À la Une: l’ancien patron de Pemex arrêté en Espagne

C’est à la Une d’une bonne partie de la presse mexicaine ce jeudi : Emilio Lozoya, l’ancien patron du groupe pétrolier Pemex a été arrêté mercredi à Malaga, en Espagne, après plusieurs mois de recherche. Il est accusé de corruption, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs. Emilio Lozoya, qui était en fuite depuis le mois de mai, est « tombé avec un faux permis de conduire », explique Milenio.

« Au moment où il a été appréhendé, l’ancien fonctionnaire a montré aux agents un permis prétendument délivré par le gouvernement de Mexico sous le nom de “Jonathan”, et a assuré qu’il n’était pas la personne qu’ils recherchaient ». Sauf que « ses traits physiques correspondaient à ceux de la notice rouge diffusée par Interpol ». Il a donc été interpellé.

AMLO a « ouvert la boîte de Pandore »

« Emilio Lozoya avait été localisé sur la Costa del Sol depuis quatre semaines, précise El Horizonte. La police espagnole connaissait ses habitudes et les quelques endroits qu’il fréquentait ». Ce proche de l’ancien président mexicain Enrique Peña Nieto a dirigé la compagnie de pétrole nationale Pemex de 2012 à 2016. Il est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin d’entreprises souhaitant s’assurer de juteux marchés publics, notamment du groupe brésilien de BTP Odebrecht : plus de 10 millions de dollars en tout.

« L’affaire, précise le New York Times, porte [notamment] sur l’achat par Pemex d’une usine d’engrais qui était hors service à l’époque (...) à un coût exagérément élevé », selon les détracteurs du projet. « Le procureur général de la République signale qu’il va commencer les démarches pour demander l’extradition d’Emilio Lozoya au Mexique », ajoute El Universal. Pour Raymundo Sánchez, directeur adjoint de la rédaction d’El Heraldo de Mexico, un autre journal, cette arrestation va « nécessairement élargir les enquêtes, qui iront jusqu’à l’ancien président Enrique Peña Nieto et l’ancien ministre des Finances Luis Videgaray ». Pour l’éditorialiste d'El Horizonte, l’actuel président Andrés Manuel López Obrador « a entamé un chemin sans retour », ouvert « la boîte de Pandore que le président semblait ne pas vouloir ouvrir : faire juger son prédécesseur ».

Paraguay : un journaliste brésilien tué à la frontière avec le Paraguay

Cela s’est passé dans la ville paraguayenne de Pedro Juan Caballero, qui fait face à Ponta Pora au Brésil. « Leo Veras dînait avec sa famille dans l’arrière-cour de sa maison quand, vers 21 h, deux hommes armés et cagoulés sont arrivés dans une camionnette blanche », rapporte le média brésilien G1. Le journaliste a été touché par environ 12 balles de 9 mm ; il a reçu l’une d’elles dans la tête. Leo Veras tenait le site web Pora News, consacré à l’actualité de cette région frontalière, en portugais et en espagnol. « Il a fréquemment rendu compte de situations liées au trafic de drogue, explique G1. Mais la police ignore si le meurtre est lié à son travail ». Le journal paraguayen Hoy précise que le journaliste recevait régulièrement des menaces de groupes criminels et disposait même de garde du corps.

Haïti : recrudescence des enlèvements

Frantz Duval, rédacteur en chef du journal Le Nouvelliste, revient sur l’augmentation de l’insécurité, notamment des cas kidnappings à Port-au-Prince, aux Gonaïves, mais aussi à Cap-Haïtien et d’autres villes du pays.

Canada : poursuite des manifestations contre un gazoduc

« Les manifestations perturbent les déplacements et le commerce dans tout le pays », raconte le journal anglophone The Star. Elles sont « organisées par d’autres groupes autochtones [qu’on appelle au Canada] des Premières nations et des militants environnementaux, en signe de solidarité » avec la communauté Wet'suwet'en dont le territoire ancestral sera traversé par le gazoduc Coastal GasLink. Le Premier ministre Justin Trudeau a reconnu le droit à la manifestation pacifique. « Mais nous sommes aussi un État de droit, a-t-il ajouté, et nous devons nous assurer que ces lois sont respectées ».

« Mais quelles lois ? » s’interroge The Star. Les chefs héréditaires Wet’suwet’en soutiennent que, sur ce territoire, « leurs anciennes lois non codifiées - transmises par les traditions orales et l’histoire - doivent prévaloir ». Autre question posée par le journal : « Qui doit parler à qui ? » « Le gouvernement de la Colombie-Britannique tente de résoudre les complexités posées par la différence entre les chefs héréditaires [issus d’un mode de gouvernance traditionnel], qui s’opposent au projet, et les conseils de bande élus [qui gouvernent chaque bande amérindienne]. Dans la région, de nombreux conseils de bande ont ainsi signé des accords de compensation apparemment en faveur du projet », dont cinq issus de la nation Wet'suwet'en.

Débat sur la légalité des blocages ferroviaires

The Globe and Mail, autre grand journal anglophone du Canada, estime que « si les manifestations sont un droit constitutionnel, bloquer des axes ferroviaires ne l’est pas ». « Le gazoduc de 6,6 milliards de dollars a reçu toutes les autorisations réglementaires nécessaires, et la société qui le soutient a rempli ses obligations de consultation des communautés indigènes le long du parcours du projet ». L’éditorialiste estime qu’une « voix minoritaire [sous-entendu celle des chefs héréditaires] ne peut pas être autorisée à déclarer unilatéralement qu’elle est la seule véritable voix ».

« Compte tenu de l’histoire mouvementée de leurs relations avec les populations indigènes, les policiers de l’Ontario ont eu la sagesse de tolérer les blocages illégaux », poursuite The Globe and Mail. « Mais en fin de compte, l’État de droit doit être appliqué ». Pour l’instant, Ottawa a décidé de ne pas s’en mêler et demande à la province de Colombie-Britannique de négocier une sortie de crise. « Ottawa observe, mais hésite à intervenir, conscient qu’une intervention fédérale pourrait aggraver les tensions, et non les résoudre », écrit The Star. « Heureusement pour Trudeau, conclut The Star, le Parlement ne siège pas cette semaine. La semaine prochaine, ce pourrait être une autre histoire ».