À Marseille, mes élèves délogées ont échappé à l’expulsion grâce à la solidarité citoyenne

Jacques Vialle

Jeudi 21 novembre, notre école fêtera les trente ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (C.I.D.E), avec un jour de retard (mercredi oblige). Ce sera sans doute un bel événement, qui marquera les élèves et leurs parents, invités pour la circonstance. Il y aura des expositions, des spectacles, du chant, des jeux de société et des poèmes qui exprimeront toutes les qualités intellectuelles et artistiques dont font preuve les élèves lorsqu’ils se mobilisent sur de vrais enjeux.

Et pourtant, certains articles de la C.I.D.E n’ont pas fini de les interroger, nous le verrons. À commencer par l’article premier dans lequel les États signataires s’engagent à respecter et faire respecter les droits des enfants, sans distinction de race, de couleur, de religion, d’ethnicité, mais aussi de nationalité. Ou bien l’article 2, qui stipule quant à lui que la protection de l’enfance doit être effective et non simplement déclarative.

Un événement imprévu a permis aux élèves de découvrir que les signataires n’étaient pas toujours très conséquents dans leurs engagements. La réalité a percuté leur foi naissante en la solidité de nos institutions: deux de leurs camarades manquaient à l’appel, à la rentrée des vacances. Klaudia, 7 ans, et Kristina, 10 ans, n’étaient pas malades et leurs parents ne les privaient pas du droit à l’instruction. Elles ont simplement fini par rejoindre leur père expulsé quelques semaines auparavant. L’État ne s’est pas substitué à lui pour les protéger, contrairement à ce qu’énonce l’article 2 de la CIDE. La raison de ce désengagement est désormais connue, tant elle est assénée sans vergogne ces temps-ci: les enfants étrangers, hors UE et ressortissants d’un pays “sûr”, ne peuvent plus bénéficier de la protection de la France, 7e puissance économique mondiale.

Ce pays “sûr”, au dire de l’ex-ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, repris depuis par les préfets de la République, c’est l’Albanie. Un pays sûr, sans doute, sauf quand on est Roms...

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