avec Jean Rottner sont plutôt fraîches selon certains macronistes, elle peut espérer une alliance de second tour avec le président sortant LR. Ce dernier a d'ailleurs envoyé un signal en éjectant Nadine Morano, figure de la frange la plus dure de la droite, d'une de ses listes: une manière d'être Macron-compatible en dernier ressort, si le Rassemblement national vire largement en tête.

Catégorie 2: les têtes d'affiche départementales

Au vu de la concomitance des élections régionales et départementales, il faut parfois s'accrocher pour comprendre. Dans le cadre d'une élection régionale, il y a un candidat à la présidence de la région (les quatre cas précédemment évoqués), qui présente des listes dans chaque département de cette région. Le candidat est d'ailleurs lui-même obligatoirement dans une de ces listes, généralement en première position.

Dans ses listes, la macronie a pu compter sur plusieurs têtes d'affiche pour muscler son dispositif. Commençons par l'Île-de-France, où c'est le député du Val-de-Marne Laurent Saint-Martin qui candidate à la présidence de la région. À Paris, c'est Marlène Schiappa qui mènera la liste LaREM, s'engageant ainsi à mener campagne activement dans une région où tout indique que Valérie Pécresse sera réélue.

Autre exemple dans le Val-d'Oise, où c'est la MoDem Nathalie Elimas, discrète secrétaire d'État à l'Éducation prioritaire, qui sera tête de liste. Dans le Val-de-Marne, où Laurent Saint-Martin est placé en numéro un (ce que nous expliquions plus haut), c'est Emmanuelle Wargon qui occupe la deuxième place de la liste. Cela faisait déjà un moment que la ministre du Logement, qui entend devenir une figure de la nébuleuse "aile gauche" de LaREM, souhaitait se frotter à un scrutin local. Toujours en Île-de-France, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, l'ex-juppéiste Amélie de Montchalin, conduira les marcheurs dans l'Essonne.

Le plus gros calibre de cette catégorie tractera toutefois ailleurs: Eric Dupond-Moretti, qui affiche de longue date son opposition farouche au RN, est officiellement tête de liste dans le Pas-de-Calais. Plutôt que de remplacer Laurent Pietraszeswki en candidatant à la présidence des Hauts-de-France, le bouillonnant garde des Sceaux a opté pour une solution qui lui permet d'être en première ligne sans devoir prétendre vouloir ravir la région à Xavier Bertrand.

L'objectif d'Emmanuel Macron? Faire un score suffisamment correct afin que le président sortant ex-LR ait besoin du désistement de LaREM pour l'emporter face à Sébastien Chenu. Et, ainsi, être redevable aux marcheurs. Eric Dupond-Moretti ne sera pas seul: le ministre des PME Alain Griset sera numéro 3 dans le Nord, ses terres d'origine.

Catégorie 3: ceux qui jouent en fond de cour

D'autres poids lourds se sont lancés dans la bataille, mais davantage pour être en appui qu'en tête d'affiche. Il y a notamment Gabriel Attal, qui sera dernier de liste dans les Hauts-de-Seine, où c'est le duo Aurélie Taquilain-Thierry Solère qui mène la danse. Au total, les Hauts-de-Seine représentent 32 sièges sur les 209 que compte le conseil régional d'Île-de-France.

Signe que les Hauts-de-France sont une région où, à défaut de l'emporter, la macronie entend bousculer le jeu entre la droite et le RN, Agnès Pannier-Runacher a également récupéré un strapontin dans le Pas-de-Calais, où elle sera dernière de la liste conduite par son collègue Eric Dupond-Moretti. Un choix que certains chez LaREM jugent étonnant, la ministre de l'Industrie ayant initialement envisagé la tête de liste... à Paris.

Il y a par ailleurs le cas de Gérald Darmanin qui, tout en étant candidat aux départementales dans le canton de Tourcoing-2, sera dernier de liste dans le Nord dans le cadre des régionales, comme l'a récemment révélé Le Journal du Dimanche. Un pas que le ministre de l'Intérieur a hésité à franchir, puisque comme nous l'expliquions mercredi dernier, ce choix de participer à la campagne de Laurent Pietraszewski implique automatiquement d'affronter Xavier Bertrand, dont Gérald Darmanin a été le bras droit et le proche.

Enfin, deux autres ministres défendront l'étiquette "majorité présidentielle" uniquement aux élections départementales: Sébastien Lecornu, ministre ex-LR des Outre-mer qui se présente dans le canton de Vernon, dont il a été maire de 2014 à 2015, et l'ex-socialiste Brigitte Bourguignon, qui sera candidate dans le canton de Desvres-Marquise, dans le Pas-de-Calais. Elle y affrontera d'ailleurs Marine Le Pen.

La ministre déléguée chargée de l'Autonomie fera campagne avec le maire d'Audinghen, Marc Sarpaux. La Boulonnaise est déjà candidate à la prochaine législative partielle organisée dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais, mais laissera son siège à son suppléant en cas de victoire, pour rester au gouvernement.

Article original publié sur BFMTV.com