À l'heure du coronavirus, un Noël à nul autre pareil dans le monde

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De nombreux pays ont célébré un Noël en demi-teinte, le Covid-19 ayant bouleversé les traditions et les habitudes de millions de personnes à travers le monde.

C'est un Noël à nul autre pareil qui s'est déroulé jeudi 24 décembre, dans les pays le célébrant, les festivités se trouvant un peu partout restreintes, voire plombées, par un cortège de restrictions ordonnées pour lutter contre la pandémie de Covid-19.

Le coronavirus a fait plus de 1,7 million de morts sur les cinq continents et les foyers de contamination qui continuent d'apparaître rappellent qu'en dépit de l'arrivée des premiers vaccins, la vie ne retrouvera pas de sitôt son cours normal.

C'est sous un ciel gris qu'une petite foule est venue assister à la traditionnelle procession de Noël dans les rues de Bethléem, qui attire d'habitude des milliers de pèlerins.

Quelques centaines de personnes portant masques sanitaires et parapluies ont regardé la parade où flottaient drapeaux palestiniens et du Vatican, au son des tambours et des cornemuses.

"Malgré la peur et la frustration liée au Covid-19, nous surmonterons cette épreuve car Jésus est né à Bethléem", a déclaré le patriarche latin de Jérusalem, Pierbattista Pizzaballa.

"C'est différent cette année parce que nous ne venons pas prier à l'église de la Nativité, nous ne pouvons pas nous réunir en famille, tout le monde a peur", confie Jania Shaheen, devant le défilé avec son mari et ses deux enfants, place de la Mangeoire devant la basilique construite là où serait né Jésus selon la tradition.

Pandémie oblige, le 24 au soir à la basilique, il n'y a eu pas de messe en public, pas de cortèges de dirigeants palestiniens mais une messe de Noël réunissant uniquement le clergé et télédiffusée à travers le monde.

Le pape François, qui est à la tête des 1,3 milliard de catholiques dans le monde, a célébré la messe de la nuit de Noël dans la gigantesque basilique Saint-Pierre en présence de moins de 200 fidèles portant un masque de protection, essentiellement des employés du minuscule État du Vatican. L'horaire avait été avancé de deux heures, à 19 h 30 (heure locale), pour s'adapter au couvre-feu en vigueur en Italie, qui commence à 22 h.

Avant la pandémie, plusieurs milliers de croyants et de touristes obtenaient un précieux ticket pour assister à cette messe papale.

Jeudi soir, la place Saint-Pierre, illuminée par son monumental arbre de Noël, était totalement déserte et sillonnée par une voiture de police. Les Italiens ont en effet entamé, jeudi, un confinement pour les fêtes, dans le pays le plus touché d'Europe par le virus, avec près de 71 000 morts et plus deux millions de personnes contaminées depuis le début de la pandémie.

Le pape François, qui vient de fêter ses 84 ans, adressera son huitième message de Noël "Urbi et orbi" ("à la ville et au monde"), vendredi, par vidéo à l'intérieur du palais apostolique, pour éviter qu'une foule ne se rassemble sur la place Saint-Pierre afin de l'apercevoir comme de coutume à une loggia.

"Déchirement"

En Australie, pays parfois cité en exemple de bonne gestion sanitaire, l'heure était à la désolation face à un regain de cas dans le nord de Sydney.

Jimmy Arslan, propriétaire de deux cafés dans les quartiers les plus touchés, a observé une chute de 75 % de son chiffre d'affaires. Et il ne pourra pas compter sur la présence de sa famille pour lui remonter le moral : elle vit à Canberra et ne peut donc faire le déplacement. "C'est un déchirement", confie ce patron de 46 ans.

L'Allemagne a elle été contrainte d'annuler ses célèbres marchés de Noël tandis qu'au Koweït, les églises ont été fermées jusqu'au 10 janvier malgré la présence d'une importante communauté chrétienne et alors que la campagne de vaccination était lancée dans le pays.

La République du Congo-Brazzaville a annoncé un reconfinement le jour de Noël et le premier janvier, provoquant la colère des évêques.

Aux Philippines, certains ont choisi de passer les fêtes seuls en raison des risques dans les transports en commun.

"Je vais commander de la nourriture, revoir de vieux films et passer un appel-vidéo avec ma famille", affirme Kim Patria, 31 ans, qui vit seule à Manille.

À Qamichli dans le nord-est de la Syrie contrôlé par les forces kurdes, les habitants ont ignoré la pandémie et ont assisté nombreux à une cérémonie d'illumination d'un sapin dans un quartier chrétien.

Dans la foule, il y avait plus de chapeaux de Noël que de masques, tandis que des forces de sécurité avaient été déployées pour l'occasion. Musulmans et chrétiens se sont mêlés pour danser la dabké sur des musiques traditionnelles devant l'arbre illuminé.

Noël à Douvres

Des milliers de routiers européens ont, pour leur part, passé un réveillon dans des conditions sommaires, coincés autour du port de Douvres au Royaume-Uni. Le pays sort lentement de l'isolement entraîné par l'apparition sur son sol d'une nouvelle souche du virus.

"Je n'ai pas les mots pour décrire ce que nous ressentons. Toutes nos familles nous attendent, cela nous brise le cœur", soupire Pawel, un chauffeur polonais de 34 ans, interrogé par l'AFP.

"Ils disent qu'il y aura un test Covid pour nous" mais "rien ne vient", "nous n'avons aucune information, rien", ajoute-t-il, très ému. "J'ai deux très petits enfants, une femme, je veux juste aller" en Pologne.

Le Nouvel An devrait aussi être morose. Face au rebond de la pandémie au Brésil, la mairie de Rio de Janeiro compte interdire au soir du 31 décembre l'accès au quartier de la célèbre plage de Copacabana.

Habituellement, des millions de personnes s'y pressent pour admirer les feux d'artifice, dont l'annulation avait été annoncée en juillet.

Pour l'heure, Sydney projette toujours d'accueillir "quoi qu'il arrive" la nouvelle année avec son spectaculaire feu d'artifice.

Avec AFP