À Téhéran, les Iraniens veulent un accord «donnant-donnant» mettant fin aux sanctions

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Sur le dossier du nucléaire, l’Iran et les États-Unis se renvoient la balle : Joe Biden se dit prêt à négocier avec les Iraniens pour un retour dans l’accord à condition que Téhéran arrête d’enrichir son uranium. Les Iraniens, de leur côté, réclament une levée des sanctions américaines avant toute reprise du dialogue. Dans cette impasse, la population iranienne veut surtout d'un accord pour mettre fin aux sanctions qui les étranglent économiquement.

De notre envoyée spéciale à Téhéran,

Dans un décor surprenant, quatre mannequins plus vrais que nature trônent au milieu du Book Garden, un immense complexe dédié aux livres, en plein cœur de Téhéran. Ces mannequins représentent des scientifiques iraniens assassinés entre 2010 et 2012, parce qu’ils travaillaient sur le programme nucléaire de leur pays. Sur un panneau on peut lire: « les martyrs du terrorisme ».

Khashayar, un étudiant en biologie qui révise ses cours au Book Garden, se félicite de cet hommage rendu à ces héros de la nation: « Ce sont des scientifiques mis à l’honneur dans un lieu culturel. Cela nous montre l’exemple. C’est une source d’inspiration, on en a besoin. »

Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Fahime estime que cette mise en scène à la gloire des physiciens nucléaires iraniens n’a pas sa place dans ce lieu culturel récemment inauguré. « C’est de la propagande, les autorités veulent imposer leurs idées et leurs croyances aux gens, opine la doctorante en gestion de 33 ans. Ça ne m’intéresse pas, cette histoire, je n’ai pas essayé d’en connaître les détails. Car derrière tout ça il y a un esprit "va-t’en guerre". On donne un aspect politique à tout, ce n’est pas bon. »

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« Un peu d’espoir avec Biden »

Le programme nucléaire iranien est au cœur d’un bras de fer avec les Occidentaux. Téhéran continue d’enrichir son uranium et les Américains, d’imposer leurs sanctions. Depuis que les États-Unis sont sortis de l’accord sur le nucléaire en 2018, rien ne va plus.

Mais l’arrivée de Joe Biden au pouvoir à Washington suscite tout de même un peu d’espoir, car il s’est dit prêt à renouer le dialogue avec l’Iran. Leïli voudrait y croire: « On a un peu d’espoir avec Biden. La tension a un peu baissé, mais ça dépend de l’Iran aussi qui doit aussi revoir ses exigences à la baisse, on ne sait pas. » Pour cette jeune de 28 ans, la menace d’une guerre nucléaire « ne me fait pas peur, car je pense que les Iraniens ne cherchent pas la guerre. Ils veulent juste montrer qu’ils sont puissants ».

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« Cette situation pèse sur la population, surtout les pauvres »

La politique nucléaire iranienne n’est pas que l’affaire des dirigeants, qui n’ont d’ailleurs pas répondu aux demandes de RFI.

Elle impacte toute la population, notamment au Grand Bazar de Téhéran, où toutes les couches sociales se côtoient dans sa cohue habituelle. Devant un étal de pistaches et de fruits secs, Maryam se lamente des prix exorbitants. L’inflation est colossale en Iran, la monnaie nationale - le rial - a chuté par rapport au dollar, notamment à cause des sanctions américaines.

« Nous vivons dans une situation difficile, j’achète surtout pour mes enfants, pas beaucoup mais c’est mieux que rien, explique cette mère de famille. On se prive beaucoup pour acheter de la viande et ça crée des disputes à la maison. »

Le vendeur de pistaches a aussi du mal à joindre les deux bouts. Alors, il voudrait que les dirigeants iranien et américain règlent leurs problèmes: « Les États-Unis ont un problème avec notre Guide suprême, mais nous qu’est-ce qu’on a fait ? Je suis un simple commerçant. Cette situation pèse sur la population, surtout les pauvres. Si j’étais à la place du Guide suprême, je négocierais un accord avec les États-Unis, mais je prendrais aussi des mesures contre eux. »

La plupart de ces Iraniens disent souhaiter un accord avec les Américains sur le nucléaire, mais du « donnant-donnant ». Ils espèrent surtout une levée des sanctions pour sortir du marasme économique.

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