À la Une: l’inquiétante diffusion de la théorie du «grand remplacement» aux États-Unis

La tuerie de la semaine dernière, qui a fait 10 morts dans un supermarché de Buffalo, dans l’État de New York, continue de faire la Une de la presse américaine. C’est l’un des massacres racistes les plus meurtriers de l’histoire récente du pays. En Une de plusieurs journaux, la même photo : des amies consolent et serrent dans leurs bras une rescapée de la fusillade. Toutes sont Afro-américaines. Le New York Times revient sur le profil du tireur, Payton Gendron. Le jeune de 18 ans, un peu solitaire, avait soutenu, au printemps dernier, devant sa classe au lycée, vouloir commettre un « meurtre de masse ». Alertée, la police l’avait contraint à passer un jour et demi à l’hôpital, le temps de passer un bilan psychologique. Mais une fois libéré, il a « disparu des radars », sans que l’arme qu’il possédait ne lui soit retirée.

USA Today rappelle que le FBI avait alerté l’année dernière que le « plus gros morceau » des quelque « 2 000 enquêtes terroristes ouvertes dans le pays concernaient des attaques à motivation raciale ». La presse revient sur l’inquiétante progression de la théorie du « grand remplacement » aux États-Unis, épousée par le suspect du massacre. Cette théorie prétend que « les élites occidentales, parfois manipulées par les juifs, veulent “remplacer” les Américains blancs ». Le « grand remplacement » a été formalisé il y a plus de 70 ans, note le Washington Post, dans le livre du sénateur démocrate Theodore Bilbo, ancien gouverneur du Mississippi. Récemment, poursuit le New York Times, la théorie du « grand remplacement » « est devenue courante » alors qu’elle est récemment restée « confinée » à d’obscurs forums sur Reddit et sur des sites de nationalistes blancs. Ces idées inondent « le manifeste de 180 pages » rédigé par le tireur de 18 ans, explique Mother Jones.

Une théorie qui « fait vendre »

« La peur qu’elle cristallise - celle d’une Amérique dans laquelle les Blancs ne seraient plus la majorité - est devenue une force puissante dans les médias et la politique des conservateurs », écrit le New York Times. Elle a été « remixée pour attirer les audiences, les retweets et les petits dons en dollars ». Le quotidien épingle notamment dans une grande enquête l’animateur de Fox News, Tucker Carlson. Il a relayé, dans « plus de 400 épisodes de son émission », l’idée que « les démocrates et d’autres élites cherchaient à pousser à un changement démographique par le biais de l’immigration », pour « amener aux États-Unis des électeurs plus obéissants ». « Bien sûr, rien de tout cela n’entraînera de sanction significative pour l’animateur », estime Mother Jones, puisque « l’adhésion à ces idées suprémacistes est maintenant le pain et le beurre du reste du Parti républicain ».

Le Washington Post souligne aussi ce lundi le « virage radical pris par un nombre croissant de républicains », notamment par Elise Stefanik, la numéro 3 de la Chambre des représentants, qui a diffusé des publicités sur Facebook reprenant cette théorie du complot. Le journal canadien La Presse évoque aussi la « banalisation » de ce discours. Il note les résultats éloquents de ce sondage publié lundi dernier par l’agence AP : « Un bon tiers des Américains, et près de la moitié des républicains, pensent qu’“il y a un groupe de personnes dans ce pays qui essaie de remplacer les Américains par des immigrants qui partagent leurs opinions politiques” ».

Manifestations autour de la « francisation » du Québec

Au Canada, des milliers de personnes ont manifesté samedi, dans le centre-ville de Montréal, contre un projet de loi - le PL96 - qui vise à « assurer la vitalité et l’avenir de la langue française au Québec ». Le site du gouvernement québécois indique que ce projet entend consacrer le français comme seule langue officielle, dans l’administration, mais aussi « dans toutes les sphères de la société ». Les manifestants « dénoncent un projet de loi discriminatoire à l’égard des anglophones », notamment dans l’accès aux soins - les médecins devront parler français - et dans l’éducation, car les collèges anglophones seront obligés de dispenser des cours de français ou des cours en français aux élèves.

Dans son édito, le journal Montréal Gazette soutient que cette nouvelle loi « nuira non seulement à de nombreux Québécois anglophones, mais aussi à l’ensemble de la province ». Il pointe notamment les effets de cette francisation pour les entreprises : « plus de paperasse et plus de contraintes ». « Exactement ce dont les entreprises ont besoin » en période de reprise post-pandémie, ironise le journal. « Le Québec est aussi notre foyer », renchérit le Montréal Gazette dans son édito. « Nous ne sommes pas une menace, nous sommes un atout. Il est grand temps que notre gouvernement commence à nous traiter comme tel ».

Chili : une « très longue » Constitution ?

Un mot du Chili, pour terminer. Ce lundi, l’Assemblée constituante se réunit en session plénière dans les ruines de Huanchaca à Antofagasta. Elle va présenter son projet de nouvelle Constitution. Après dix mois de travail, elle s’est mise d’accord sur un premier texte, qui atteint 499 articles et près de 50 000 mots, ce qui en fait une Constitution « excessivement longue », juge La Tercera. « Des centaines d’articles de plus que le texte qui régit actuellement le pays », indique le journal. Le texte est aussi plus long que celui des autres constitutions en Amérique latine.

Le média d’investigation Ciper s’intéresse aux derniers droits adoptés par cette Assemblée. À noter notamment : le « droit à un travail décent », à une « rémunération équitable, juste et suffisante ». Selon ce texte, « l’État doit aussi promouvoir la coresponsabilité sociale et de genre, afin que les femmes ne soient pas les seules à assumer les tâches domestiques ». Le projet va être remis à la Commission d’harmonisation. Elle sera chargée de préparer une version finale du texte, qui sera soumise au vote des Chiliens le 4 septembre.

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