À la faveur du remaniement, Macron place des proches dans les ministères

Clarisse Martin
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Emmanuel Macron s'adresse à la Convention citoyenne pour le climat, le 29 juin 2020 - CHRISTIAN HARTMANN © 2019 AFP
Emmanuel Macron s'adresse à la Convention citoyenne pour le climat, le 29 juin 2020 - CHRISTIAN HARTMANN © 2019 AFP

Sur le site internet de l'Élysée, la page consacrée à l'organigramme du cabinet du président de la République n'a pas encore été mise à jour à l'heure où nous écrivons ces lignes. Vestiges de la période pré-remaniement, figurent toujours François-Xavier Lauch au poste de chef de cabinet, et Jean Gaborit en tant que conseiller technique.

La valse des proches et conseillers est un incontournable des remaniements ministériels, dans le sillage de celle des ministres. Proches et conseillers sont ainsi, c'est selon, confortés, "recasés" ou évincés. La séquence du remaniement écoulé ne fait pas exception, et porterait même le sceau d'Emmanuel Macron, selon Le Monde.

D'aucuns ont vu dans le départ d'Édouard Philippe et l'installation de Jean Castex à Matignon, jusque-là chef d'orchestre du déconfinement peu connu du grand public, une volonté du chef de l'État de prendre la main, à deux ans de la présidentielle.

Observation avérée ou non, une certitude: plusieurs personnalités proches d'Emmanuel Macron ont pris leurs quartiers au sein des ministères. Ainsi, le directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie, Nicolas Revel, a été nommé directeur de cabinet de Jean Castex à Matignon. Ce dernier, autrefois secrétaire général adjoint de l'Élysée sous François Hollande, au côté d'Emmanuel Macron avant que ce dernier ne soit propulsé à Bercy, avait déjà été poussé par le président de la République pour occuper ce même poste auprès d'Édouard Philippe en 2017. Le maire du Havre avait refusé, lui préférant un fidèle, Benoît Ribadeau-Dumas, qui quitte les lieux avec Édouard Philippe.

Mise sous tutelle par l'Élysée?

À Matignon toujours, le nouveau chef de cabinet est Mathias Ott, jusque-là conseiller d'Emmanuel Macron chargé de la cohésion des territoires et du logement depuis janvier. Il était auparavant chef de cabinet de Christophe Castaner au ministère de l'Intérieur, comme le soulignait Acteurs Publics lors de sa nomination en janvier dernier.

La direction de la communication de Matignon sera assurée par Mayada Boulos, jusque-là directrice adjointe de l'agence Havas. Cette dernière, proche du nouveau porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, avait travaillé au côté de Marisol Touraine, ministre de la Santé au cours du quinquennat de François Hollande. En 2019, son nom avait circulé pour succéder à Sibeth Ndiaye au poste de conseillère presse nationale à l'Élysée, rappelle l'Agence France-Presse (AFP).

Faut-il voir dans ces nominations une tentative de mise sous tutelle par l'Élysée? Dimanche, dans un entretien accordé au JDD, Jean Castex a refuté l'hypothèse:

"Quand vous aurez appris à me connaître, vous verrez que ma personnalité n'est pas soluble dans le terme de 'collaborateur'".

L'Intérieur et la Justice également concernés

Le Premier ministre n'est pas le seul à se voir adjoindre des personnalités jusque-là dans le giron élyséen. À Beauvau, le nouveau directeur de cabinet adjoint de Gérald Darmanin n'est autre que François-Xavier Lauch, à ce jour chef de cabinet de Macron. Ce haut fonctionnaire avait été exposé médiatiquement lors de l'affaire Benalla, dont il était le supérieur hiérarchique, rappelle Le Monde, et avait été entendu devant la commission des lois du Sénat, qui avait alors fait office de commission d'enquête dans le cadre de cette affaire.

Au ministère de la Justice aussi est nommé un ancien de l'Élysée: Jean Gaborit, à ce jour conseiller d'Emmanuel Macron qui avait la charge des déplacements présidentiels privé, est à présent chef de cabinet de l'ex-ténor du barreau Éric Dupond-Moretti, désigné à la surprise générale garde des Sceaux. En mai, Le Monde avait consacré un portrait à ce jeune (26 ans) conseiller d'Emmanuel Macron, vendéen et proche de Philippe de Villiers.

Auprès du Monde, l'entourage d'Emmanuel Macron a minimisé toute éclosion d'une "hyperprésidence". "Ce n'est pas anormal que l'Élysée soit un vivier dans lequel les nouveaux ministres se servent", a-t-on ainsi justifié. "Laisser partir des conseillers ailleurs est un moyen d'essaimer cette culture de l'efficacité. C'est gagnant-gagnant pour le président et les ministres, qui auront des accès plus faciles", croit également savoir un proche du chef de l'État dans les colonnes du quotidien du soir.

Disparition des "Mormons"

Parallèlement à cette dispersion de personnalités estampillées Macron au sein des cabinets ministériels, on constate par ailleurs que le groupe des "Mormons", tels qu'ont été surnommés les proches d'Emmanuel Macron de la campagne présidentielle, sont beaucoup moins représentés au sein de l'exécutif qu'en 2017, souligne le journal Les Échos. Sibeth Ndiaye a ainsi refusé pour "raisons personnelles" de continuer à faire partie du gouvernement.

Demeure Julien Denormandie, nommé ministre de l'Agriculture, et Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée. Une réserve, toutefois: la liste des secrétaires d'État n'est pas encore connue.

Article original publié sur BFMTV.com