À l'Assemblée, les débats sur le pouvoir d'achat ont ulcéré les élus ultramarins

POLITIQUE - “Vous osez parler de rupture d’égalité?”, a tonné Jean-Philippe Nilor, député LFI de la Martinique, dans l’hémicycle lundi soir. Avec lui, l’ensemble des élus ultramarins ont témoigné de leur colère lundi 18 juillet dans la soirée, après l’avis défavorable de la rapporteure Renaissance du projet de loi pouvoir d’achat sur un amendement spécifique aux Outre-mer.

Lors de la première séance, les députés ont examiné l’article 1 du texte sur l’augmentation des plafonds de la prime dite Macron. Parmi les nombreux amendements déposés, l’un d’eux, porté par le groupe Socialistes et apparentés (ralliés à la NUPES), proposait d’adapter les plafonds de cette prime pour les territoires ultramarins afin de tenir compte de la vie chère.

Porté par la gauche NUPES, l’amendement était aussi soutenu par le Rassemblement national qui y a vu une “mesure de bon sens”. Mais il s’est heurté à un avis défavorable de la rapporteure (Renaissance) Charlotte Parmentier-Lecoq et du gouvernement. “Cet amendement entraîne une rupture d’égalité entre les salariés qui doivent rester uniformes sur tout le territoire national”, a fait valoir Charlotte Parmentier-Lecoq, s’attirant les foudres des représentants d’Outre-mer de plusieurs partis.

“Quasiment une insulte”

“Vos propos m’ont choquée. La rupture d’égalité, nous la vivons au quotidien”, a martelé Karine Lebon, députée GDR de la Réunion, avant d’interpeller la rapporteure: “Vivez cette rupture d’égalité au quotidien! Vivez-la et venez nous en parler après!”, s’est indignée la députée réunionnaise, dont la colère était visible.

Même ton et même indignation chez Davy Rimane, député GDR de la Guyane, pour qui les propos de la rapporteure sont “quasiment une insulte”, ainsi que chez le martiniquais Jean-Philippe Nilor. “Lorsque nous avons subi l’empoisonnement à la chlordécone et que les gouvernements français ont accordé des dérogations pour cette molécule interdite sur le territoire français, on a parlé de rupture d’égalité?”, a tonné le député insoumis.

Les propos de Charlotte Parmentier-Lecoq ont d’autant plus indigné qu’une récente étude de l’Insee est venue souligner l’écart conséquent de niveau de vie entre la population de France hexagonale et celle des territoires ultra-marins.

“80% de la population guyanaise vit sous le seuil de pauvreté”

Selon cette étude réalisée en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à la Réunion, la pauvreté est “cinq à quinze fois plus fréquente” en Outre-mer qu’en métropole. Près de 18% des Français en grande pauvreté résident dans les DROM (départements et régions d’Outre-mer), alors que ces territoires ne représentent que 3% de la population française, constate l’Insee.

“En Guyane, 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et le seuil de pauvreté n’est pas le même que dans l’hexagone, où il est à 1063 euros, tandis que sur nos territoires il est de 600 euros. Cela veut dire que si on prend le seuil de l’hexagone, 80% de la population (guyanaise, NDLR) vit sous le seuil de pauvreté”, s’est exclamé Davy Rimane.

À l’issue d’un vote à main levée, l’amendement a été rejeté. Mais face à l’émotion générale, Charlotte Parmentier-Lecoq a tenté de se justifier, rappelant ses liens familiaux avec la Guadeloupe. Elle a évoqué “d’autres outils” pour lutter contre l’inflation dans les Outre-mer, comme l’extension du bouclier tarifaire sur certains produits déjà en cours à la Réunion, ainsi que le lancement d’un “Oudinot de la vie chère” pour réfléchir à cette problématique. Mais cette nouvelle concertation pourrait ne pas suffire à apaiser les élus, déjà échaudés par la mise sous tutelle du ministère des Outre-mer.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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