Un à trois milliards de fausses écoutes: un rapport pointe "la fraude massive" dans le streaming

Le logo de la plateforme de streaming audio Spotify. - Lionel BONAVENTURE © 2019 AFP

Un rapport commandé par le ministère de la Culture pointe une manipulation du nombre d'écoutes en ligne sur les plateformes de streaming telles que Spotify ou Deezer, révèle "Le Parisien." En 2021, entre un et trois milliards de fausses écoutes ont été détectées en France.

Et si les artistes n'avaient pas réellement le succès qu'ils prétendent avoir? Un rapport du Centre national de la musique (CNM), commandé par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot en 2021 et consulté par Le Parisien, révèle qu'une escroquerie massive touche le milieu du streaming, et qu'une part importante des écoutes en ligne sont en réalité de fausses-écoutes.

Ce document de 57 pages a été réalisé en collaboration avec trois plateformes de streaming, à savoir Deezer, Spotify et Qobuz. Fruit d'une enquête d'un an et demi de travail, il vient tout juste d'être dévoilé à une quarantaine de représentants de l'industrie du disque, et révèle un à trois milliards de fausses écoutes sur l'année 2021 (sur 100 milliards de chansons écoutées par an en France).

"Une fraude qui fausse la rémunération des artistes"

Les trois entreprises, qui luttent toutes les trois contre ces escroqueries, ont dévoilé au ministère le nombre de fausses écoutes qu'elles ont détectées sur leurs plateformes: en 2021, celles-ci s'élevaient à 2.6% sur Deezer, 1.1% sur Spotify et 1.6% sur Qobuz. Et la pratique s'est développée l'année suivante, puisque le chiffre est monté à 5% en 2022 sur Deezer.

"À notre connaissance, c’est la première fois au monde qu’une étude officielle démontre qu’il y a de la fraude dans le streaming", souligne le président du CNM, Jean-Philippe Thiellay, qui nuance toutefois en rappelant qu'"on est loin des 10% dont on a souvent entendu parler".

Philippe Thiellay juge "préoccupante" cette fraude "massive", d'autant qu'elle "fausse la rémunération des artistes". Il regrette enfin que "tout le monde n’ait pas joué le jeu, compte tenu des gros enjeux". "Amazon Music nous a donné des chiffres de 2022 et Apple Music et YouTube n’ont pas participé du tout".

Les artistes les plus populaires pas les plus concernés

L'enquête montre enfin que cette fraude s'exerce sur internet via des réels vendeurs de faux streams, difficiles à condamner et donc à fermer. Le Parisien décrit "des dizaines d’ordinateurs montés en réseau qui font tourner des titres en boucle sur des faux comptes ouverts avec des cartes bleues périmées ou volées". Des virus seraient également utilisés pour prendre le contrôle d'ordinateurs et lancer des chansons sur les plateformes afin de gonfler les chiffres.

Le Centre national de la musique affirme aussi que fausses écoutes détectées ne concernaient pas les artistes les plus populaires, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Dans le top 10 des chansons les plus écoutées, seules 0,25 % écoutes seraient fausses sur Spotify et 0,65 % sur Deezer.

Article original publié sur BFMTV.com

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