"Écoterrorisme": pourquoi Gérald Darmanin hausse le ton face aux manifestants de Sainte-Soline

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Elysée le 26 septembre 2022 - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Elysée le 26 septembre 2022 - Emmanuel DUNAND © 2019 AFP

"Écoterrorisme". Le mot a été lâché ce dimanche par Gérald Darmanin au lendemain d'une manifestation contre la construction d'une "mégabassine" à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Dans le viseur du ministre de l'Intérieur: les violents heurts qui ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre.

"Une quarantaine de personnes fichées S à l'ultra-gauche ont été repérées dans cette manifestation avec des modes opératoires qui relèvent, je n'ai pas peur de le dire, de 'l'écoterrorisme' ", a-t-il déclaré au cours de sa conférence de presse.

Ce choix de mots marque une "rupture très nette dans le discours politique" du patron de la place Beauvau selon Benjamin Duhamel. "Jusqu'ici, on parlait de militants ultra-violents, de casseurs ou de black bloc", précise l'éditorialiste politique de BFMTV. En parlant d'écoterrorisme, Gérald Darmanin évoquerait "une activité terroriste justifiée au nom de l'écologie ; le terrorisme étant lui-même une volonté d'établir, par la violence, un climat de terreur".

"Écoterroristes" d'un côté, forces de l'ordre de l'autre

Benjamin Duhamel pointe "trois limites" à l'usage de ce terme. "Dans un pays frappé plusieurs fois par le terrorisme islamiste, attention à ne pas banaliser ce mot", souligne-t-il.

Et de rappeler dans la foulée: "Quand des casseurs s'en prenaient aux policiers dans des mobilisations urbaines ou des gilets jaunes aux forces de l'ordre, on ne les qualifiait pas d''écoterroristes'".

Ensuite, l'emploi de ce mot "asphyxie le débat" selon notre éditorialiste. "Il y aurait d'un côté les écoterroristes et les forces de l'ordre de l'autre. Comme si le combat contre les bassines vous faisait immédiatement passer du côté des violents". Enfin, cette stratégie de "surenchère verbale" peut interroger dans un gouvernement qui "veut incarner la modération, la raison contre l'extrémisme".

Selon Benjamin Duhamel, le ministre de l'Intérieur "fait du Nicolas Sarkozy", en faisant "le pari que le débat tourne autour du mot" qu'il a employé. Néanmoins, cela présente "un risque politique", selon notre éditorialiste.

"Derrière, il faut que les actes suivent ", explique-t-il, alors que les autorités surveillent comme le lait sur le feu, la possible implantation d'une "Zone à défendre (ZAD).

"Une insulte"

Après ses propos, Gérald Darmanin s'est attiré les foudres de nombreux élus de gauche. Au micro de BFMTV-RMC, Clémentine Autain a estimé ce lundi qu'il s'agit d'une "insulte" pour "les militants de l'écologie" et les "victimes de terrorisme". Selon la députée insoumise de Seine-Saint-Denis, le propos du ministre détourne l'attention du "fond du sujet".

Ainsi, la vraie problématique, d'après elle, est de "savoir si oui ou non, il est juste de réserver pour douze agriculteurs des immenses bassines qui vont dérégler le cycle de l'eau et qui sont, en plus, financées, à 70%, par de l'argent public".

Article original publié sur BFMTV.com