À la maternité, l'accueil des coparents la nuit reste un angle mort, alerte cette journaliste

Après l'accouchement, la mère se retrouve souvent seule à la maternité. Le père étant restreint aux horaires de visite classiques, faute de lit disponible. (Photo: Image taken by Mayte Torres via Getty Images)
Après l'accouchement, la mère se retrouve souvent seule à la maternité. Le père étant restreint aux horaires de visite classiques, faute de lit disponible. (Photo: Image taken by Mayte Torres via Getty Images)

Après l'accouchement, la mère se retrouve souvent seule à la maternité. Le père étant restreint aux horaires de visite classiques, faute de lit disponible. (Photo: Image taken by Mayte Torres via Getty Images)

MATERNITÉ - Pas de lit ni même de fauteuil inclinant pour le coparent, heures de visite similaires à celles des visiteurs...Dans un billet publié sur L’Obs mardi 31 mai, la journaliste Renée Greusard déplore l’accueil réservé aux coparents dans nombre de maternités, alors que leur compagne vient tout juste d’accoucher. Elle a aussi créé une carte participative permettant d’explorer les maternités offrant la possibilité aux coparents de rester ensemble la nuit.

“Moi, j’aurais aimé savoir que c’était un sujet. Je savais que ce n’était pas facile d’avoir un enfant mais je pensais qu’on accouchait, que le bébé pleurait un peu mais dormait, que c’était facile”, raconte la journaliste et autrice deChoisir d’être mère.

Au lieu de ça, Renée Greusard s’est “retrouvée seule avec un bébé pleurant toute la nuit”, le papa devant “se reposer pour accueillir le bébé à la maison”, selon le personnel hospitalier. Une expérience qu’elle qualifie de “traumatique” auprès du HuffPost

Ce n’est néanmoins pas sa seule expérience qui a décidé Renée Greusard à écrire son article. “Dans mon livre, j’avais évoqué ce problème du manque d’accueil des coparents et il y a une femme qui en a parlé sur Instagram, j’ai relayé son témoignage et beaucoup d’autres sont arrivés”, explique la journaliste. “Ces témoignages m’ont bouleversée”, appuie-t-elle. 

Une carte à destination des coparents

Face à cet afflux de témoignages, la journaliste a eu l’idée de réaliser une carte des maternités accueillantes. “Je l’actualise avec les témoignages que je reçois, mais dans l’idéal, il faudrait vérifier sur place auprès des maternités”, précise la journaliste. Pour le moment, ce sont 150 maternités qui ont été répertoriées, accueillantes ou non pour les coparents sur la carte, disponible sur Google Maps.

“Il y a plus de vert [représentant les maternités accueillantes] que de rouge sur la carte. Ça montre que ça a quand même évolué depuis 2015”, remarque Renée Greusard, bien que “ce n’est pas parce qu’il y a plus de vert qu’il faut se réjouir”. “Il faut se demander ensuite quel accueil on réserve à ces coparents, parfois c’est un lit, mais souvent ce n’est qu’un fauteuil semi-incliné”, insiste-t-elle.

“On est une équipe”

Dans son billet, plusieurs témoignages soulignent le risque de dépression post-partum que peut provoquer l’isolement des femmes qui viennent d’accoucher. “Je pense que le lit de ma dépression post-partum s’est creusé là, dans le fond insondable de la solitude avec un bébé qui hurlait non-stop et la douleur physique insupportable que je ressentais”, témoigne ainsi l’une des femmes qui s’est confiée à la journaliste. 

“Dans ma mater, le papa avait le droit de venir aux heures de visite [...], tous les soins, rendez-vous pédiatre, etc. se passaient le matin et en son absence, le message est donc clair, c’est la maman qui doit apprendre à tout faire”, raconte une autre, soulignant l’accroissement des inégalités dans la charge du nouveau-né, en raison de l’absence du coparent.

“Ce n’est pas un moment où on est censées être toute seule. Depuis la nuit des temps, lorsqu’une femme accouche on l’entoure. Aujourd’hui ce n’est plus le cas et on fait comme si n’était normal alors que ça ne l’est pas. Quand on accueille un enfant, si on est deux, on est une équipe”, souligne la journaliste.

Une question politique

Pour Renée Greusard, le sujet est en effet ”éminemment politique”. “Derrière les larmes, il y a des choix politiques, financiers”, appuie-t-elle, en évoquant lacrise de l’hôpital. “Le fait que le coparent puisse dormir apparaît comme accessoire alors que sa présence pourrait aussi permettre de soulager le personnel hospitalier, les puéricultrices en particulier”, poursuit-elle. 

Un soulagement qui serait notamment apprécié lors de la “nuit de java”, deuxième nuit après l’accouchement, où le bébé pleure énormément. “J’ai cru que j’allais mourir cette nuit-là, on est dans un état second quand on vient d’accoucher, j’avais aussi subi une épisiotomie: tout mon corps était douloureux”, confie Renée Greusard.

Pour la journaliste, le sujet dit également beaucoup de la façon dont les nouveau-nés sont accueillis au monde. “Ça devrait être un moment doux et ça en devient douloureux”, souligne-t-elle. Avant de raconter: “Le dernier témoignage qui m’a marqué, c’est celui d’une femme qui racontait ne pas avoir vu son mari après une césarienne de jumeaux car les visites étaient finies. Ils se sont félicités d’être parents le lendemain...”.

La carte des maternités reste un “prétexte” pour parler du sujet aux yeux de la journaliste. Mais celle-ci permet de questionner l’accueil des coparents en France. “Idéalement, il faudrait des chambres d’accouchement avec un lit double: c’est possible, ça existe dans d’autres pays”, met en avant Renée Greusard. L’une de ses followers lui a par exemple signalé l’existence de “chambres familiales” en Autriche, une autre la possibilité en Suisse, pour le coparent, d’être logé à l’hôtel. Des possibilités qui donnent, en tout cas, à réfléchir.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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