À Châteaudun, les villes moyennes veulent se faire entendre

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REPORTAGE - « Nos républiques sont mortelles » . C’est sur ce ton de gravité que Fabien Verdier, maire de Châteaudun, a ouvert la première édition de son « Colloque de réflexion pour le développement des villes moyennes ». En guest star, Jacques Attali. L’essayiste a fait le déplacement, ce vendredi 4 novembre, au théâtre à l’italienne de la sous-préfecture d’Eure-et-Loir. « Cela m’a étonné quand Fabien est venu me voir », confesse l’ancien conseiller de François Mitterrand qui s’intéresse d’ordinaire « aux grands enjeux mondiaux ». C’est cette phrase de l’édile sans étiquette - venu du PS - qui l’a convaincu de venir : « C’est par le déclin des villes moyennes que progresse l’extrémisme ».

Château-Chinon, Figeac, Aubusson, Calais, Dax… Les 233 sous-préfectures que compte la France ne sont pas souvent sur le devant de la scène. « Agonie des centres-villes, fermeture des lignes ferroviaires, logements vacants, déserts médicaux, désindustrialisation… Ce n’est plus tolérable », pointe d’entrée de jeu le maire de Châteaudun, devant la petite cinquantaine de participants à ces deux jours de réflexions venus des Vosges, de Côte d’Or, du Haut-Rhin, de Seine-Saint-Denis ou de Gironde. Sur scène, ils racontent leurs expériences comme élus de villes « oubliées », même si tous n’apprécient pas ce terme. Fabien Verdier espère que ce rendez-vous deviendra un lieu pour « échanger des bonnes pratiques » et « porter la voix de ces communes auprès de l’État ».

Xavier Bertrand se connecte en visio

Emmanuel Macron vient justement d’annoncer début octobre la réouverture de six nouvelles sous-préfectures avant la fin de l’année. Une « bonne nouvelle » pour Fabien Verdier qui espère surtout que l’État réunira prochainement les sous-préfets et les maires de ces communes, ce qui « n’est pas arrivé depuis Mathusalem ».

Xavier Bertrand se connecte en visio. Le patron des Hauts-de-France salue l’initiative et réclame « un new deal » pour « inverser la tendance ». Parmi ses idées : la fusion des élus départementaux et régionaux afin de rendre ces échelons « plus efficaces », notamment pour ceux qui viennent s’installer. Autre priorité : les transports. « Je ne ferme pas de petites lignes dans les Hauts-de-France, mais j’aimerais surtout en ouvrir », insiste l’ancien candidat LR à la primaire qui souhaite un investissement étatique de « 10 milliards d’euros pour développer le ferroviaire et en particulier les TER ».

« Si l’insécurité était un sentiment, le RN n’aurait pas près de 100 députés »

Même constat à Montbard, en Côte d’Or où la maire, Laurence Porte, constate que « cela fait trois ans que la ligne Strasbourg-Mulhouse est ‘suspendue’ ; moi j’ai presque envie de dire supprimée ». Une ligne qui desservait sa commune et l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris et qu’empruntaient ses investisseurs internationaux. La SNCF, ses retards et le manque de trains reviennent le plus souvent dans les conversations. « Il y six Châteaudun-Paris par jour, il m’en faudrait quatorze », soupire Fabien Verdier, élu en 2020 qui entend redynamiser sa commune qu’il a déjà inscrite sur tous les réseaux sociaux, «  ça plaît aux jeunes  ».

L’insécurité s’invite très rapidement dans les débats. « L’épisode du stade de France est un échantillon de ce qui nous attend », prévient, la voix claire, Emile Mouheb, adjoint à la sécurité de Cernay (Haut-Rhin) qui estime inéluctable une « flambée des cités ». Cet élu depuis vingt-sept ans refuse le terme de « sentiment d’insécurité », car « si c’était un sentiment, le RN n’aurait pas près de cent députés ». Il est très applaudi. Son homologue de Neufchâteau, dans les Vosges est tout aussi préoccupé. Patrice Bérard raconte qu’il a dû installer une caméra de surveillance devant le lycée de sa commune de 6 000 habitants en raison de « petits trafics de drogue » et de « la délinquance ». « La pauvreté s’installe et l’insécurité nous inquiète », résume-t-il.

« Personne n’a envie d’être moyen »

Sur la même table ronde, le sondeur Jean-Daniel Lévy apporte une note optimiste : « Les villes moyennes sont dans la rétine des Français, qu’ils y habitent ou non ». Le directeur délégué de l’institut Harris Interactive observe « une envie partagée d’égalité » pour ces territoires et « une demande de vitalité dans une France qui marche et qu’il faut valoriser ».

Avant de partir, Jacques Attali livre un conseil : ne pas utiliser le vocable de « moyennes » car « personne n’a envie d’être moyen ». Il file à l’anglaise et passe devant la devise de la ville de Châteaudun, fièrement affichée sur la porte du théâtre : « Éteins, je renais ».

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