À quoi va ressembler la conférence mondiale d'Emmanuel Macron sur le Liban ?

Par Anne Saurat-Dubois et Esther Paolini
·4 min de lecture
Capture d'écran d'une vidéo du président Emmanuel Macron (c) inspectant les dégâts au port de Beyrouth, le 6 août 2020 deux jours après la double explosion - - © 2019 AFP
Capture d'écran d'une vidéo du président Emmanuel Macron (c) inspectant les dégâts au port de Beyrouth, le 6 août 2020 deux jours après la double explosion - - © 2019 AFP

Cinq jours après la double explosion à Beyrouth qui a plongé le Liban dans le deuil et la colère, l'aide à l'international s'organise. Dimanche se réunissent les principaux donateurs et organismes internationaux par visioconférence afin de préparer la reconstruction de la capitale, et plus largement du pays. La réunion doit ainsi permettre d'apporter une aide immédiate au million de Libanais affectés, mais également de préparer le Liban de demain.

Trump et Johnson présents

Organisée conjointement par la France et l'Organisation des Nations Unies, la visioconférence aura lieu dimanche à 14 heures. Donald Trump, Boris Johnson, le roi Abdallah II de Jordanie, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, le président du Conseil Européen Charles Michel et des représentants du gouvernement allemand, italien, chinois, russe ont répondu présent à l'appel d'Emmanuel Macron, précise l'Elysée à BFMTV.

Israël n'est "pas dans le tour de table", mais un contact est "pris par l'ONU", ajoute-t-on. L'Iran n'a "pas manifesté sa volonté de participer", alors que "les pays du Golfe - Koweït, Qatar, Émirats arabes unis, Arabie Saoudite - ont été invités", l'Élysée précisant n'avoir "aucun doute qu'ils seront représentés".

"La conférence a pour objectif de pourvoir aux besoins d'urgence du Liban. Cette aide doit être apportée à des conditions qui permettent que l'aide aille directement à la population libanaise. C'est une démarche d'urgence, d'espoir, et de confiance dans l'avenir du Liban", nous affirme-t-on au Palais.

Pas de chèque en blanc

D'un point de vue humanitaire, les besoins sont colossaux: un million de personnes ont été affectées par l'explosion, dont 300.000 au niveau de la santé. D'après l'ONU, 85 millions de dollars sont d'ores et déjà nécessaire en urgence, seulement pour répondre aux besoins de biens médicaux, de médicaments et de dons de sang. Plus de 60 personnes sont toujours portées disparues et des secouristes libanais, français, allemands, russes et d'autres nationalités poursuivent leurs opérations sur les lieux de l'explosion pour tenter de retrouver des survivants.

La priorité est également de pouvoir apporter des moyens de déblaiement et de reconstruction pour l'érection rapide d'écoles et d'hôpitaux. Une aide alimentaire doit aussi rapidement être mise en place. Enfin, les échanges porteront sur la restauration de l'accès à l'eau, la gestion de l'électricité dans le pays et plus globalement de la crise économique qui touche le Liban depuis plusieurs mois. Emmanuel Macron avait d'ailleurs proposé que la Banque de France puisse expertiser la situation financière et économique du Liban pour objectiver les besoins.

"La méthodologie est celle que les organisations internationales utilisent, il y a une nécessité qu'on ne fasse pas de chèque en blanc au gouvernement libanais", indique-t-on dans l'entourage de la présidence, en faisant valoir qu'il ne s'agissait pas "d'une question de montant alloué, mais d'efficacité de l'aide".

"Vengeance, vengeance, jusqu'à la chute du régime"

Mais la visioconférence doit aussi permettre d'apporter des réponses à la gronde qui gagne les rues de la capitale libanaise ce samedi. Des milliers d'habitants manifestent en ce moment contre leurs dirigeants qu'ils accusent d'être responsables de l'explosion, scandant "vengeance, vengeance, jusqu'à la chute du régime".

Pour la présidence française, les manifestations "témoignent de l'exaspération, de la détresse de la population, du besoin que les choses changent", en décelant "une "énergie du désespoir, mais prometteuse (...)"

"Ce que la France souhaite, c'est que cette expression populaire soit prise en compte, car nous en sommes à un point où le système politique se cannibalise, alors qu'il y a un besoin d'un large rassemblement et de changement en profondeur", a poursuivi l'Élysée.

Ainsi le chef d'État français souhaite voir la mise en place d'une gouvernance qui permettra de surveiller que l'argent rassemblée ne termine pas dans les trafics de corruption encore courant dans certaines sphères du pouvoir libanais. Une réforme politique et institutionnelle semble plus largement plus que jamais nécessaire.

"La situation s’est considérablement dégradée, économie et en humanitaire. Le Liban est en train de sombrer, c’est le moment de remonter à la surface. Mais pas à n’importe quelles conditions", tient à souligner la Présidence.

Article original publié sur BFMTV.com