Échecs: soupçons, sextoy et Mourinho... L'improbable affaire de triche Carlsen-Niemann

Le multiple champion du monde d'échecs Magnus Carlsen, à Stockholm le 30 janvier 2020 - Bildbyran / Icon Sport
Le multiple champion du monde d'échecs Magnus Carlsen, à Stockholm le 30 janvier 2020 - Bildbyran / Icon Sport

Le petit monde des échecs est secoué par une grosse polémique. Hans Niemann, jeune joueur américain de 19 ans, est soupçonné d'avoir triché lors d'une partie remportée début septembre face au multiple champion du monde norvégien Magnus Carlsen (31 ans). Un Carlsen qui a aussi semé le trouble: d'abord avec un tweet plein de sous-entendus pour annoncer son départ prématuré du tournoi dans lequel il venait d'être battu, puis deux semaines plus tard avec un abandon contre ce même adversaire... après seulement un coup joué de sa part. Entre temps, la rumeur dit qu'un sextoy aurait rendu possible ladite tricherie.

Un mème de Mourinho qui en dit long

La controverse naît le 5 septembre, à l'occasion de la prestigieuse Coupe Sinquefield à Saint-Louis, aux États-Unis. Tous les grands champions y participent. Forcément, la défaite surprise du génie Magnus Carlsen, numéro 1 incontesté de la discipline, face au jeune Hans Niemann, 49e mondial, ne passe pas inaperçue.

Juste après cette partie, le Norvégien fait sensation sur Twitter. "Je me suis retiré du tournoi, écrit-il. J'ai toujours aimé jouer au Club St-Louis et j'espère revenir dans le futur". Surtout, le message est accompagné d'une vidéo devenue un mème sur Internet, celle de José Mourinho déclarant: "Je préfère vraiment ne rien dire. Si je parle, je vais avoir des problèmes. De gros problèmes. Et je n'ai pas envie d'avoir des problèmes".

Tout le monde comprend alors qu'il est question d'une éventuelle fraude, bien que diverses analyses de la partie ne mettent aucun coup suspect en évidence. Ce qui n'empêche pas l'organisation du tournoi de décaler la diffusion des parties de 15 minutes et d'imposer une fouille approfondie à Hans Niemann (sans trouvaille à la clé), qui voit son niveau de jeu s'effriter sur les parties suivantes. De quoi alimenter un peu plus les soupçons.

"S'ils veulent que je me déshabille complètement, je le ferai"

La polémique enfle avec notamment des déclarations d'Hikaru Nakamura, n°6 mondial. Le grand maître américain révèle sur Twitch que des accusations de tricherie pèsent depuis un certain temps sur Hans Niemann, qui a franchi la ligne rouge lorsqu'il était adolescent dans des tournois sur Internet.

Chess.com, site référence de la discipline, annonce dans la foulée avoir banni Hans Niemann de tous ses tournois et événements: "Nous avons partagé avec lui des preuves détaillées concernant notre décision, y compris des informations qui contredisent ses déclarations concernant l'ampleur et la gravité de sa tricherie sur Chess.com". Pendant ce temps-là, Magnus Carlsen reste silencieux et n'étaye pas ses accusations implicites.

Entre temps, une hypothèse émerge: celle de l'utilisation d'un sextoy anal, ou tout du moins d'une puce dans le fameux orifice qui aurait transmis à distance les bons coups à jouer par des vibrations. "Je sais que je suis propre. S'ils veulent que je me déshabille complètement, je le ferai, je m'en fiche", a réagi Hans Niemann pour démentir ce bruit de couloir.

"C'est ce qu'il y a de moins sportif dans le monde"

Le deuxième acte de l'affaire éclate le 19 septembre. Dans le cadre d'un tournoi en ligne, Magnus Carlsen affronte à nouveau Hans Niemann. Mais après le deuxième coup joué avec les blancs par son adversaire, Carlsen abandonne et coupe sa webcam sans donner la moindre explication. "C'est un cas sans précédent", a commenté le Néerlandais Anish Giri au micro de la chaîne norvégienne TV2.

Ce boycott lui vaut les critiques d'une bonne partie de la communauté des échecs, déjà froisée de le voir refuser de défendre son titre de champion du monde par simple manque de motivation. "C'est ce qu'il y a de moins sportif dans le monde de la compétition", a fustigé le grand maître norvégien Jon Ludvig Hammer, déplorant une "attitude totalement inacceptable".

Article original publié sur BFMTV.com