À Hong Kong, commémorer Tiananmen malgré le climat de peur

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Alors que pour la deuxième fois en trois décennies, les commémorations de l'intervention sanglante de l'armée chinoise contre le mouvement de Tiananmen en 1989 sont interdites à Hong Kong, des militants pro-démocratie entendent défier Pékin.

Comment commémorer le 32e anniversaire de la répression du mouvement social et étudiant de Tiananmen en 1989, vendredi à Hong Kong, en dépit de l'interdiction de la traditionnelle veillée par les autorités ?

Tel est le défi auquel doivent répondre les Hongkongais qui cherchent par tous moyens à contourner la "tolérance zéro" vis-à-vis des manifestations dans l'ex-colonie britannique, secouée en 2019 par un vaste mouvement de contestation contre l'emprise du pouvoir chinois.

Mobilisation sur les réseaux sociaux, lecture de poèmes ou impression de t-shirts... Les idées ne manquent pas pour honorer ce rendez-vous dans l’un des seuls endroits de Chine avec Macao, où pendant des décennies, l'on commémorait le 4 juin l'intervention sanglante de l'armée chinoise de 1989 à Pékin. Et ce, alors que le Parti communiste chinois (PCC) est parvenu à instaurer en Chine continentale un silence d'État sur cette répression meurtrière, objet d'une censure systématique.

Ainsi l'artiste Kacey Wong compte redistribuer, vendredi, des centaines de morceaux de bougies consumées lors des veillées précédentes. "Chaque bougie consumée porte en elle le recueillement d'une personne envers ceux qui se sont sacrifiés pour la démocratie, ainsi que les espoirs de voir un jour la démocratie triompher", confie-t-il. Le jour J, il les donnera dans deux points de vente Chickeeduck, une chaîne de magasins textiles qui vend des produits pro-démocratie.

Des milliers de policiers mobilisés pour empêcher les rassemblements

En 2020, défiant les autorités pro-Pékin qui avaient avancé le prétexte de l'épidémie pour interdire les commémorations, des dizaines de milliers de personnes s'étaient recueillies pacifiquement dans un parc au cœur de l'île de Hong Kong. Si la police n'était pas intervenue à l’époque, certains organisateurs ont depuis écopé des peines d'emprisonnement.

Figure du mouvement prodémocratie à Hong Kong, Joshua Wong a lui aussi été condamné, le 6 mai, à 10 mois de prison pour sa participation à la veillée. Une peine qui s'est ajoutée à celle de 13 mois et demi qu'il purgeait pour sa participation à une autre manifestation, en 2019.

Les forces de sécurité ne devraient pas se montrer aussi passives cette année puisque 3 000 policiers seront mobilisés pour empêcher tout rassemblement dans le parc. Elles ont par ailleurs rappelé que la participation à un rassemblement non autorisé était passible de cinq ans de prison.

Et pour cause, en un an, le climat politique s'est considérablement dégradé dans l'ex-colonie britannique avec la répression implacable du mouvement pro-démocratie. Les autorités ont averti que ceux qui se rassembleraient pour commémorer Tiananmen pourraient tomber sous le coup de la loi sur la sécurité nationale. Cette loi à la formulation très floue est l'instrument de la reprise en main de Pékin et a pour effet d'empêcher presque toute forme de dissidence.

Le 30 mai, "Mamie Wong", une sexagénaire connue pour son engagement pro-démocratie, a été arrêtée pour "avoir sciemment participé à un rassemblement non autorisé et pour avoir tenté d'en inciter d'autres à faire de même". La militante marchait en direction du Bureau de liaison, l'organe représentant Pékin à Hong Kong, en brandissant une pancarte en souvenir de Tiananmen et un parapluie jaune, l'un des symboles de la contestation...

Commémorer en allumant la lumière

Malgré le climat de peur, les activistes pro-démocratie veulent croire que le pouvoir ne sera pas en mesure d'empêcher tous les actes de commémoration du plus grand mouvement démocratique de la Chine moderne. Traditionnellement, c'est à l'heure symbolique de 08 h 09 que les bougies s'allumaient lors de la veillée, en référence à la date de 1989.

L'ex-député incarcéré Albert Ho a invité les Hongkongais à allumer des bougies, ou la torche de leur smartphone, dans leur quartier. "On peut considérer que tout Hong Kong est le Parc Victoria", a-t-il déclaré la semaine dernière au South China Morning Post, en référence au parc où s’est tenue le rassemblement interdit en 2020.

De son côté, l'artiste Pak Sheung-chuen a appelé tous les habitants à écrire les chiffres 4 et 6, pour la date du 4 juin, sur les interrupteurs de leur maison, pour transformer le fait d'allumer la lumière en geste de commémoration. "Protégez la vérité et refusez d'oublier", a-t-il écrit sur Facebook.

Chan Ka-hing, un créateur, a proposé une autre idée sur un réseau social, en publiant un rectangle noir de format 4 par 6 et en suggérant de l'imprimer sur des t-shirts blancs à porter.

Debby Chan, une conseillère de district, projette de son côté une lecture de poèmes dans son quartier. "Commémorer le 4 juin est un rendez-vous emblématique du mouvement pro-démocratie", a-t-elle confié à l'AFP. "Si nous arrêtons aujourd'hui, les lignes rouges ne cesseront de se rapprocher".

Avec AFP

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