À Paris, sous les pavés... la canicule

Elodie CERQUEIRA

Paris (AFP) - "De toute façon, on n'est jamais content, qu'il pleuve ou qu'il fasse trop chaud", philosophe Domingos, paveur rencontré à Paris et qui ne semble pas accablé par la canicule. Parmi les travailleurs confrontés à de fortes chaleurs, tous n'en souffrent pas de la même façon.

En tenue bleu électrique siglée IDF Pavage, la petite quarantaine, Domingos est accroupi depuis plusieurs heures déjà avec trois autres collègues d'origine portugaise. Ils restaurent la portion de la rue des Martyrs, dans le 18ème arrondissement, qui relie le boulevard de Clichy à la rue des Abbesses.

Depuis la pointe du jour, ils tapent sur les petits pavés de granit qu'ils disposent un à un en "arche" sur un lit de sable, discutent et sifflotent. Domingos sourit, notamment aux badauds qui s'arrêtent régulièrement pour regarder la mise en place minutieuse. "D'habitude, on travaille de 7H30 à 16h30 environ. Là, avec la chaleur, on commence dès 6H00 et on finit vers 13H00", quand le pic de chaleur s’installe et que le soleil inonde la rue, explique le quadragénaire.

Ce matin il y a une petite brise et à l'ombre, une belle journée d'été s'annonce, sans rien laisser augurer du crescendo des températures annoncé par la météo.

Mais quelques mètres plus bas, à l'angle de la rue, l'ambiance se réchauffe. Jonathan Jouin, 36 ans, plombier, aide son collègue maçon à préparer du béton pour le chantier des toilettes du bar La Fourmi. Il charge du sable à la pelle qu'il lance vigoureusement dans la bétonnière. Il est en nage et il n'est que 9h00…

- Vapeurs des machines -

"Le plus dur? Ce n'est pas de faire ça, c'est plus de faire les allers-retours, en fin de compte. Et encore là, ça va, parce qu'on a encore un petit peu d'ombre, mais l'après-midi, c'est en plein soleil. C'est pour ça, je pense qu'à une heure de l'après-midi on aura terminé et on rentrera à la maison!" explique le jeune homme, qui aide son collègue à porter les lourds seaux de béton de la chaussée à l'intérieur du restaurant.

Ces ouvriers s'adaptent et modulent leurs horaires, mais tous n'ont pas la même flexibilité, notamment dans les commerces. Au pressing 5 à sec situé carrefour de Châteaudun, à 10H00 la chaleur est déjà étouffante.

La gérante se rend vers le fond de la boutique pour lire le thermomètre qui affiche 35°C. Mais il peut monter jusqu'à "40°C!", déplore-t-elle. Annie Ndungidi, 56 ans, salariée du pressing, se désaltère : "Ca fait du bien, moi je vous dis!". Elle a prévu trois bouteilles d'eau pour la journée. La climatisation fonctionne, mais entre les vapeurs des machines et les températures extérieures, "c'est un enfer".

Dans la restauration, la situation ne paraît pas plus facile, mais on relativise malgré la fournaise des cuisines. Pour l'employé d'une pizzeria rue des Abbesses, qui installe sa terrasse le sourire aux lèvres, "la chaleur c'est bon pour la santé!". "Je suis habitué: en Afrique, les températures montent jusqu'à 50 degrés, donc là ça va. La chaleur ça fait transpirer, ça libère les toxines, c'est bon pour la peau".

Manager général du kebab Grillé, dans le 2e arrondissement, Toufik Layaïda tempère: "On est habitué toute l'année, donc ça fait un peu plus de température".