À la Une - Frontex: défendre la «forteresse Europe» à n'importe quel prix

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Ces derniers mois, les accusations de violences commises au nom de l’UE se sont multipliées sur toute la route migratoire des Balkans. Plusieurs enquêtes ont même été ouvertes sur les agissements de l’agence Frontex, et son directeur français est aujourd'hui sur la sellette. Pour les autocrates des pays candidats à l'intégration européenne, participer à cette mission de sécurisation des frontières extérieures de l'Europe est devenue une monnaie d'échange. Pendant ce temps, les exilés paient les frais de cette politique ultra-sécuritaire, fragilisés face aux réseaux criminels qui organisent les passages. Enquête.

À l'extrémité nord de cette route des Balkans, la Slovénie a été l'un des premiers pays à verrouiller ses frontières durant la crise de 2015-2016. Et le Premier ministre actuel, Janez Jansa, a fait de la lutte contre l'« immigration illégale » la priorité de sa dernière campagne électorale, reprenant à son compte les discours très hostiles aux réfugiés de son mentor et voisin Victor Orban. Revenu au pouvoir il y a tout juste un an, il mène son pays d'une main de fer sur les traces de la Hongrie illibérale.

Violences policières en Grèce

En Grèce, cela fait de longs mois que le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis est lui aussi accusé de dérive autoritaire. Après avoir autorisé, au mois de février, le déploiement de forces de l'ordre dans les universités pour mieux contrôler ces bastions de résistance, il est cette fois sur le grill à cause des violences policières, qui se multiplient depuis le début de la pandémie. De grandes manifestations secouent le pays depuis le 6 mars, avec un cri de ralliement : Ποναω (« J’ai mal »), les mots hurlés par un jeune lors de son interpellation musclée dans les faubourgs d'Athènes.

Cela fait plusieurs semaines que les pays des Balkans se plaignent de ne recevoir aucun vaccin via le mécanisme international Covax, soutenu par l'Union européenne. En Macédoine du Nord, le Premier ministre a publiquement accusé l'Otan d'être responsable de la pénurie. Zoran Zaev a expliqué que l'Alliance avait commencé par interdire à Skopje de commander des doses à la Chine et à la Russie. Des propos que l'Otan a refusé de commenter.

L'homme fort de Belgrade manipule jusqu'au Kosovo

Pendant que ses voisins se morfondent, la Serbie du président Aleksandar Vučić ne cesse de plastronner, vantant son « succès exceptionnel » sur la vaccination. Sans doute aussi pour mieux cacher l'affaire qui secoue le pays depuis un mois : les liens entre un gang de hooligans et le sommet du pouvoir, révélés, preuves à l'appui, par le site d'investigation Krik. Pour reprendre la main, l'homme fort de Belgrade a donc mobilisé les médias à sa botte, qui ont lancé une vaste et inquiétante campagne de diffamation contre Krik, l'un des derniers médias indépendants du pays.

Aleksandar Vučić est aussi accusé d'avoir « manipulé » les votes des minorités lors des dernières législatives du 14 février dernier au Kosovo. Des milliers de bulletins de votes ont été annulés dans les municipalités à majorité serbe, remettant en cause l'élection de plusieurs députés. La Liste Sprska, téléguidée depuis Belgrade, est soupçonnée d'avoir incité les Serbes du Kosovo à faire élire des « obligés » bosniaques et roms. Objectif : renforcer son poids au Parlement et freiner les réformes du futur Premier ministre de gauche souverainiste, Albin Kurti.

Au Monténégro, le nouveau gouvernement a commencé à nettoyer la direction de la police, ciblant les cadres les plus liés à l'ancien régime et aux milieux criminels, notamment au narcotrafic. Une réforme qui ne manque pas de susciter des remous, après trente ans de règne sans partage de Milo Đukanović, toujours président, et de son Parti démocratique des socialistes (DPS).

Caméra et micros contre les tabous

Le cinéaste roumain Radu Jude vient de recevoir l'Ours d'or à la Berlinale pour Bad Luck Banging or Loony Porn son dernier long-métrage tourné durant la pandémie de covid. Entretien avec celui qui s'impose comme le nouveau pilier de la « Nouvelle vague » du cinéma roumain. En appuyant là où ça fait mal.

« Nous voulons montrer qu’une femme peut être courageuse, forte, indépendante et qu’elle peut prendre ses décisions de manière autonome. » En Serbie, le collectif Pretty Loud rassemble douze rappeuses roms et féministes. Alors qu’être femme et rom est souvent synonyme de double peine dans les Balkans, ces jeunes artistes veulent faire entendre leur désir d’égalité et de liberté. Rencontre.