À Ferké, les agriculteurs victimes directes de l'isolement d'Abidjan

Dans le nord de la Cote d’Ivoire, Ferkéssédougou (120 000 habitants) est la dernière grande ville sur la route du Burkina. Mais avec la pandémie, les frontières sont fermées et Abidjan est isolée du reste du pays. Il y a donc beaucoup moins de trafic à Ferké et beaucoup moins de débouchés pour son agriculture vivrière.

Avec notre envoyé spécial à Ferkéssédougou,  Pierre Pinto

« Ça ne va pas. À cause du corona. On est là, on souffre. Moi, j'ai cinq enfants. Manger, c'est devenu difficile. »Sur le marché de Ferké, cette commerçante, comme chaque jour, peine à trouver des clients. Son mari est cultivateur. Autrefois, c’est-à-dire avant le mois de mars, les paysannes de la région de Ferké envoyaient l’une d’entre elles à Abidjan en minicar vendre leur production sur les marchés. Mais depuis, les minicars ne rentrent plus dans le grand Abidjan et envoyer leurs produits par camion est trop cher et trop compliqué.

L’isolement d’Abidjan fait plus de tort économiquement que la fermeture des frontières, qui pèse aussi sur l’économie de la ville, explique le maire de Ferké, Kaweli Ouattara : « Ici par exemple, on produit tout ce qui est aubergine, tomate, gombo, piments. Si on ne peut pas vendre tout cela, il y a un problème. Les champs de piments se détériorent parce que les gens n'arrivent pas à faire la récolte. Car s'ils la font, ils la vendent où ? Ici, les agriculteurs revendent tout ce qu'ils produisent à Abidjan. Mais ils ne peuvent pas y aller, c'est un vrai problème pour eux. »

La voie ferrée qui relie Abidjan au Burkina passe à Ferké. Mais, malédiction supplémentaire, un glissement de terrain au nord d’Abidjan la semaine dernière l’a rendue inutilisable pour des semaines, même quand les frontières rouvriront.

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