À l’hôpital de Thionville, les soignants en arrêt témoignent de leur « épuisement »

This photograph shows Bel-Air Hospital, CHR (Regional Hospital Center) Metz-Thionville emergency entrance in Thionville, eastern France, on January 3, 2023, as 93% of emergency nurses and orderlies are currently on sick leave. (Photo by Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP)
JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP This photograph shows Bel-Air Hospital, CHR (Regional Hospital Center) Metz-Thionville emergency entrance in Thionville, eastern France, on January 3, 2023, as 93% of emergency nurses and orderlies are currently on sick leave. (Photo by Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP)

CRISE DE L’HÔPITAL - Ils veulent simplement « travailler correctement ». Face à la situation exceptionnelle des urgences de l’hôpital de Thionville (Moselle), 55 des 59 infirmiers et aides-soignants sont en arrêt maladie depuis le 30 décembre dernier. Si la direction a annoncé ce mardi 3 janvier le recrutement de six infirmiers et de six aides-soignants pour permettre d’améliorer les conditions de travail, les témoignages des soignants confrontés notamment à la triple épidémie de Covid-19, grippe et bronchiolite, traduisent une immense fatigue.

Infirmière âgée de seulement une vingtaine d’années, Hélène* n’aurait « jamais pensé être en arrêt pour épuisement physique et psychologique » après seulement quelques années d’exercice. « Mais la situation s’est vraiment compliquée ces derniers mois. Avec le nombre de patients qui arrivaient, qui stagnaient, en attente, on ne s’en sortait plus », témoigne-t-elle. Mise en arrêt pour une semaine, elle reprendra le travail dans quelques jours. « C’est ambivalent, à la fois je tiens vraiment à reprendre, et en même temps j’appréhende beaucoup », précise la jeune femme.

« Pas le temps de soigner correctement »

Elle se dit marquée par le décalage entre « les conditions de travail » et « ce qu’on nous a inculqué en formation. Les principes de bienveillance, de respect et de dignité, on ne peut plus les appliquer auprès des patients. L’image que je me faisais de mon métier a complètement changé ». « Mon métier, c’est devenu l’usine », assure-t-elle. « Si les conditions ne changent pas, je partirai ».

« Je viens avec la boule au ventre, explique Claire, infirmière de 22 ans, au micro de France Bleu Lorraine Nord. Je ressors de mon service en pleurs parce que j’ai l’impression d’avoir mal fait mon travail. On prend le poste le matin avec plus de 80 à 90 personnes. On n’a pas le temps de soigner correctement nos patients, de prendre en charge correctement la douleur ou de pouvoir donner simplement un repas. On a par exemple un patient de 90 ans qui est resté sur un brancard pendant 88 heures, où on n’a pu lui servir que trois repas. »

« On ne se met pas en arrêt de gaieté de cœur », atteste Élisabeth*, aide-soignante depuis 12 ans. Malgré sa fatigue, elle ressent de la culpabilité à s’être arrêtée de travailler quelques jours. « J’ai le service public chevillé au corps, ce n’est pas dans mon ADN de m’arrêter. »

« Un nombre effarant de patients »

« On a un nombre effarant de patients, des personnes âgées dépendantes, qui ont besoin de nous », explique-t-elle, faisant état d’une « forte charge mentale ». « Mais on a une conscience professionnelle, alors on assure les soins minimums d’hygiène, même si ce n’est pas toujours dans les conditions nécessaires de pudeur. On fait du mieux qu’on peut. »

Elle aimerait que les difficultés des soignants soient davantage prises en compte, et appelle à la solidarité. « Si je suis en arrêt, c’est aussi pour nos patients. Demain, ça peut être votre père, votre grand-mère, votre frère qui sera admis aux urgences, à Thionville mais aussi ailleurs en France, dans des services submergés. Alors nous devons sonner l’alarme. »

« Les personnels sont épuisés […]. Actuellement dans les urgences, l’humain n’est plus possible. Les infirmières disent clairement qu’elles ont l’impression de faire de l’abattage et du chiffre en permanence », affirme Patricia Schneider, infirmière et représentante du syndicat Sud santé sociaux à l’hôpital de Thionvile, au micro de BFMTV.

Selon elle, les embauches annoncées par la direction pour les urgences et les mesures promises par la direction « sont tout à fait insuffisantes ». « Les six aides-soignants ne feront pas que des tâches aux urgences mais également dans d’autres services, et les six postes d’infirmiers ne sont pas pérennes mais provisoires », a-t-elle souligné après de l’AFP. « Le directeur a lui-même reconnu en réunion qu’il n’avait pas de mesure de long terme à proposer. »

*Les prénoms ont été modifiés.

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