"Ça a été un combat": issu d'une PMA, il salue la fin de l'anonymat pour les nouveaux dons de gamètes

Un membre du laboratoire de reproduction biologique CECOS à l'hôpital Tenon à Paris le 24 septembre 2019. - PHILIPPE LOPEZ / AFP
Un membre du laboratoire de reproduction biologique CECOS à l'hôpital Tenon à Paris le 24 septembre 2019. - PHILIPPE LOPEZ / AFP

C'est une petite révolution qui entre en vigueur dans le monde de la procréation médicalement assistée (PMA). En lien avec l'adoption l'année dernière de la loi de bioéthique, les personnes désireuses de réaliser un don de gamètes (qui comprennent les spermatozoïdes et les ovocytes) doivent à partir de ce jeudi 1er septembre accepter de renoncer à l'anonymat qui était jusqu'alors la règle.

L'agence de biomédecine se chargera de récupérer et de stocker plusieurs données les concernant, comme leur état-civil ou la motivation derrière leur geste. À leur majorité, les enfants issus d'une PMA pourront demander l'accès au nom, prénom et date de naissance de leur donneur. Une victoire pour Guillaume Jouanny, lui-même issu d'un don anonyme de sperme.

"Enfin, ça a été un combat de plusieurs années", a-t-il déclaré ce jeudi sur BFMTV.

Une commission pour les non-éligibles à la réforme

Cette réforme n'est cependant pas rétroactive, et s'appliquera uniquement aux enfants issus d'un don réalisé à partir de ce 1er septembre.

"C'est important. Il faut comprendre que notre idée était de protéger aussi les donneurs. Si on est là aujourd'hui, c'est car quelqu'un, il y a longtemps, a choisi d'aider des parents. C'est un geste très généreux", a appuyé Guillaume Jouanny, longtemps porte-parole de l'association Procréation médicalement anonyme.

Pour les personnes dans sa situation, non-éligibles à la nouvelle réforme, le gouvernement a toutefois décidé de mettre sur pied une solution alternative, en créant la commission d'accès des personnes nées d'une assistance médicale à la procréation aux données des tiers donneurs (CAPADD). Cette dernière aura pour objectif de retrouver, sur demande des personnes issues d'une PMA, leur père ou mère biologique, qui pourra toujours s'opposer à ce que leur identité soit révélée.

Cette commission, possédant un champ d'action limitée, va néanmoins permettre d'ordonner un tant soit peu la recherche de donneurs. Jusqu'alors, pour les Français et Françaises issues d'une PMA, la seule solution pour retrouver leur donneur consistait à pratiquer des tests ADN récréatifs, interdits en France.

"Les tests génétiques dits récréatifs ont aidé à favoriser cette bascule. Je pense que les personnes en charge de la loi ont compris que de toute façon il fallait faire quelque chose. Fournir aux adultes conçus par dons une alternative légale", a détaillé sur notre plateau Guillaume Jouanny.

"Ça m'a donné des pièces en plus dans ce puzzle"

Lui-même a tenté de retrouver son donneur grâce à cette pratique, une fois la réalité de sa filiation révélée par ses parents alors qu'il avait 20 ans. Sans grand succès, puisque le courrier qu'il a adressé à celui qu'il pense être son donneur est resté lettre morte.

"Je me suis dit que s'il ne répondait pas, il devait avoir ses raisons. Nous sommes bienveillants vis-à-vis des donneurs, s'ils ne souhaitent pas révéler leur identité", a-t-il confié.

Ses recherches lui ont néanmoins permis de retrouver plusieurs demi-frères et sœurs, chez qui il a retrouvé d'importantes ressemblances physiques, mais aussi des points communs plus personnels.

"Je suis très scientifique, or mes parents et ma famille sont très littéraires. J'ai finalement retrouvé une demi-sœur, avec qui je suis 'câblé' pareil. Nous avons les mêmes yeux, les mêmes façons comportementales. (...) Ça m'a donné des pièces en plus dans ce puzzle", a-t-il déclaré.

Le lourd poids du secret

Sur notre plateau, il a tenu à balayer une idée préconçue relative aux personnes issues de PMA. Non, le donneur n'est en rien un père ou une mère.

Il faut faire attention à la sémantique. (...) Il n'y a qu'un seul père, le mien est malheureusement décédé, mais il était formidable. Ce donneur n'est pas un père et ne sera jamais un père", estime Guillaume Jouanny.

Ce qui n'enlève en rien l'importance de la levée de l'anonymat pour les enfants qui seront prochainement conçus par PMA en France. Se basant sur son expérience personnelle, Guillaume Jouanny a fustigé le lourd poids qu'a pesé sur sa vie le secret familial.

"Le secret, c'est extrêmement toxique. On est content que cette loi puisse y mettre fin", a-t-il salué.

Article original publié sur BFMTV.com