À Bourgoin-Jallieu, une Maison de naissance à l'écoute des futurs parents

Benoit PAVAN
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Atelier maman nouveau-né à la maison de naissance de Bourgoin-Jallieu dans l'Isère le 29 novembre 2019

Bourgoin-Jallieu (France) (AFP) - "On s'y sent écouté": à la maison de naissance "Premières heures au monde" (PHAM) de Bourgoin-Jallieu (Isère), les futurs parents ayant choisi d'accoucher "de manière naturelle" sans hospitalisation ne tarissent pas d'éloges sur son accompagnement de A à Z.

"Toute l'équipe a été à l'écoute de nos ressentis durant les mois de l'accompagnement et nous a proposé des choix éclairés, ce qui n'est pas toujours le cas dans une maternité classique", témoigne Estelle, une jeune femme de 33 ans qui a donné naissance à ses deux enfants dans cette structure, une des huit en expérimentation en France depuis 2016.

Située au rez-de-chaussée du Centre hospitalier de Bourgoin-Jallieu, cette association de sage-femmes libérales, soutenue par un collectif de parents, revendique une vingtaine de naissances chaque mois depuis juin 2016.

Trois salles réparties sur 100 m2, dont deux pour accoucher, accueillent les couples qui ont choisi de donner naissance à leur enfant de manière non-médicalisée et sans péridurale.

Ici on accouche "physiologiquement", précise Mélanie Feunteun, l'une des sage-femmes de cette Maison qui, comme les sept autres, n’accueille aucune grossesse à risques.

Dans l'une des deux chambres aménagées, une piscine gonflable a été disposée au pied du lit. D'épais rideaux viennent obstruer la lumière du jour et la plonge dans une semi-obscurité.

Un tabouret de naissance et une écharpe de suspension sont les deux seuls autres éléments matériels qui rappellent aux futurs parents qu'ils se trouvent dans une salle d'accouchement.

"Il n'y a pas besoin de grand-chose pour une naissance naturelle", souligne Mathilde Revolon, une sage-femme de 28 ans, tout en désignant un meuble en bois contenant du matériel médical, utilisé "en cas d'urgence".

- "Ni hippie ni bobo" -

"On était à la recherche d'un environnement plus serein. Ici, c'est moins l'usine", confie Chloé, 23 ans, future maman venue avec son conjoint découvrir les installations.

Certains couples viennent parfois de très loin, de France ou de l'étranger, pour profiter de ces structures plus largement développées notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne ou en Suisse.

Chaque couple y est suivi dès les premières semaines de la grossesse par un binôme de sage-femmes. L'accompagnement se termine avec la consultation post-natale, soit un mois et demi après la naissance de l'enfant.

"Ils repartent entre deux et six heures après la naissance", précise Camille Berthier, l'une des dix sage-femmes de l'association.

Praticienne depuis sept ans en milieu hospitalier, la jeune femme loue "le lien privilégié" qui se créé entre le professionnel et le couple dès les premiers mois du suivi, là où "tout doit se faire très vite" dans une maternité classique lors d'un début d'accouchement.

"Parfois, des raisons médicales nous obligent de basculer certaines patientes sur des suivis classiques", ajoute-t-elle.

"Outre l'aspect cocon des locaux, mon conjoint et moi avons beaucoup été rassurés par l'idée de connaître la sage-femme qui allait m'aider à accoucher", confirme Charlotte, 33 ans, une maman de deux enfants dont un est né au PHAM.

Roselène Moreau, la doyenne des sage-femmes de l'association, a vu échouer plusieurs tentatives de démocratiser ces structures à travers les années, en raison des "réticences du milieu médical". Elle se réjouit du succès de l'expérimentation, qui offre "un niveau de sécurité satisfaisant", selon un rapport rendu public ce vendredi.

Seul bémol: le mode de rémunération des sage-femmes, en dépassement d'honoraires, n'est pas toujours remboursé et ne permet pas une accessibilité à tous les couples.

"Des couples n'ont pas les moyens et c'est dommage. Ces structures souffrent aussi un peu d'une image un peu hippie et bobo", regrette Jérôme, un papa de trois enfants dont la compagne a accouché de son dernier enfant au centre.

"Cette expérience m'a convaincu car elle m'a permis de m'approprier l'accouchement autant que ma compagne. J'ai été beaucoup plus acteur que durant un accompagnement classique", explique-t-il encore.

La phase d'expérimentation s'achèvera le 23 novembre 2020.