À Bonifacio, le crépuscule de la langue aux « 150 locuteurs »

De notre correspondant à Bastia, Julian Mattei
·1 min de lecture
Vue du centre-ville de Bonifacio.
Vue du centre-ville de Bonifacio.

En déambulant dans les étroites ruelles de la haute ville de Bonifacio, à deux pas des falaises de calcaire sculptées par l'érosion, l'environnement architectural donne l'étrange impression de faire un bond de plusieurs siècles en arrière. Ici, au c?ur de cette petite cité médiévale, commune la plus méridionale de France métropolitaine, souvent désignée comme « l'île dans l'île », tout porte la marque de l'histoire. Dans la vieille citadelle ceinturée de remparts, à l'extrême sud de la Corse, les façades des monuments sont imprégnées de l'architecture romane. Le Palazzo pubblico rappelle le siège du pouvoir génois et les aqueducs à même le sol relient encore les demeures médiévales bâties à flanc de falaise.

Les plus chanceux entendront peut-être une langue aux lointains accents que l'on reconnaît comme d'origine ligure. Car entre les murs de la citadelle de Bonifacio subsiste encore, avec une incroyable résistance, ce que d'irréductibles locuteurs se plaisent à appeler « leur langue ». « A se lengua », comme l'écrivent les linguistes soucieux de laisser une trace de ce bonifacien ne figurant même pas sur la liste des langues régionales de France.

« Les derniers Mohicans »

Dans la cité des falaises, quelque 150 personnes font vivre ce parler local qui cohabite discrètement avec le français et le corse. « C'est la langue de nos racines, elle fait partie de notre identité, même si on ne la parle plus que dans quelques familles aujourd'hui », explique Anne-Marie [...] Lire la suite