"Ça devient fou !" : quand le camp républicain se divise sur la stratégie de Donald Trump

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Alors que le dépouillement se poursuit dans plusieurs États-clés et est de plus en plus favorable à son rival démocrate, le président américain Donald Trump a lancé une croisade contre ce qu'il considère des "votes illégaux". Une campagne qui est loin de resserrer les rangs républicains derrière lui.

"Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement, a affirmé Donald Trump, jeudi 5 novembre, lors d'une prise de parole télévisée depuis la Maison Blanche. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection."

Tirant à boulets rouges contre le système de vote par correspondance que son rival Joe Biden utiliserait pour "voler" la présidentielle, le milliardaire a hurlé à la fraude électorale sans avancer la moindre preuve pour appuyer ses accusations.

Alors que le dépouillement se poursuit dans plusieurs États-clés et est de plus en plus favorable à son rival démocrate, plusieurs des tweets relayant ces accusations et publiés sur le compte de Donald Trump ont été masqués par le réseau social, en raison de leur contenu qui est "susceptible d'être trompeur".

De leur côté, plusieurs chaînes de télévision américaines, comme ABC, ont choisi d’interrompre la diffusion en direct de la première prise de parole de Donald Trump depuis la nuit de l'élection présidentielle, accusant le milliardaire républicain de verser dangereusement, vu la tension dans le pays, dans la désinformation.

"Où sont les républicains ?"

Cette campagne de Donald Trump contre les "votes illégaux" a semé le trouble dans les rangs du Grand Old Party (GOP, Parti républicain), laissant apparaître un président quelque peu isolé dans son propre camp.

"Où sont les républicains ? Soyez courageux, battez-vous contre cette fraude", a tweeté son fils Eric Trump. Un autre fils, Donald Trump Junior, a de son côté utilisé le même réseau social pour critiquer le "lâchage" de son père, alors que le vice-président Mike Pence n’a toujours pas pris la parole pour défendre son colistier.

Le plus fidèle allié de Donald Trump, le sénateur républicain de la Caroline du Sud Lindsey Graham, fait partie des rares ténors républicains à avoir accepté de rejoindre la croisade présidentielle contre les "votes illégaux".

"Si je suis là ce soir, c'est pour soutenir le président Trump. Tous les Américains devraient faire front. Quoi qu'ils voient... Dites-nous si vous repérez quelque chose d'anormal", a-t-il déclaré sur l’antenne de Fox News, tout en annonçant au passage offrir 500 000 dollars pour soutenir les recours en justice du président sortant contre les "fraudes".

Toujours sur l'antenne de Fox News, le sénateur Ted Cruz, lui-même ex-candidat à la primaire républicaine en 2016, s’est lui aussi rangé du côté du clan Trump. "Je peux vous dire que le président est en colère et je suis en colère, et les électeurs devraient être en colère", a-t-il indiqué.

Enfin, Kevin McCarthy, le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, a appelé les Américains à "ne pas se taire", en endossant les accusations énoncées par Donald Trump. "Ne restez pas silencieux. Nous ne pouvons pas permettre que ça se passe sous nos yeux", a-t-il également lancé sur la chaîne conservatrice.

Plusieurs figures du GOP tournent le dos au président

Mais, signe de l’embarras grandissant au sein du parti, plusieurs figures républicaines ont pris la parole pour condamner la sortie du président, comme Chris Christie, ancien gouverneur républicain du New Jersey, ou encore l’ancien sénateur Rick Santorum, désormais commentateur politique sur CNN. Choqué, ce dernier a déclaré "qu’aucun républicain ne devrait cautionner le discours" prononcé jeudi par Donald Trump.

"Le président est en droit d'intenter une action en justice, a précisé Chris Christie sur ABC. Mais montrez-nous les preuves, nous n'avons entendu parler d'aucune preuve aujourd'hui." Et de poursuivre, en mettant en garde contre le risque de jeter de l'huile sur le feu en pleine période de tensions : "Ce genre de chose, tout ce que cela produit, c'est d'enflammer sans informer, et nous ne pouvons pas permettre cela."

Autre visage connu des républicains et critique de la première heure du président Trump, le sénateur de l'Utah Mitt Romney, candidat malheureux à la présidence en 2012, a appelé au calme et à la poursuite du processus électoral.

"Compter chaque vote est le cœur de notre démocratie. Le processus est souvent long et frustrant pour les candidats. Les votes seront comptés. Si on découvre des irrégularités présumées, il y aura des enquêtes puis on résoudra l'affaire devant les tribunaux. Ayez foi en votre démocratie, dans notre Constitution, et dans le peuple américain."

De son côté, Will Hurd, le seul élu républicain noir au Congrès, a estimé que "chaque Américain devrait voir son vote comptabilisé". Dans un tweet, il a implicitement condamné la stratégie de Donald Trump : "Qu'un président en fonction (...) remette en question, sans preuve, la légalité des voix de nombreux Américains est non seulement dangereux, mais cela sape aussi les fondations sur lesquelles notre nation a été érigée."

Connu pour être un pourfendeur de Donald Trump dans le camp républicain, le représentant de l'Illinois Adam Kinzinger a également haussé le ton sur Twitter, sans pour autant mentionner le nom du milliardaire new-yorkais. "Nous voulons que chaque vote soit compté, oui, chaque vote légal (bien sûr). Mais si vous avez des inquiétudes légitimes concernant la fraude, présentez des PREUVES et portez-les devant les tribunaux. CESSEZ de répandre des informations erronées", a-t-il écrit. "Ça devient fou."

Enfin, le représentant du Michigan Paul Mitchell a tenu les propos les plus sévères contre la stratégie de Donald Trump. "Si quelqu'un a des preuves de méfaits, il doit les présenter et les résoudre. Tous ceux qui ne le font pas nuisent à l'intégrité de nos élections et cela est dangereux pour notre démocratie, a-t-il tweeté. J'ai connu à la fois des défaites et des victoires lors d'élections. Les défaites m’ont profondément blessé, mais notre nation exige de ses dirigeants politiques qu'ils acceptent les victoires et les défaites avec grâce et maturité. Laissez les électeurs décider", a-t-il écrit.

Le 24 septembre, Mitch McConnell, chef de la majorité républicaine au Sénat américain, a assuré que le transfert des pouvoirs aurait lieu en douceur, après l'élection présidentielle du 3 novembre et en cas de victoire de Joe Biden, ce que Donald Trump avait refusé de garantir la veille.