Élargir la vaccination est-il "prématuré"? L'impatience de ceux qui veulent accélérer la campagne

Jeanne Bulant
·4 min de lecture
Des patients attendent dans un centre de vaccination à Sainte-Geneviève des Bois dans l'Essonne,le 24 avril 2021. - Raphael Lafargue © 2019 AFP
Des patients attendent dans un centre de vaccination à Sainte-Geneviève des Bois dans l'Essonne,le 24 avril 2021. - Raphael Lafargue © 2019 AFP

Pourquoi ne pas ouvrir la vaccination aux Français de moins de 55 ans, sans condition? Pour Jean Castex, c'est "prématuré" à ce stade, même si le chef du gouvernement ne ferme pas la porte à un éventuel "élargissement des publics" s'il se confirmait qu'un "certain nombre de rendez-vous" disponibles n'étaient "pas honorés".

Les demandes adressées au gouvernement se font de plus en plus pressantes ces derniers jours, alors que l'épidémie peine à entamer sa décrue sur le territoire français et que la cadence de la vaccination représente donc un enjeu crucial. Une pression relancée par le constat que des rendez-vous restent libres dans certains grands centres de vaccination, comme au Stade de France. Pour l'instant, l'ouverture des injections aux 50-55 ans sans conditions de comorbidité est fixée au 15 mai.

De nombreux élus pour "débrider la question de l'âge"

Plusieurs élus locaux ont donc appelé l'exécutif à faire évoluer sa stratégie vaccinale, comme la maire de Paris Anne Hidalgo.

"Je crois qu'il faut débrider la question de l'âge, parce que c'est quand même un scandale que des doses ne soient pas utilisées alors qu'il y a beaucoup de gens qui souhaitent se faire vacciner", a d'abord exhorté l'édile parisienne la semaine dernière sur franceinfo.

Experts, scientifiques et membres de la communauté médicale, eux aussi, s'impatientent. "La souplesse doit être de rigueur!", lance Jean-Paul Stahl, professeur de médecine infectieuse au CHU de Grenoble Alpes au micro de BFMTV. "On a effectivement des catégories d'âge, et parmi elles il y en a certains qui ne veulent pas se faire vacciner. À ce moment-là, pourquoi ne pas étendre et proposer la vaccination aux personnes qui sont volontaires?".

"Vaccinons vite ceux qui sont d'accord et les autres vont y venir très vite", appelle aussi Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) sur BFMTV. "Je suis persuadé (qu'en ouvrant la vaccination à un plus grand nombre), ça fera effet boule de neige et que ça entraînera ceux qui aujourd'hui s'interrogent" sur la vaccination.

De la même manière en Seine-Saint-Denis, plusieurs élux locaux demandent un élargissement de la campagne vaccinale à des publics plus jeunes à partir du 1er mai, considérant que les critères actuels n'étaient pas adaptés "à la réalité de la Seine-Saint-Denis", qui est un département plus jeune que la moyenne nationale. Ainsi, la mairie réclame que la vaccination soit possible pour les personnes des professions les plus exposées, "en contact avec le public et les enfants".

Un sentiment partagé par le président PS du département.

"Dans un territoire comme le nôtre où l'épidémie est à un niveau élevé et où la population est plus jeune qu'à un niveau national, il faut plus vite élargir les cibles de vaccination", réclamait mardi Stéphane Troussel sur BFMTV.

Les Français de plus en plus impatients

Pour "éviter de gâcher des doses", le président de la région Paca Renaud Muselier (LR) a lui-aussi appelé sur BFMTV à mettre en place un nouveau système afin de "donner la possibilité à ceux qui veulent se faire vacciner" de recevoir une injection.

"Aujourd'hui on voit qu'on plafonne, qu'on perd du temps", a-t-il regretté

Au sein de l'opinion publique, le constat est le même: les Français en ont assez d'attendre et sont massivement favorables (70%) à l'ouverture de la vaccination pour tous les adultes. Un sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi révèle aussi que les Français sont de plus en plus enclins à se faire vacciner, puisque le taux d'acceptation des vaccins anti-Covid s'établit désormais à 62%.

Le gouvernement assure suivre la situation de près, mais dans l'immédiat, il affirme qu'il n'est pas prévu de changer de stratégie. Mardi, Olivier Véran a tenu a rappeler que pour le moment, la priorité était toujours de vacciner en priorité les 4 millions de Français éligibles qui n'ont pas encore reçu de première injection.

À l'heure actuelle, la vaccination est ouverte à environ 25 millions de personnes en France, dont notamment les résidents des Ehpad, les plus de 55 ans, les 50-54 ans les plus fragiles et certaines professions ou personnes vulnérables. Environ "14,3 millions de personnes ont reçu une première dose, donc ça fait plus de 20% des personnes de ce pays. Ce qui est bien mais encore loin du compte", a souligné le professeur Alain Fischer.

Article original publié sur BFMTV.com