À l’abattoir de Cotonou, "les conditions d'hygiène sont exécrables"

Des photos et vidéos de l’abattoir principal de Cotonou, publiées sur les réseaux sociaux début février, ont choqué les internautes au Bénin. Ces images montrent les bouchers laver des animaux dans de l’eau souillée, dans le mépris des règles hygiéniques. Nos Observateurs dénoncent un lieu insalubre, où les dysfonctionnements sont nombreux.

Des porcs lavés avec de l’eau souillée, des viscères d’animaux et excréments qui se décomposent à l’air libre dans la cour près d’un bassin... Les images choc de l’abattoir de Cotonou ont fait le tour des réseaux sociaux depuis leur publication le 2 février sur la page Facebook de l’ONG Bénin diaspora assistance – basée en France.



"C’est un grave problème de santé publique"Contacté par notre rédaction, Médard Koudébi, président de l’ONG basée en France, explique que les images ont été prises par des collaborateurs après la plainte de bouchers en colère :
 

À l’abattoir de Cotonou, les bouchers travaillent dans des conditions hygiéniques exécrables.

Les bouchers utilisent l’eau d’un forage qui n’est pas potable. Dans l’abattoir, les eaux usées issues du travail des bouchers sont encore rejetées dans la cour de l’établissement parce que les canalisations d’évacuation sont bouchées. Ces eaux s’infiltrent dans la nappe phréatique dont l’eau est à nouveau utilisée par les bouchers pour nettoyer les viandes.

L’abattoir est même resté plusieurs mois sans électricité. La Société béninoise d’énergie est venue couper le compteur à cause de factures impayées. Et la chambre froide, qui sert à conserver la viande, ne fonctionnait pas convenablement.

C’est un grave problème de santé publique. Ce sont des plaintes des bouchers eux-mêmes qui travaillent dans l’abattoir qui nous ont permis de mettre la main sur ces dysfonctionnements et de les dénoncer.



“Il y a plein d’odeurs nauséabondes et suffocantes” L’abattoir situé à Akpakpa, le plus grand quartier de Cotonou, écoule chaque jour d’énormes quantités de viandes bovines et de porcs, qui sont revendues dans les principaux marchés de la ville. L’établissement public fonctionne grâce aux redevances payées par les bouchers qui viennent y tuer leurs bêtes. 

Un boucher dénonce la mauvaise gestion des responsables. Il a requis l’anonymat.
 

Il y a vraiment de sérieux problèmes d’hygiène dans l’abattoir. Il y a plein d’odeurs nauséabondes et suffocantes. Cela nous a rendu malades. Depuis fin novembre, il n’y avait pas d’eau et d’électricité. Nous étions donc obligés d’utiliser l’eau d’un forage qui n’était pas du tout potable. 

Nos viandes ont pourri parce que les responsables ont coupé pendant plusieurs mois la chambre froide qui nous sert à conserver les viandes. Ils ont dit qu’ils voulaient faire des économies. La chambre froide était coupée entre 9 heures et 4 heures du lendemain matin. Nous avons eu beaucoup de pertes. C’est de la mauvaise gestion puisqu’on paye au moins 13 000 francs CFA (20 euros) par bœuf abattu et 500 francs CFA (75 centimes d’euros) par mouton.


Les normes en matière d’hygiène "respectées" selon le gouvernement

Après la diffusion des images sur les réseaux sociaux, Yao Akpo, directeur de l’Élevage au sein du ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et de la Pêche, a fait savoir dans un communiqué publié mardi 11 février sur le site du gouvernement que "les normes en matière d’hygiène sont respectées”. Il a ainsi invité les habitants à consommer la viande sans crainte. 

Le communiqué rappelle aussi que le site incriminé abrite deux abattoirs. Un ancien et un nouveau, inauguré en 2018 :
 

Le nouvel abattoir dispose des équipements de gestion des eaux usées qui causaient des nuisances à la population. Et c'est la station d'épuration qui sert à traiter l'eau usée avant leur acheminement vers les canalisations publiques.

Un autre système a été mis en place pour convoyer les déchets solides ou les eaux usées de l'ancien abattoir vers la station d'épuration du nouvel abattoir pour atterrir dans les canalisations publiques. L'abattoir est composé d'un secteur sain et d'un secteur souillé. Les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux ont été prises dans le secteur souillé.


Mais selon nos Observateurs, la partie "souillée" est encore utilisée par de nombreux bouchers. Ils ont expliqué à notre rédaction que la partie rénovée est réservée à l'abattage des bœufs.

La veille de ce communiqué, le directeur de l’abattoir, Mohamed Sossouhounto, a été relevé de ces fonctions. Dans un article publié par le site internet Banouto, il affirmait que la coupure d’électricité entre 4 heures et midi avait pour objectif de "réduire le coût" de l’énergie.

Article écrit par Hermann Boko.