À la Une: mobilisation aux États-Unis et dans le monde contre les violences policières

Après des jours de manifestations, provoquées par le choc dans l'opinion publique de la mort de George Floyd sous le genou d’un policier blanc, « le moment est venu de nous rassembler en mémoire d'un homme que vous n'avez pas besoin de connaître pour le pleurer », écrit l’éditorialiste du Houston Chronicle. Parce que « lorsque des personnes, à qui nous confions la responsabilité de nous protéger, utilisent leur autorité, leurs armes et leur corps pour agir avec violence, nous souffrons tous. Et nous finirons par être affectés en tant que nation. C’est pourquoi demain », poursuit le quotidien, « nous transformerons notre deuil en action pour démanteler la violence institutionnelle et le racisme systémique  ».

Au vu de la mobilisation massive aux États-Unis et dans le monde entier contre les violences policières, le racisme et les inégalités, l'espoir est grand que le moment du changement soit enfin arrivé.

Derek Chauvin, l’agent qui a causé le décès de George Floyd, a été inculpé d’homicide involontaire, ses trois collègues pour complicité. Derek Chauvin comparaissait pour la première fois devant un juge ce lundi. Une réponse judiciaire « exceptionnellement rapide si on la compare avec les affaires similaires de ces dernières années », constate le Boston Globe.

Pourtant une inculpation ne vaut pas encore une condamnation, fait remarquer le Miami Herald. La méfiance de la population envers les forces de l’ordre est immense. Pour s’assurer à l’avenir que les policiers soient tenus responsables de leurs actes, le grand journal de Floride réclame la mise en place « de comités de surveillance civile. Ces comités pourraient enquêter de manière indépendante sur les plaintes des victimes d’abus commis par la police ».

Depuis la mort de George Floyd, plusieurs villes ont adopté des lois qui interdisent aux policiers d’exercer des positions qui risquent d’étrangler une personne interpellée. Et les démocrates à la Chambre des représentants présenteront ce lundi à une vaste réforme des forces de l’ordre américaines, écrit le Washington Post.

Pourtant ce journal se montre très sceptique quant aux chances de succès d’une réforme en profondeur de la police américaine. Le Washington Post estime même que le meurtre de George Floyd pourrait ne pas être ce moment décisif que les foules dans les rues espèrent. S’attaquer au système en place demande de franchir d’importants obstacles, comme par exemple les conventions collectives des puissants syndicats de police qui « empêchent la transparence au sein des départements de police et protègent les agents de poursuites en cas de comportement répréhensible ».

Autre problème : « Aux États-Unis, chaque ville, chaque comté, chaque État dispose de ses propres forces de l’ordre ». Pour réformer ces services en profondeur, il faudrait une législation fédérale, conclut le Washington Post. « Mais jusqu’ici les tentatives en ce sens sont restées lettre morte ».

Face à ces difficultés, certaines villes semblent envisager des solutions beaucoup plus radicales. « Defund the police ! », « Démantelez la police ! », c’est le nouveau cri de ralliement que l’on a entendu dans de nombreuses manifestations ce week-end. Comme à Minneapolis où les protestataires estiment que le département de la police n’est pas réformable. La seule façon de venir à bout des violences arbitraires et du racisme qui y règnent serait de démanteler l’ensemble de l’institution et d’allouer son budget à des projets qui bénéficieraient à la population, écrit le journal local Star Tribune.

Et c’est précisément ce qu’a décidé hier une majorité d’élus de la ville, contre l’avis du maire. Ces élus ont annoncé « la suppression du département de police et la création d’un nouveau modèle de sécurité publique pour la ville », rapporte le Star Tribune. Les contours de ce nouveau modèle restent encore flous. Plusieurs élus de Minneapolis ont laissé entendre que des psychologues ou des travailleurs sociaux pourraient être envoyés sur le terrain pour répondre à des situations d’urgence.

Après le meurtre de George Floyd « d’autres villes, parmi lesquelles New York et Los Angeles, ont commencé à parler de retirer une partie des financements destinés à la police ainsi qu’une partie des missions qui lui étaient jusqu’ici confiées pour les réorienter vers des agences sociales », rapporte le New York Times qui conclut : « Mais aucune autre grande ville n'est allée aussi loin que ce que les responsables de Minneapolis ont promis de faire ».