À la Une: enlèvement de missionnaires américains en Haïti

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Ce samedi 16 octobre, 16 ressortissants américains, dont plusieurs enfants et un Canadien ont été enlevés en Haïti. Des missionnaires religieux et leurs familles s’étaient rendus dans un orphelinat situé dans l’une des zones les plus dangereuses du pays, entre la capitale Port-au-Prince et la frontière avec la République dominicaine. Les soupçons se portent sur le groupe armé des « 400 Mawozo » qui contrôle cette partie du territoire national haïtien depuis plusieurs mois.

« L’enlèvement de 16 ressortissants américains et d’un Canadien a propulsé la grave crise liée à l’insécurité en Haïti sur les devants de la scène internationale », estime le Miami Herald ce matin. « Dans un pays où pourtant ni les écoliers, ni les vendeuses de marchés, ni les prêtres en pleine messe ne sont à l’abri des gangs, cet enlèvement groupé et spectaculaire a choqué les autorités haïtiennes et étrangères par son audace », souligne le New York Times. Pour le Los Angeles Times, ce kidnapping illustre aussi « le danger qu’encourent les missionnaires religieux américains dans des pays étrangers où ils tentent de trouver de nouveaux fidèles prêts à se convertir à leur foi ».

Un spécialiste d’Haïti, interrogé par le New York Times, souligne que « les étrangers et particulièrement les Américains sont des cibles de choix pour les gangs armés en Haïti puisque ces derniers pensent pouvoir obtenir une rançon élevée ». Ce même expert n’a d’ailleurs pas « le moindre doute que les missionnaires seront libérés ».

Les agents du FBI arrivés à Port-au-Prince

Pour l’instant, il n’y a pas d’informations officielles sur d’éventuelles tractations en cours. En revanche, le Miami Herald rapporte que « des agents du FBI sont arrivés à Port-au-Prince à bord d’un avion, affrété par le gouvernement américain quelques heures seulement après l’annonce de l’enlèvement des missionnaires ». Le New York Times cite ce lundi matin Adam Kinzinger, un élu républicain de la Chambre des représentants et membre de la commission des affaires étrangères. Le réprésentant a déclaré ce dimanche soir sur la chaîne CNN « que le gouvernement américain ferait tout son possible pour récupérer les Américains. "Nous devons localiser l’endroit où ils se trouvent et voir si des négociations sans payer de rançons sont possibles ou faire tout ce qui est nécessaire sur le front militaire ou policier ", a-t-il déclaré. »

Des propos qui suscitent de l’inquiétude en Haïti parce qu’après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet, le gouvernement par intérim avait demandé l’envoi de militaires américains afin d’améliorer la sécurité en Haïti. Une demande à laquelle l’administration Biden n’avait pas donné suite, rappelle le Miami Herald. Le journal de Floride souligne en tout cas que l’enlèvement des Américains et du Canadien « représente un nouveau défi pour le gouvernement provisoire haïtien qui apparait plus affaibli que jamais ».

Le Premier ministre haïtien lui-même face à « la toute-puissance des gangs armés »

Et preuve, s’il en faut : le Premier ministre haïtien par intérim a expérimenté lui-même ce dimanche la toute-puissance des gangs armés. Ariel Henry voulait se rendre tôt ce dimanche matin à Pont-Rouge, un quartier de Port-au-Prince, pour déposer une couronne florale au pied du monument de Jean-Jacques Dessaline à l’occasion du 215e anniversaire de l’assassinat de ce père fondateur de la nation haïtienne. Mais, comme le rappelle Le Nouvelliste, ce quartier de Pont-Rouge est depuis plusieurs années contrôlé par des gangs. « Tôt ce dimanche matin, Pont-Rouge a été occupé par des individus lourdement armés. Ils ont fait obstacle au Premier ministre », rapporte le journal haïtien. « Sous le crépitement d’armes automatiques, les caïds ont repoussé la délégation qui a quitté avec précipitation le quartier. Le Premier ministre, les membres du gouvernement, le chef de la police entre autres ont pris la poudre d’escampette sous les balles des bandits », raconte Le Nouvelliste.

Grève illimitée des transports en commun en Haïti pour protester contre l’insécurité

C’est dans ce contexte que les syndicats des transports publics et des chauffeurs de taxi en Haïti entament ce lundi une grève illimitée pour protester contre l’insécurité et la pénurie du carburant, elle aussi liée aux gangs armés. C’est ce que rapporte l’agence haïtienne Alterpresse ce lundi matin. Les chauffeurs des transports sont en effet parmi les premières victimes des gangs armés. Faire grève pour que les autorités haïtiennes trouvent enfin une solution au problème de l’insécurité leur coûte pourtant cher : « C’est la ceinture serrée que les chauffeurs restent chez eux. Parce que le jour où ils ne sortent pas, ils ne mangent pas. Le jour où ils ne sortent pas, leurs enfants ne vont pas à l’école », explique Petrus Lerice, de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti, interviewée par le Miami Herald. « Leur lieu de travail, c’est la rue. Et depuis un moment, nous sommes obligés de risquer notre vie pour travailler dans la rue. Nous sommes les premières victimes de l’insécurité. Quand nous ne sommes pas tués, les gangs nous kidnappent. Quand ils ne nous kidnappent pas, ils nous tirent dessus et ils nous volent ce que nous possédons. »

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