À l’approche des élections, le contre-terrorisme indonésien agite la menace islamiste

“Vraie ou fausse conspiration de l’État islamique d’Indonésie”, interroge, en titre de son édition de la semaine, Koran Tempo. La couverture de l’hebdomadaire présente une illustration du drapeau indonésien rouge et blanc, augmenté du croissant et de l’étoile, planté au centre de l’île de Sumatra par une main géante. “Mais à qui appartient cette main ?” semble se demander le titre.

“Ils veulent renverser le gouvernement dans l’attente du chaos. À savoir avant 2024”, déclare au journal le porte-parole du Détachement spécial contre-terroriste “Densus 88”, Aswin Siregar. “Ils”, ce sont les membres de l’État islamique d’Indonésie (NII). Seize d’entre eux ont été arrêtés en avril 2022, dans l’ouest de Sumatra, en possession de quelques munitions et machettes. Fondé en 1949 par un musulman exalté, Sekarmadji Maridjan Kartosoewirjo, qui s’opposait à la Constitution laïque de la toute nouvelle république indonésienne et prônait l’établissement de la charia, l’État islamique d’Indonésie a enfanté depuis divers mouvements terroristes tels que la Jamaah Islamiyah, auteur de nombreux attentats dans l’archipel, dont celui de Bali en 2002.

Koran Tempo a interrogé Al Chaidar, spécialiste du terrorisme, qui doute que le NII de l’ouest de Sumatra puisse renverser le gouvernement du président Joko Widodo uniquement armé de machettes : “En ce moment, ils se concentrent sur le recrutement de militants pour la da’wa [prédication] et sur leur financement”, explique Al Chaidar. L’expert s’interroge également sur le chiffre avancé par le Département de contre-terrorisme, évoquant 1 225 militants dans deux districts de l’ouest de Sumatra : “De fausses factions sont créées par le gouvernement ou par des agences de renseignements”, affirme-t-il.

Il soupçonne que cette annonce d’un coup d’État à venir soit un prétexte pour reporter l’élection présidentielle de 2024. Une manœuvre initiée depuis plusieurs mois par des proches du président Joko Widodo, afin de permettre à ce dernier de faire un troisième mandat, en violation de la Constitution. Selon Al Chaidar, la menace du NII a déjà été utilisée par les gouvernements des présidents Sukarno (1945-1967) et Suharto (1967-1998) pour prolonger leur mandat ou reporter les élections.

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