À la Une: Kosovo, la justice internationale et l'impossible récit de la lutte de libération nationale

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Une revue de presse présentée en partenariat avec le Courrier des Balkans.

Après son inculpation pour crimes de guerre et sa démission immédiate, le président du Kosovo Hashim Thaçi a été auditionné pour la première fois à La Haye par les juges des Chambres spécialisées. L'ancien chef politique de l'UÇK a plaidé non-coupable, de même que ses trois co-accusés. Ces anciens gradés de la guérilla albanaise doivent répondre d'une centaine de meurtres commis entre le printemps 1998 et l'automne 1999. Alors que le Kosovo reste sous le choc, trois intellectuels se demandent si ce tribunal hybride pourra réussir là où le Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie a échoué. Notamment pour établir un narratif apaisé de la guerre et de l’après-guerre. Entretien croisé.

À Tirana, le Parti socialiste au pouvoir a décidé d'utiliser cette vive émotion pour régler, une fois de plus, ses comptes avec l'opposition. Le parti du tout-puissant Premier ministre Edi Rama, veut une commission d’enquête sur les prisons secrètes de l’UÇK dans le nord de l’Albanie. Dont l'objectif est surtout de compromettre Lulzim Basha, le chef du Parti démocratique. Explications.

Si le monde albanais s'est réjoui de la victoire de Joe Biden à la présidentielle américaine – le candidat démocrate ayant indiqué vouloir « rééquilibrer » sa diplomatie en faveur du Kosovo –, les partisans balkaniques de Donald Trump ne digèrent pas son échec. Le Premier ministre slovène, l'ultra-conservateur Janez Janša, avait été le premier à féliciter le milliardaire pour sa réélection, dès le lendemain du vote. Depuis, il persiste à dénoncer des fraudes qui ont contribué au « vol » de cette élection. Mais ailleurs dans le sud-est de l'Europe, d'autres responsables politiques sont aussi montés au créneau pour regretter que Biden, qualifié de « mondialiste », et même de « communiste », prenne les rênes de la Maison Blanche.

En Serbie, par exemple, le Président du Parlement, qui fut dans les années 1990 le porte-parole du dictateur nationaliste Slobodan Milošević, n'a pas caché sa déception. Une Serbie désormais qualifiée de régime hybride par l'ONG Freedom House où l'opposition a été réduite à néant depuis les législatives du 21 juin, boycottées pour dénoncer un jeu électoral truqué. Aujourd'hui, la seule opposition parlementaire s'y résume aux élus des minorités albanaises et bosniaques : six élus sur les 250 que compte l'Assemblée nationale. Shaip Kamberi, qui dirige ce petit groupe, dénonce l'illusion démocratique le règne de la post-vérité dans la Serbie « pro-européenne » d’Aleksandar Vučić.

De l'autre côté de la rivière Drina, l'homme fort des Serbes de Bosnie-Herzégovine, n'a pas goûté, lui non plus, la victime de Joe Biden, qui vouerait selon lui une haine viscérale vis-à-vis des Serbes. Mais ce soutien à Trump a été éclipsé par une autre polémique : la lettre envoyée par le conseil national croate à Emmanuel Macron après l'attentat de Nice. Selon cette missive, la France serait victime du « terrorisme islamique » qui a sévi en Bosnie-Herzégovine durant la guerre de 1992-95. Les Bosniaques musulmans ont dénoncé un « amalgame honteux », surtout à quelques jours des élections municipales, qui ont lieu dimanche 15 novembre. D'autant que les pires crimes de masses ont été commis contre les civils musulmans.

Au Monténégro, l'annonce de la composition du gouvernement fait aussi des remous pour des questions liés à la religion : le cabinet technique annoncé par le Premier ministre Zdravko Krivokapić est très lié à la puissante Église orthodoxe serbe. Un casting qui irrite l'opinion laïque. Le nouveau gouvernement devrait prendre ses fonctions le 26 novembre prochain, trois mois après les élections.
En attendant cette échéance, c'est le chef de l'ancienne majorité qui s'est présenté à Sofia le 10 novembre pour le nouveau sommet du Processus de Berlin, cette initiative parallèle au processus d'intégration à l'UE des Balkans occidentaux. Un mini-marché commun a été annoncé, de même qu'un hypothétique « plan vert » de réduction des gaz à effet de serre pour 2050. Mais cette rencontre a été plombée par la querelle historique entre les deux pays qui la co-présidaient : la Bulgarie menace de bloquer, le 17 novembre, l'ouverture attendue depuis 2005, des négociations d'adhésions de la Macédoine du Nord.

En Grèce, après une saison touristique catastrophique à cause du Covid-19, on s'inquiète de la deuxième vague de l'épidémie. À Thessalonique, la grande ville du nord-est, les hôpitaux publics sont déjà saturés. Et une note interne des services de transport des malades qui vient de fuiter révèle qu'il ne faut orienter que les patients qui ont les moyens vers les établissements privés. Les pauvres et les précaires devront donc se débrouiller seuls. Plus à l'Ouest, en Croatie, les hôpitaux sont inquiets : l’industrie pharmaceutique a suspendu ses livraisons de médicaments, jusqu’à ce que l’État s’acquitte de ses dettes. Déjà à la peine dans sa gestion de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, le pays risque une pénurie générale