Élections françaises : une coalition à la von der Leyen est-t-elle possible ?

Élections françaises : une coalition à la von der Leyen est-t-elle possible ?

Sans majorité ni coalition évidente, l'Assemblée nationale française se trouve dans une situation inédite.

Comment le président Emmanuel Macron peut-il maintenir un programme viable pour les trois années restantes de sa présidence ?

Voici quatre enseignements à tirer d'une nuit qui a transformé la politique française.

1. La coalition contre l'extrême droite a fonctionné

Bien que le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella soit arrivé en tête au premier tour, les alliances tactiques entre candidats de gauche et du centre ont permis de reléguer le parti d'extrême droite à la troisième place lors du scrutin de dimanche.

Plus de 200 candidats se sont retirés au cours de la semaine, ce qui a permis aux électeurs opposés à l'extrême droite de se rallier à des candidats communs lors du second tour.

Selon les résultats définitifs, le Nouveau Front Populaire (NFP) - un regroupement de socialistes, de verts, de communistes et de la gauche dure France Insoumise (LFI) - est arrivé en tête avec 180 sièges.

Si Emmanuel Macron a perdu sa majorité à l'Assemblée, sa coalition Ensemble est tout de même arrivée en deuxième position en obtenant 163 sièges.

Le parti du président, Renaissance, sera le deuxième parti le plus important dans l'hémicycle après le RN, et pourrait facilement obtenir le soutien d'une cinquantaine d'alliés centristes supplémentaires.

2. Quelle est la prochaine étape ?

En théorie, une coalition centriste et de gauche, avec environ 340 députés, pourrait obtenir la majorité nécessaire au sein du nouvel hémicycle.

Mais la perspective d'une alliance des macronistes avec LFI - que beaucoup d'entre eux ont qualifié d'aussi extrême que le Rassemblement national - ne semble pas probable.

LFI a beau être le plus grand des partis de gauche, son fondateur Jean-Luc Mélenchon ne fait pas l'unanimité parmi les membres du Nouveau Front populaire.

La France se retrouve donc en terrain inconnu. Si une cohabitation entre un président et un Premier ministre issus de partis différents ne serait pas inédite, l'impasse actuelle est elle sans précédent.

Le Premier ministre Gabriel Attal, dont le mandat n'a commencé qu'en janvier, a déclaré qu'il présenterait sa démission à Emmanuel Macron dès ce lundi matin, mais qu'il restait prêt à assurer ses fonctions aussi longtemps que nécessaire.

3. Une coalition à la von der Leyen ?

L'une des options possibles est une coalition rassemblant les centristes d'Emmanuel Macron, les socialistes, les écologistes et les membres du parti Les Républicains qui n'ont pas soutenu le Rassemblement national.

Une telle coalition serait similaire à l'alliance que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réunie au Parlement européen : centre-gauche, centre-droit, libéraux et peut-être verts.

Bien qu'elle ne soit pas officielle, cette coalition pro-européenne a largement soutenu la candidature d'Ursula von der Leyen en 2019, et le fera encore cette année - espère-t-elle - tout en approuvant les lois au cas par cas.

En France, ces quatre groupes compteraient ensemble un peu plus de 310 sièges à l'Assemblée, soit plus que le seuil de 289 députés nécessaires pour une majorité absolue.

4. Qui pour succéder à Gabriel Attal à la tête du gouvernement ?

Emmanuel Macron ne peut décemment pas nommer un autre Premier ministre macroniste après la déroute électorale du camp présidentiel. De même, il est peu probable que les Républicains acceptent une nomination de la part des socialistes.

Il pourrait être préférable pour le président de la République de choisir un candidat de compromis issu d'un petit parti, ou un gouvernement de technocrates. Un tel arrangement devrait durer au moins un an, c'est-à-dire au plus tôt jusqu'aux prochaines élections, ou jusqu'à ce qu'Emmanuel Macron quitte le pouvoir en 2027.

Quoi qu'il en soit, l'avenir semble incertain pour la France, qui accuse déjà un déficit budgétaire de plus de 5 % du PIB.

5. Marine Le Pen pourrait profiter du chaos

On peut arguer que le RN, traditionnellement un parti de protestation, n'aurait pas apprécié la responsabilité de gouverner - en particulier dans le cadre d'une coalition complexe.

Jordan Bardella, le candidat d'extrême droite au poste de Premier ministre, a qualifié le pacte électoral de "déshonorant" et de "contre nature". Éric Ciotti, le président des Républicains qui soutient le RN, l'a qualifié de "honteux".

Il ne fait aucun doute que le RN a fait un bon score : 9,3 millions de Français ont voté pour le parti d'extrême droite au premier tour, et le nombre de sièges qu'il a obtenus (environ 125) représente une forte augmentation par rapport à ses 89 sièges de 2022, ou aux deux sièges qu'il avait obtenus en 2012.

Si cette "marée montante" - selon les termes de Marine Le Pen - se poursuit, la dirigeante historique du Rassemblement national pourrait bien revenir en force aux élections présidentielles de 2027.