À l'Assemblée, les femmes de ménage obtiennent un 13e mois, Ruffin veut l'étendre

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POLITIQUE - “Et à la fin, c’est nous qu’on va? Gagner!” C’est avec ce “cri de guerre”, comme il l’appelle, que François Ruffin et une dizaine de femmes de ménage de l’Assemblée nationale ont fêté une victoire ce jeudi 8 juillet: pour la première fois, les agents d’entretien du Palais Bourbon ont désormais accès à un treizième mois de salaire.

Depuis ce début d’été, Cesaltina, Joana et les autres ont accès à un complément de salaire. Au milieu des dorures de l’Assemblée, ils sont 175 agents de propreté (dont 127 femmes) travaillant dans le cadre de marchés publics organisant le nettoyage des bâtiments parisiens. Pendant la crise du Covid-19, ce sont ces invisibles qui ont permis que la vie politique continue malgré tout. Ce matin, place du Palais-Bourbon et pour quelques minutes, c’est l’heure des applaudissements et de la joie.

Un long combat

Depuis 2017, des questeurs avaient commencé à se mobiliser à ce sujet. Mais il aura fallu attendre mars 2021 pour qu’une résolution de loi, portée par 68 députés, avec à leur tête l’Insoumis François Ruffin soit finalement acceptée. “Il y a un tel fossé entre la situation [financière, ndlr] du député et celles de ces agents qui sont sous le SMIC au même endroit, c’est vraiment difficilement concevable! Réussir à gratter quelque chose, au moins un 13ème mois... Bon bah déjà j’aurais fait ça pendant mon mandat, quoi! Ce n’est pas énorme mais au moins j’aurais fait quelque chose pour les gens qui étaient à mes côtés!”, se félicite-t-il malgré tout.

Négociations politiques, négociations syndicales... De longues discussions avec les questeurs, les trois entreprises qui emploient ces agents et avec le donneur d’ordre ont fini par aboutir, en échange d’une compensation financière. Place du Palais-Bourbon, c’est le champagne qui coulait pour fêter la victoire. “Merci les députés!”, ont lancé certaines.

“Au début nous avions peur”, racontent-elles. Les pourparlers avec les députés se sont faits dans le stress d’être vues par l’employeur. Les discussions avaient lieu à voix basse, à pas feutrés. “Puis Monsieur Ruffin nous a dit: “Nettoyez vos yeux... Et nous avons compris que nous n’avions pas à avoir peur!”, explique Cesaltina qui gagne moins de 1.000 euros par mois. Frappant des mains, battant la mesure avec les pieds, elles ont fêté cette victoire sur un air du Cap-Vert.

L’étendre à tout le pays

L’Insoumis veut aller au-delà de la photo de famille avec ses nouvelles amies. Au micro du HuffPost, il s’explique: “La sous-traitance amène très souvent à une maltraitance. Au-delà de la situation des femmes de ménage de l’Assemblée nationale, il y a comment on change ça pour tout le pays. Les premières de cordée en première ligne, les caissières, les femmes de ménage, les auxiliaires de vie sociale... Ce ne sont pas pour elles que sont allés les dizaines de milliards d’euros d’aide [...] C’est pour ça qu’on va porter une nouvelle résolution de loi demandant le 13ème mois pour tous les agents d’entretien du pays, pour les hôpitaux, les agents de nettoyage dans le nucléaire... Pour tous!”

Ce qui agace également le député, et ce sera l’étape d’après - il avait déjà essayé de s’en emparer dans une résolution retoquée l’année dernière et qu’il avait considérée comme “vidé de sa substance” - c’est la question des horaires. “Ces femmes qui sont mères aussi, elles se lèvent à 4h du matin, elles prennent un bus, un train, un métro pour venir ici à l’Assemblée travailler quatre heures pour reprendre le métro, reprendre un train, pour aller sur un autre chantier l’après-midi... Et peut-être même un troisième chantier le soir... Elles ont des horaires énormes! Comment on concilie ça avec la vie de famille?”

Moins d’une heure après cette pause dorée, elles se sont d’ailleurs empressées de rejoindre les transports pour la suite de leur journée. Sur la place du Palais Bourbon, l’élu rêve des 35 heures et d’horaires de jour pour les agents de l’Assemblée nationale et de l’ensemble du pays, avant de rejoindre son bureau rue de l’Université. Sa première proposition prévoyait ainsi initialement de majorer de 50% les heures de travail effectuées entre 18h et 9h, afin d’“inciter économiquement” le nettoyage en journée.

À voir également sur Le HuffPost: Les cris de joie des femmes de chambre de l’hôtel Ibis-Batignolles après leur victoire

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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